Préfecture du rhone
Cérémonie de départ de Fabienne Buccio, préfète du Rhône et de la région Auvergne-Rhône-Alpes, mercredi 13 mai 2026 @GL

"La République m'a tant donné pour que je ne la serve jamais à moitié" : Fabienne Buccio fait ses adieux à la préfecture du Rhône

Mercredi 13 mai, la préfète de la région Auvergne-Rhône-Alpes a prononcé son discours d'adieu devant les forces vives du territoire. Après trois ans et demi à Lyon et 47 années au service de l'État, Fabienne Buccio passe le flambeau à Étienne Guyot.

C'est avec une émotion contenue mais des mots choisis que Fabienne Buccio a pris congé, mercredi 13 mai sus les ors de la République, des élus, entrepreneurs, agriculteurs et responsables associatifs réunis à la préfecture. Première femme de l'histoire à diriger la préfecture du Rhône et la région Auvergne-Rhône-Alpes, elle quitte ses fonctions après quarante-sept années consacrées à l'État. Un parcours hors du commun, qu'elle a tenu à replacer d'emblée sous le signe, non de la fierté, mais de la dette.

"Ce que je ressens d'abord, ce n'est ni la satisfaction d'un itinéraire, ni la fierté d'une charge. C'est la conscience d'une dette", a-t-elle déclaré en ouverture, rompant volontairement avec les usages du discours préfectoral. Une dette contractée très tôt, a-t-elle expliqué, à travers l'histoire de son grand-père Jean-Baptiste, réfugié italien ayant fui le fascisme pour trouver refuge en France. "Quand on vient de cette histoire-là, la République n'est jamais abstraite. L'État n'est jamais une mécanique lointaine. La France est bien plus qu'un pays. C'est une expérience intime, presque charnelle."

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Une vision stratégique pour le territoire

Au-delà de l'émotion personnelle, la préfète a dressé un bilan ambitieux pour la région, revendiquant une vision à long terme portée tout au long de son mandat : Lyon-Turin, contournement ferroviaire de l'agglomération lyonnaise, corridor fluvial Méditerranée-Rhône-Saône, EPR2 dans la Plaine de l'Ain, "nécessité absolue" du contournement ferroviaire de l'agglomération lyonnaise, réindustrialisation, planification écologique "L'État ne renonce pas à organiser l'avenir, il lui donne les garanties de sa réussite", a-t-elle affirmé, citant un investissement de plus de 51 milliards d'euros annuels de l'État en faveur du territoire.

Saluant tour à tour les entrepreneurs, le monde agricole, les forces de l'ordre (pour qui elle une "reconnaissance immense") et les élus locaux, Fabienne Buccio a rendu hommage à "une capacité rare à entreprendre, à innover, à produire, à transmettre". Elle n'a pas esquivé les sujets difficiles - sécurité, trafics, mixité sociale, application de la loi SRU -, assumant une ligne de fermeté qu'elle a toujours voulu "digne de ce que la République m'a donné".

"Aucune origine n'interdit l'élévation, qu'aucune responsabilité ne devrait être tenue pour inaccessible."

La préfète, qui fut aussi la première femme à ce poste après plus de 220 ans de direction masculine, a tenu à adresser un message aux jeunes générations. "Aucune origine n'interdit l'élévation, qu'aucune responsabilité ne devrait être tenue pour inaccessible." Petite-fille d'un réfugié, issue d'une famille modeste des Hautes-Alpes, elle incarne elle-même ce qu'elle décrit : "Que la petite-fille d'un réfugié italien, élevée dans une famille modeste, ait pu servir pendant quarante-sept ans l'État… dit moins quelque chose de moi que quelque chose de la France."

Cérémonie de départ de Fabienne Buccio, préfète du Rhône et de la région Auvergne-Rhône-Alpes, mercredi 13 mai 2026 @GL

Une leçon venue de l'Élysée... et de Jacques Chirac

La préfète a également évoqué avec chaleur son passage auprès de Jacques Chirac, dont elle fut conseillère technique à la présidence de la République. "Il y avait chez cet homme d'État une attention très concrète aux vies humaines, aux équilibres fragiles, à la cohésion de notre Nation", a-t-elle rappelé, retenant de lui une leçon simple et exigeante : "On ne sert bien un pays qu'en aimant ses territoires tels qu'ils sont, à travers leurs forces mais également leurs blessures." Une sensibilité qui, dit-elle, l'a profondément marquée dans sa manière d'exercer la fonction préfectorale.

Fabienne Buccio a conclu sous des accents personnels, remerciant son mari Alain, ses enfants François et Claudine, et sa mère présente dans la salle. "Je pars aujourd'hui avec émotion, bien sûr, et pleinement heureuse !" Et c'est vers les Hautes-Alpes, sa terre natale, qu'elle retourne désormais pour poursuivre "autrement ce qui a guidé ma vie : aider, être utile, demeurer attentive aux autres, continuer de servir l’intérêt général."

Étienne Guyot prend le relais
Son successeur, Étienne Guyot, n'est pas un inconnu de la maison. Ancien sous-préfet à Lyon au début des années 1990, ce haut fonctionnaire diplômé de Sciences Po et de l'ENA revient dans la capitale des Gaules plus de trente ans après un premier passage, cette fois à la tête de l'une des plus importantes préfectures de France. Préfet de Nouvelle-Aquitaine et de la Gironde depuis 2023, où il a succédé à Fabienne Buccio, déjà,, il est réputé pour sa maîtrise des dossiers d'aménagement du territoire et son sens des collectivités locales.
Son arrivée intervient dans un contexte chargé : Jeux olympiques d'hiver 2030, enjeux industriels, transition écologique, mobilités. Autant de chantiers ouverts sur lesquels Fabienne Buccio lui a, en partant, tracé un chemin. "Il trouvera ici un grand territoire, au sens plein du terme, c'est-à-dire un territoire qui oblige, dans tout ce que notre fonction a d'exigeant, de concret et de profondément humain."

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