Il traverse l'Atlantique comme un gros-porteur, mais avec deux fois moins de sièges. L'A321XLR débarque à Lyon en septembre et avec lui, une ambition qui dépasse largement le Canada.
Lyon-Montréal par les airs. Dix ans. 700 000 passagers. Et une ligne qui, à bien y regarder, raconte autant l'histoire d'une amitié franco-canadienne que celle d'une bataille silencieuse pour devenir la porte d'entrée des Alpes françaises.
Jeudi matin à la CCI de Lyon (actionnaire à 25% de Aéroports de Lyon), Air Canada et Aéroports de Lyon n'ont pas seulement fêté un anniversaire (les 10 ans de la ligne Lyon-Montréal), ils ont posé les jalons de deux ambitions bien distinctes et parfaitement complémentaires.
Margaret Skinner, directrice des ventes d'Air Canada pour l'Europe, l'Angleterre, l'Afrique du Nord, le Moyen-Orient et l'Inde, est venue en personne à Lyon pour planter le décor : "You will see more expansion from us here, in Lyon."
Jean-François Raudin, directeur d'Air Canada France, qui a poursuivi en français, a aussitôt mis des mots sur cette expansion : un nouvel avion dès le 8 septembre, et une cinquième fréquence hebdomadaire en ligne de mire. Et le nouvel avion, c'est justement lui qui rend cette cinquième fréquence crédible. "C'est un avion magique, qui fait la même chose que les longs courriers gros-porteurs, comme le Boeing 787 ou l'A330, mais avec 190 sièges seulement, au lieu de 400 ou 500."
Dit autrement, là où un gros-porteur exige un remplissage massif pour être rentable, l'A321XLR peut voler plus souvent, vers des destinations plus ciblées, sans attendre d'avoir 400 passagers dans les starting-blocks, tout en réduisant fortement les coûts et la consommation de carburant.
C'est précisément cette flexibilité qui ouvre la porte à une fréquence supplémentaire sur Lyon. L'appareil, livré à Hambourg fin avril, mis en service commercial début juin à Toulouse, débarque à Lyon avec une cabine Signature Class dotée de 14 fauteuils entièrement inclinables à plat, une première sur ce type d'appareil.
Mais l'A321XLR ne sera pas aux commandes toute l'année. À partir du 25 octobre, c'est un A330 plus capacitaire qui prendra le relais pour la saison hivernale, capable d'absorber les soutes pleines de skis. L'A321XLR reviendra pour dès fin avril pour la saison été. Deux avions, deux saisons, deux logiques, mais une seule ambition.
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Skis en soute
Car qui sont les premiers clients d'Air Canada sur la ligne Lyon–Montréal ? Pas les hommes d'affaires lyonnais, pas les touristes en goguette au Québec. Ce sont les Canadiens, skis aux pieds, qui débarquent à Saint-Ex' pour filer vers les stations. Jean-François Raudin lâche le chiffre sans détour : "Notre première clientèle à Lyon, ce sont les Canadiens, avec 232 paires de ski sur certains vols." 232 paires. Sur un seul vol.
Cédric Fechter, président du directoire de Aéroports de Lyon, en sait quelque chose : "On a eu un week-end avec 164 paires de ski sur cette ligne. C'est un sacré défi opérationnel." Il promet une réponse concrète : "dès l'hiver prochain, il y aura une amélioration du traitement des passagers ski." Le président de la CCI Lyon Métropole, résume l'ambiance bon enfant : "sans faire de jeu de mots, avec vous c'est 'Canada Dry'."

Les JO 2030 en ligne de mire pour Saint-Ex'
Derrière la boutade, il y a une stratégie lourde. Personne n'a prononcé le mot "Genève" lors de la conférence de presse. Mais quand Cédric Fechter a évoqué "un autre aéroport pas loin, mais pas en France", tout le monde a compris. "On a besoin d'investir lourdement, plusieurs centaines de millions d'euros. On a un projet industriel pour améliorer l'accès aux infrastructures des Alpes et des JO à partir de l'aéroport."
Les Jeux Olympiques d'hiver 2030 sont l'occasion rêvée mais surtout le point de bascule. Si Lyon réussit à s'imposer comme "la porte d'entrée des Alpes françaises" pour les visiteurs pendant les JO, le pli sera pris pour longtemps. Dix ans après le premier vol Lyon-Montréal, la ligne n'est plus seulement un lien entre deux villes. Elle est devenue le premier maillon d'une ambition alpine qui, à écouter les uns et les autres, n'a pas fini de grimper.
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Cette ligne Lyon-Montréal ne va pas plaire aux "flyshamer' !