La comédienne Marina Foïs était présente ce jeudi 10 septembre à l’Institut Lumière pour une rencontre avec les Lyonnais. Devant son public, l’actrice est longuement revenue sur son parcours, ses goûts cinéphiles et son amour des acteurs, le tout, toujours avec beaucoup d’humour et d'humilité.
Un vrai plaisir cinéphile de près de deux heures. C’est ainsi que l’on pourrait résumer la rencontre organisée ce jeudi par l’Institut Lumière avec la comédienne Marina Foïs. L’actrice, grande habituée du Festival Lumière — elle sera d’ailleurs présente lors de cette 18e édition —, n’a pas tari d’éloges sur Lyon et ses habitants. "Ça m’émeut quand je suis à Lyon. La force que vous donnez aux gens qui font du cinéma, dans une époque où l’on doit beaucoup se justifier d’être ce que l’on est, c’est très beau", déclare-t-elle. Animée par le directeur de l’Institut Lumière et délégué général du Festival de Cannes, Thierry Frémaux, la discussion a été riche, souvent drôle, remplie d’anecdotes, mais toujours consciente des enjeux qui entourent aujourd’hui le cinéma français.
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"J’adore les acteurs et les actrices"
Née dans une famille bourgeoise, d’un père italien et d’une mère russe, Marina Foïs a d’abord révélé avoir toujours eu envie d’être actrice. "Je l’ai dit dès mes 5 ans. J’ai été biberonnée au cinéma, mais pas dans quelque chose d’intello ou cinéphile, mais de plaisir", confie-t-elle. Et d’ajouter : "Je n’ai jamais pensé faire autre chose." Et si ça n’avait pas fonctionné ? "J’aurais beaucoup aimé être juge. Il y a quelque chose de très beau dans ce métier", assure-t-elle. Avec les années s’en suivent les premiers cours de théâtre, d’abord amateurs, puis au conservatoire de Versailles et le Cours Florent (où elle rencontrera la troupe des Robins des bois, qui la fera connaître du grand public). "J’ai eu beaucoup de chance dans mon parcours", estime-t-elle, toujours humble.
C’est d’ailleurs ce qui saute aux yeux. Car c’est davantage en louant les mérites de ses pairs et des gens avec qui elle a travaillé que l’actrice se raconte. "Je vais beaucoup au cinéma et je pense que l’on apprend beaucoup en regardant. J’adore les acteurs et les actrices. J’aime quand Isabelle Huppert parle de son métier. C’est un modèle d’actrice à mes yeux", raconte-t-elle. Pour elle, ce sont d’ailleurs les zones de trouble, les zones d’ombre — dont Isabelle Huppert a su s’emparer avec brio dans sa carrière — qui font la force d’un personnage. "Marion Cotillard et Léa Seydoux l’ont aussi compris. Il y a beaucoup de beauté qui réside dans le chaos de leur jeu", analyse-t-elle. Parmi les autres figures importantes de sa cinéphile : la réalisatrice Maïwenn (Polisse, Mon Roi, ADN…) et le cinéaste espagnol Rodrigo Sorogoyen (As Bestas, Madre, El Reino…) avec qui elle a tourné. "Maïwenn a vraiment inventé quelque chose avec sa façon de tourner. Lorsque nous faisions Polisse, le plateau était un bordel très agréable. Je trouve que l’on retrouve cet esprit aujourd’hui", assure encore Marina Fois.
Avec une carrière riche d’une soixantaine de films, la comédienne confie n’avoir aucun regret. "Je crois que je suis assez raccord avec moi-même. Lorsque je n’accepte pas un film et qu’il est très bien reçu ensuite, je vois surtout l’actrice incroyable à ma place. Je ne pense pas à moi. Le but est d’avoir une carrière qui te ressemble", explique-t-elle.
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"J’ai peur de la menace qui pèse sur le monde de la culture"
Quant à l’avenir, Marina Foïs dit avoir envie "d’être moins cérébrale et plus sauvage" dans son jeu et dans ses choix de scénarios. Pourtant, l’angoisse du temps qui passe reste en elle. "Vieillir pour une actrice reste compliqué, bien que l’on soit très privilégié en France à ce niveau-là. En tant que comédienne, j’ai envie d’être désirée, que l’on ait envie de moi, ce qui peut être compliqué si ça s’arrête parce que je suis dépendante au jeu. J’aime trop ça", assume-t-elle.
L’autre peur pour l’actrice : l’élection présidentielle de 2027. "J’ai peur de la menace qui pèse sur le monde de la culture. Le Rassemblement national et la droite dure contestent l’existence du CNC (Centre national du cinéma et de l’image animée, organisme qui réglemente, finance et protège le cinéma, l'audiovisuel, le jeu vidéo et la création numérique : NDLR), en faisant croire que le cinéma français est financé par nos impôts, ce qui n’est pas vrai. C'est surtout un système vertueux que le monde nous envie", ajoute Marina Foïs, largement applaudie par le public. Elle ajoute : "J’ai très peur que ce système soit tué. C’est pareil avec la culture et l’éducation. Mon goût du monde vient du cinéma. Je n’ai pas envie que mes enfants grandissent dans un monde sans cinéma, sans culture, sans lecture."
La soirée s’est enfin achevée avec la projection du film Moi qui t’aimais (2025), de Diane Kurys, dans lequel elle interprète l’icône du cinéma Simone Signoret aux côtés de Roschdy Zem. "J’ai travaillé comme un chien pour ce film. J’ai passé des heures et des heures à regarder ses films, lire des entretiens ou écouter sa voix. J’ai eu peur de ne pas y arriver, mais je suis très heureuse de l’avoir fait", conclut Marina Foïs.
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