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La préfecture expulse une maman kosovare… sans son fils

Cela va sûrement rester dans les annales de la politique d'immigration lyonnaise. La préfecture a ordonné mercredi l'expulsion d'une mère de famille. Nusrete Bérischa, 31 ans, Albanaise du Kosovo vivant à Lyon depuis sept ans a été placée dans un avion direction les Balkans, sans son fils de six ans resté à Lyon. L'expulsion a eu lieu la veille de l'audience de la famille au tribunal administratif. L'arrêt sera rendu dans quinze jours.

"Nous sommes très inquiets pour la maman, pour son état de santé", déplorait ce vendredi matin, l'avocate de la famille jointe par téléphone, Sandrine Rodrigues. A la base, le papa est suivi pour des problèmes de santé. Mais la maman, comme souvent lorsqu'un proche est malade, a aussi de graves troubles psychologiques, liés aux persécutions qu'ils ont subies pendant la guerre. Elle craignait par dessus tout d'être renvoyée au Kosovo, c'est aujourd'hui une réalité. "Son mari a été gardien de prison pendant la guerre et on sait tout ce qui s'est passé dans les prisons serbes en 1999", déplore son avocate.

Il y a quinze jours la maman a d'abord été arrêtée sur le chemin de l'école de son fils, Skifter, 6 ans, scolarisé à l'école Michelet dans le 2e. arrondissement. Nusrete et Skifter ont été placés au centre de rétention de l'aéroport de Lyon Saint-Exupéry, alors que toutes les conventions internationales se prononcent contre l'enfermement des enfants. Skifter a été relâché au bout de deux jours, il est allé retrouver son père au domicile familial. La maman quant à elle, est restée quinze jours enfermée, puis elle a été expulsée, comme la loi le prévoit, par avion ce mercredi. Un éloignement très mal vécu par Qamil, le papa, Skifter bien sûr, mais aussi, et cela les autorités n'en tiennent pas compte, par ses copains de classe et leurs parents.

"Un enfant qui cherche le soir des montagnes pour cacher son copain"

Certains se sont donc décidés à prendre la plume pour alerter la presse. Attestant que l'enfant kosovar était "très bien intégré" dans la classe de leurs fils. Ainsi Véronique, parent d'élève à l'école Michelet s'interroge : "que va devenir Mme Berisha ? Que va devenir Skifter ?, écrit-elle dans son mail aux journalistes lyonnais. Que vont penser ses copains de l'école ? Comment un enfant peut vivre sans sa maman ? Que répondre à un enfant qui cherche le soir des montagnes pour cacher son copain ?"

La cour administrative d'appel se prononcera dans quinze jours sur la demande d'annulation de l'expulsion de la famille Bérisha. En attendant Sandrine Rodrigues essaiera de faire revenir la maman du Kosovo. "Ça va être difficile, prévient-elle, c'est toujours très compliqué dans ces cas-là". A noter que le rapporteur public a estimé mercredi à l'audience, que l'annulation devait être prononcée. La préfecture se serait en effet trompée lors de l'examen médical du papa, il y a un an. Elle aurait conclu que le papa, Serbe, pouvait être soigné dans son pays d'origine. Or, le papa n'est pas Serbe, mais bien Albanais du Kosovo. Les ennemis jurés des Serbes justement pendant la guerre de 1999. Une erreur qui pourrait lui coûter son Obligation de quitter le territoire (OQTF) prononcée en décembre 2009 à l'encontre la famille Bérisha.

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