Benjamin Brière
Benjamin Brière @Adélaïde Yvert

"Être libéré, c'est très dur" : ex-otage en Iran, le Lyonnais Benjamin Brière raconte ses problèmes avec l’administration

Détenu en Iran durant 1 079 jours, le Lyonnais Benjamin Brière déplore le manque d’accompagnement de la part de l’État depuis son retour sur le sol français.

"On m'a demandé pourquoi je n'avais rien déclaré depuis quatre ans." À elle seule, cette phrase peut résumer le désarroi de Benjamin Brière, détenu par le régime islamique d’Iran pendant 1 079 jours après son arrestation en 2022. Il avait été condamné à huit ans et huit mois de prison pour espionnage et propagande contre le régime.

Déjà en novembre dernier, l'ex-otage se confiait dans nos colonnes sur son retour à la vie normale. "Pour le moment, se projeter dans “l’après” est angoissant. Je passe des entretiens d’embauche, je veux retravailler, entreprendre. Mais on me considère toujours comme “l’ancien otage”", déplorait-il, lui qui qualifie ce statut de "double-peine."

Il ajoutait : "La liberté est une reconquête. Il n’y a pas d’accompagnement, aucun suivi. Je demande juste de la facilitation administrative. J’ai des impôts à payer, je n’ai plus de sécurité sociale. Sauf que la case otage n’existe pas. On est dans une sorte de no-man’s land. Quand on me demande pourquoi je n’ai rien déclaré depuis des années, j’explique que j’étais dans une prison iranienne. On me dit que ma famille aurait pu le faire. Je réponds que je n’avais que dix minutes de téléphone tous les trois mois – si on fait une moyenne sur les trois ans – et que, c’est étrange, ça m’était complètement passé au-dessus de la tête."

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"Je n'existais plus aux yeux de la Sécurité sociale et de France Travail"

Dans un entretien accordé à nos confrères du Journal du net, le Lyonnais assure que cela est toujours compliqué. "C'est difficile à concevoir, mais être libéré, c'est très dur, c'est aussi violent que d'être arrêté. Moi, après trois ans de détention, je reviens dans un autre monde." Comment, alors, envisager un retour à "la vie normale" ? "En fait, j'étais radié de partout. Je n'existais plus aux yeux de la Sécurité sociale et de France Travail. J'ai dû me battre pour tout réactiver, à commencer par les impôts", raconte-t-il.

Alors qu’il souhaitait "repartir de zéro" avec ses déclarations d’impôts, la discussion aurait pris une tournure inattendue. "On m’a demandé pourquoi je n'avais rien déclaré depuis quatre ans. J'ai expliqué que j'étais en prison, que je n'avais pas pu le faire. Ce à quoi l'agente des impôts me dit que même en prison, on fait sa déclaration… Oui enfin moi j'étais dans une prison iranienne : 'Dans ce cas, votre famille aurait pu le faire', m'a-t-on répondu."

À son retour en France, Benjamin Brière se retrouve dans une situation financière extrêmement précaire. Il est obligé de demander de l’argent à ses parents, de dormir chez eux. Il se met alors en contact avec France Travail (Pôle emploi à l’époque). Là aussi, il se heurte à un mur : il n’a pas le droit à ses indemnités car il ne les a pas demandées à temps. Après plusieurs semaines de bataille, il finit par obtenir les 8 000 euros qui lui sont dus, notamment grâce à l’aide d’Eric Bothorel, député des Côtes-d’Armor. "Je me sentais un peu honteux d'avoir dû déranger un ministre pour seulement huit mois de chômage à 1 000 euros par mois", déplore encore Benjamin Brière.

Création d’un statut juridique spécifique pour les anciens otages

L’ex-otage pointe par ailleurs du doigt les situations dans lesquelles les familles de personnes détenues peuvent se retrouver. Elles doivent "s'occuper de votre cas, vous faire connaître dans la presse, défendre votre dossier auprès du ministère des Affaires étrangères. Mais après un an ou deux ans, comment peuvent-ils continuer, avec quels moyens ?"

Aux côtés de l’association SOS Otages, Benjamin Brière se bat désormais pour demander la création d’un statut juridique spécifique pour les anciens otages français, ainsi que la mise en place d'une allocation spécifique pour permettre aux anciens otages de manger et vivre le temps de leur réinsertion, sans dépendre de leur famille ou du chômage.

En novembre dernier, déjà, il disait : "Ce manque d’humanité fait froid dans le dos. Le récit de mon expérience n’a de sens que s’il sert une cause plus grande. Mon quotidien tourne beaucoup autour de ce sujet, devenu un combat. Je veux que les batailles menées pour mon compte puissent profiter à ceux qui, une fois libérés, seront dans mon cas. C’est pourquoi je milite pour qu’un statut spécifique soit prévu avec un guichet unique pour aider ceux qui passeront par cette épreuve. J’ai servi de brouillon dans l’accompagnement réservé aux otages après leur libération, je ne l’accepte qu’à condition que la prochaine version soit plus humaine. Je refuse qu’on inflige aux suivants la même double peine."

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