Après sa carrière sportive, Edgar Grospiron est devenu coach en motivation. Crédit photo :© simon cordevant

Entretien avec Edgar Grospiron : "Si Laurent Wauquiez veut les JO 2030, je lui conseille de se dépêcher"

Le champion olympique de ski de bosses en 1992 aux JO d'Albertville s'est confié à Lyon Capitale à deux semaines de l'ouverture des JO 2022 de Pékin. Il s'est montré bavard sur la transformation de son sport et sur l'éventuelle candidature de la Savoie pour les Jeux d'hiver 2030.

Champion olympique en ski de bosses aux JO 1992 d'Albertville, Edgar Grospiron est toujours une figure en vue de l'olympisme en France. Il avait été pendant un an le directeur général du comité de candidature d'Annecy pour les JO 2018 - un échec -, et intervient parfois comme consultant pour les épreuves de ski acrobatique à la télévision. Pour Lyon Capitale, il revient sur sa victoire de 1992, l'évolution de son sport, mais aussi sur une éventuelle candidature de la Savoie pour les Jeux d'hiver 2030. Entretien sans langue de bois avec celui qui a embrassé depuis vingt ans une carrière de coach en motivation.

Lyon Capitale : Quel regard posez-vous sur ces Jeux olympiques d'hiver 2022 qui se dérouleront à Pékin en Chine, une ville située à 100 kilomètres de la station de ski la plus proche ? 

Edgar Grospiron : Les JO de Pékin reposent sur un concept d'éclatement entre les infrastructures de glace qui sont dans la grande ville et les pistes de ski qui sont à deux heures en train de là. Ce concept était le meilleur aux yeux du CIO pour 2022, même s'il n'y avait pas beaucoup de possibilités (la candidature de Pékin l'a emporté sur celle d'Almaty, située au Kazakhstan N.D.L.R.). Ce qui est un peu original, c'est que ça sera la première fois qu'une même ville aura organisé des JO d'été et d'hiver. C'est plutôt une bonne chose, ça montre aussi que les JO d'hiver ont grandi et peuvent s'organiser dans des endroits plus grands, peut-être moins montagneux, mais plus accessibles pour les urbains. Par exemple, Barcelone souhaite candidater pour des Jeux d'hiver en 2030, alors qu'ils ont déjà eu des Jeux d'été par le passé. Aujourd'hui, avec l'évolution des JO d'hiver ça serait très difficile pour Alberville d'en organiser à nouveau.

Parlons d'Alberville justement. Il y a 30 ans vous gagniez la médaille d'or sur l'épreuve de ski de bosses aux JO 1992. Quel souvenir gardez-vous de votre manche victorieuse devant votre public et sous une tempête de neige ? 

J'en garde évidemment un super souvenir grâce à ma victoire. Mais au-delà de ça, ce dont je me souviens c'est de l'ambiance. La neige qui tombait fort sur la piste, ça créait une ambiance presque "cocoonesque". Il y avait aussi une superbe ambiance qui venait du fait qu'on était une équipe de France de ski de bosses très forte. On gagne d'ailleurs deux médailles (le skieur Olivier Allamand avait pris la 2e place). Les gens étaient venus pour nous voir gagner. Il y avait donc cet enjeu de voir gagner des Français qui avait créé une ambiance particulière, un enthousiasme.


"Aujourd'hui, avec l'évolution des JO d'hiver ça serait très difficile pour Alberville d'en organiser à nouveau"


Trois décennies plus tard, la nouvelle héroïne française du ski de bosses est Perrine Laffont, médaillée d'or aux JO 2018 à Pyeongchang et qui va défendre son titre à Pékin. Quel regard portez-vous sur ses performances ? Est-ce les skieurs d'aujourd'hui sont plus forts que ceux de votre époque ? 

Aujourd'hui, les skieurs font des choses incroyables que nous n'avions même pas le droit de faire à mon époque. Ce que fait Perrine en saut, ce n'était pas autorisé dans le règlement des compétitions dans les années 1990. On ne pouvait pas faire de saut périlleux. Il faut aussi dire que les jeunes d'aujourd'hui ont un niveau en ski acrobatique qui est plus élevé que le nôtre. Ils skient mieux et réalisent des figures plus poussées. Le matériel a un peu évolué, mais c'est surtout la technique qui a fait évoluer ce sport. Les garçons et les filles, leur niveau acrobatique dans les bosses est largement supérieur à celui de ma génération. Si on met un film de ma descente et un film d'une descente de Perrine côté à côté, on verrait vraiment la différence (justement, une comparaison en image est visible ci-dessous).

Perrine Lafont a connu un début d'hiver difficile avec une grosse chute sur l'épreuve de coupe du monde de l'Alpe d'Huez en décembre. Mais elle a réussi à remporter sa première victoire au Canada le 9 janvier. Pensez-vous qu'elle sera au rendez-vous aux JO ? 

