Laurent Gerra, dans son restaurant Léon de Lyon, en octobre 2022
Laurent Gerra, dans son restaurant Léon de Lyon, en octobre 2022 @Antoine Merlet
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"Le meilleur des pouvoirs, c’est de faire rigoler les gens" (Laurent Gerra)

Amateur de bonne bouffe et de belles bouteilles – il est propriétaire de vignes en Provence, en côtes-du-rhône et en appellation pouilly-fuissé –, l’imitateur Laurent Gerra se reconvertit dans la gastronomie, à Lyon, “capitale des gueules”. Propriétaire du mythique Léon de Lyon, d’une brasserie haut perchée, d’une pizzéria branchée et d’une cave, l’humoriste le plus écouté de France, tous les matins sur RTL, se confie à Lyon Capitale entre un verre de blanc et pas mal de rires.


 

Laurent Gerra, dans son restaurant Léon de Lyon, en octobre 2022 Laurent Gerra, dans son restaurant Léon de Lyon, en octobre 2022
@Antoine Merlet

Lyon Capitale : Êtes-vous une grande gueule ?
Laurent Gerra : Ce qui est bien dans l’expression de grande gueule, c’est qu’elle a plusieurs sens : elle désigne celui dont la voix porte un peu mais c’est aussi le gourmet, celui qui est porté sur les “choses de la gueule”, les plaisirs de la table. Les deux me conviennent.

Pour être humoriste, faut-il être grande gueule ?
Ah oui, sinon je n’aurais pas fait ce métier (rires). J’ai la chance, depuis trente ans, avec ce métier, d’avoir cette liberté de dire ce que j’ai envie de dire, et de rigoler avec ça.

Peut-on encore rire de tout ?
Tiens, on ne me l’avait jamais posée celle-là (rires)… Comme dit mon copain Peroni avec qui je bosse : “On peut parler de tout, le reste on s’en fout.” Mais oui, bien sûr qu’on peut rire de tout ! La seule limite, c’est que ce soit drôle. On peut se moquer de la religion, du pouvoir dans la mesure où cela fait écho dans le public et que ça le fait marrer. Pour reprendre Léo Ferré, on n’est pas là pour délivrer des messages, y’a des facteurs pour ça.





“Pour reprendre Léo Ferré, on n’est pas là pour délivrer des messages, y’a des facteurs pour ça.”









L’irrévérence est votre marque de fabrique. Trente ans après la mort de Desproges, l’insolence est-elle toujours la bienvenue ?
Cela dépend où on la place. En fait, il ne faut pas tout écouter sinon on ne fait plus rien. Je suis de l’école de Jacques Martin, celle du “Petit Rapporteur”. C’était iconoclaste, irrévérencieux, effectivement. Jacques Martin avait un vrai sens de la dérision et, chose rare dans le métier, était cultivé. Il y avait un côté hara-kiri chez lui. C’était sain et jubilatoire. Mais on allait loin, très loin.

Cela veut-il dire que des séquences ne passeraient plus sur le service public, qu’il y a des choses qu’on ne pourrait plus dire en 2022 ?
Oui, clairement. On peut moins se marrer et moins être léger. Le politiquement correct est partout. On n’arrête pas de nous dire ce qu’il faut penser. On veut tout niveler, souvent par le bas d’ailleurs. Michel Onfray a bien décrit cette volonté d’uniformiser, c’est-à-dire la conformité de l’homme à un modèle unique. Le problème, aujourd’hui, c’est que tout est récupéré. Il y a plus de chaînes de télévision qu’à mes débuts, et surtout les “réseaux des cas sociaux”, comme je les appelle. Au-delà du fait que ça rend vraiment débile, il y a du jugement partout. Les gens se flinguent systématiquement. On s’acharne sur quelqu’un quand il déplaît. Ce déballage indécent et cette délation permanente, c’est affligeant. Moi, je n’y vais pas, d’autant que le Français est volontiers délateur, l’histoire l’a prouvé (rires). Soit on en tient compte, soit on s’en fout. J’ai choisi la deuxième option : je ne vais pas me priver d’une bonne connerie à cause de tout ça ! Si on fait attention à tout, on devient un peu policé. Il ne faut jamais perdre de vue que l’humour est un exutoire. Si je ne faisais pas de sketches, je peux vous dire que je serais sacrément énervé toute la journée.





“À la télé, on prend le public pour un ramassis de débiles”









Avec ce “panurgisme” intellectuel ambiant, comme dit Michel Onfray, puisque vous le citez, est-ce la fin des esprits libres ?
Il n’y a plus beaucoup d’esprits libres comme lui, de philosophes qui ont un avis un peu différent que le reste du groupe, qui vont dans un autre sens que celui dans lequel tourne tout le monde. Mais il y aura toujours des esprits libres, j’en suis certain. Ce qui est bien, c’est de pouvoir se moquer de toutes ces modes débiles et affligeantes : le woke machin, l’écriture inclusive, ces histoires de pouvoir, dès l’enfance, changer de sexe…

Le questionnement de genre…
Le questionnement de genre, oui… C’est quand même assez grave de laisser une petite fille de huit ans choisir son sexe, non ? On en est où là, sérieusement ? Je vous avoue que l’avenir me fait un peu peur. Même les films de science-fiction qu’on regardait, il y a vingt ans, sont en deçà de ce qu’on est en train de vivre. On pensait que les voitures allaient voler, tu parles, elles sont juste bloquées et il y a trois cons sur une trottinette. C’est ça le XXIe siècle (rires).

Lors du gala de la fondation Paul-Bocuse, à Lyon, en septembre, vous n’avez d’ailleurs pas raté le maire de Lyon écologiste, Grégory Doucet…
Je me suis régalé… avec leur vin bio qui sent le poney et leur tout-vélo. On était à la même table. Doucet a une poignée de main franche, j’aime bien. Je vais vous dire, moi aussi je suis inquiet pour la planète. Ça ne signifie pas pour autant que je roulerai à trois sur une trottinette. Mais je ne suis pas hostile avec quelqu’un qui a été charmant avec moi.

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