"Le CFCM risque de mourir de sa belle mort"

Une forte majorité de mosquées vont boycotter l'élection du conseil français de culte musulman qui commence ce dimanche. A l'instar de Kamel Kabtane, recteur de la Grande Mosquée de Lyon, les musulmans contestent le mode de scrutin qui fait la part belle aux petites structures, comme la fédération turque.

L’instance représentative des musulmans de France voulue par Nicolas Sarkozy lorsqu’il était ministre de l’Intérieur est en crise. La majorité des musulmans de Rhône-Alpes entendent boycotter les élections du Conseil Français du Culte Musulman (CFCM) qui commencent ce dimanche et s'échelonne jusqu'au 19 juin prochain. En 2008, plus de 300 mosquées avaient participé au vote en Rhône-Alpes, elles ne pourraient être qu’une trentaine lors du scrutin de juin. 84 % des mosquées de la région Rhône-Alpes pourraient observer le boycott selon un chiffre avancé par La Croix.

En cause, le mode d’élections des délégués au CFCM. Basé sur le nombre de mètres carrés dont bénéficie chaque mosquée, le scrutin semble biaisé permettant à des fédérations mineures du point de vue de la population démographique en France, comme les turcs, d’être surreprésentées au CFCM en raison de l’importante taille de leur mosquée. Insupportable pour Kamel Kabtane, le recteur de la Grande Mosquée de Lyon.

Lyon Capitale : Pourquoi avez-vous décidé de ne pas participer aux élections du CFCM ?

Kamel Kabtane : Depuis très longtemps, nous avons exprimé notre réticence sur le mode de scrutin consistant à élire les délégués en fonction du mètre carré de chaque mosquée. Ce système permet à de petites mosquées qui se réunissent d’avoir le même poids que la Grande Mosquée de Lyon. On ne tient donc pas compte de la réalité de l’institution, de son rôle et de son activité. Je trouve que c’est pénalisant pour une mosquée à vocation nationale de se retrouver dans cette situation : notre représentation est minorée par rapport à d’autres. La mise en place du CFCM s’est faite sur le système du mètre carré. Nous pensions que les choses allaient évoluer.

Pourquoi vous ne parvenez pas à faire évoluer ce mode de scrutin ?

Nous avions été les seuls à faire de véritables propositions. D’ailleurs, l’Etat, en 2008, en la personne de Michèle Alliot-Marie, ministre de l’Intérieur, nous avait promis que les choses allaient évoluer. Nous n’avons rien vu venir. La cause du statut quo tient au fait que les grosses fédérations ne veulent pas d’un CFCM fort car cela signifierait un affaiblissement de leurs poids respectifs. Avec un CFCM fort, le pouvoir change de mains.

Le CFCM est une structure légère qui permettait simplement aux musulmans d’aller serrer la main du Président de la République pour lui souhaiter les vœux et d’annoncer le début et la fin du ramadan. Voilà à quoi servait alors que l’institution était interrogée de toutes parts sur toutes les questions de société liées à l’islam.

Ce boycott signe-t-il la mort du CFCM ?

Ce qui est sûr c’est que le CFCM va partir à vide et donc il fonctionnera à vide. Par conséquent, il n’aura plus la même force ni la même crédibilité. Partant de là, il risque de mourir de sa belle mort

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