J'aime bien les débuts de saison difficile. Je trouve que ça vous réveille un peu. Cela oblige à être plus attentif après. C'est pas mal de prendre deux ou trois claques en début de saison. Surtout quand l'athlète a eu une bonne préparation comme c'est le cas de Perrine ou de Benjamin Cavet chez les hommes. Ils ont fait du bon boulot. Il n'y a pas d'inquiétude sur leur qualité physique ou technique. Par contre, à un moment donné la course il faut aller la chercher. On voit d'ailleurs que Perrine a retenu la leçon de sa chute à l'Alpe d'Huez et qu'elle regagne. Il vaut mieux que ça arrive maintenant plutôt qu'aux JO.

Vous qui êtes devenu un expert en coaching de motivation, quel conseil donneriez-vous aux athlètes qui préparent les Jeux ? 

On n'arrive pas comme ça aux JO du jour au lendemain. Il y a un vrai travail qui se fait bien en amont sur l'aspect mental. Je n'ai pas vraiment de conseil à leur donner, car le travail a été fait. Je dirais simplement que quand on arrive sur les Jeux, il faut surtout être capable de relativiser les situations et de lâcher prise. Il faut rester lucide et faire la part des choses en restant rationnel, à un moment où l'émotionnel peut faire prendre des décisions à la hâte. Ce n'est pas parce que les résultats ne sont pas là qu'il faut s'énerver pour autant. Ce n'est pas le moment.

Edgar Grospiron a dominé la discipline du ski de bosses pendant plusieurs années au début des années 1990. Crédit photo : © jean marc favre

 

Vous intervenez en tant que coach de motivation dans des entreprises depuis 20 ans. Qu'est-ce qui vous plaît là-dedans ? 

Ce qui me plaît c'est de voir qu'avec de l'écoute et des questions bien posées on arrive à faire bouger les gens, à les faire réfléchir. Au-delà du résultat, on améliore d'une certaine manière la vie des gens. Je trouve ça assez gratifiant. Il n'y a pas très longtemps, je donnais une conférence dans une entreprise et je parlais beaucoup de regard positif. Je disais que la manière dont on regarde une personne détermine en grande partie la qualité de la relation qu'on a avec elle. Après cette conférence, il y avait un repas et une femme est venue me voir pour me dire que j'avais changé sa vie. Je n'y croyais pas (rire). Elle m'a dit qu'elle venait d'appeler sa fille qui passait ses examens très bientôt et sa fille lui a répondu : "mais maman, qu'est-ce qui s'est passé, tu ne m'as jamais parlé comme ça?". Sa mère avait pris conscience de l'importance de transmettre du positif, alors qu'elle pensait bien faire en étant préventive, attentive, mais en fait elle transmettait de l'angoisse à sa fille par sa manière de faire.

Pour revenir aux JO d'hiver, est-ce que vous auriez un conseil à donner à Laurent Wauquiez, le président de la région Auvergne-Rhône-Alpes, qui a fait part de son ambition de lancer une candidature de la Savoie pour les JO d'hiver 2030 ? Vous avez été pendant un an le directeur général du comité de candidature d'Annecy pour les JO 2018, donc vous connaissez les coulisses d'une candidature. 

Je lui conseille de se dépêcher (rire). Le CIO a déjà embarqué dans le processus d'élection pour les JO 2030. Si on veut y aller, il faut réunir autour de la table les pouvoirs publics concernés, c'est-à-dire la région, le département mais aussi une ville, et le comité sportif olympique français. Mais il faut vraiment aller vite, le faire maintenant.

Lire aussi : Laurent Wauquiez espère une candidature de la région pour les Jeux d’hiver 2030

Vous seriez partant pour faire à nouveau partie intégrante d'un comité de candidature ?

Ce n'est pas vraiment le sujet aujourd'hui. Il faudrait déjà qu'une candidature se mette en branle et puis il y aurait d'autres personnes en France qui seraient plus compétentes que moi pour prendre la tête de cette candidature. Après, si je peux amener ma pierre à l'édifice, je le ferai.

Qu'est-ce que vous avez retenu de l'échec de la candidature d'Annecy pour les JO 2018 ? 

Je dirais que la seule chose positive, c'est qu'on a d'une certaine manière préparée le terrain pour les JO 2024 de Paris. D'ailleurs, je pense qu'une candidature pour les JO 2030 pourrait bénéficier de la dynamique de Paris 2024. Cela vaudrait le coup de poser une candidature pour 2030. On pourrait remettre le sport au coeur de la société et l'utiliser comme un vecteur d'acceptation, de bien-être. On voit aussi que la montagne française a besoin de se reconvertir avec l'impact du réchauffement climatique qui va être fort sur le tourisme en montagne. Il faut réinventer ce modèle et les JO peuvent nous aider à ça.

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