Véronique Sarselli et ses 25 vice-présidents
Véronique Sarselli et ses 25 vice-présidents

Entre Doucet et la droite métropolitaine, une impossible cohabitation ?

Grégory Doucet va expérimenter une configuration inédite et inconfortable pendant son second mandat : une cohabitation avec la droite à la Métropole de Lyon qui peut lui imposer des projets dont il ne veut pas.

Les Grand-Lyonnais, par leur décision dans le secret de l’isoloir les 15 et 22 mars, ont écrit le scénario d’une Métropole de Lyon qui effectue un grand saut dans l’inconnu. Pour la première fois depuis 1968 et la création de la Communauté urbaine de Lyon (ancêtre de la Métropole actuelle), la Ville de Lyon et la Métropole ne seront pas gouvernées par le même camp politique. Pendant longtemps, la question ne se posait pas vraiment : le maire de Lyon était automatiquement président de l’intercommunalité, comme ce fut le cas pour Michel Noir, Raymond Barre ou Gérard Collomb. Mais depuis 2020, les conseillers métropolitains sont élus au suffrage universel direct et les deux fonctions ne peuvent plus être cumulées par une seule et même personne. Cette révolution a été amortie par un premier mandat où la ville centre et la Métropole étaient politiquement d’un même vert. Depuis le 22 mars, l’agglomération lyonnaise a basculé dans un nouveau monde au mode de fonctionnement incertain. Les écologistes ont conservé Lyon, et la droite, soutenue par les centristes et les troupes de Jean-Michel Aulas, a conquis la Métropole après un quart de siècle de vaines tentatives. Les deux collectivités vont devoir apprendre à cohabiter, qui plus est avec une Métropole qui n’aura pas besoin de faire de compromis pour trouver des majorités.

Revanche ou entente cordiale ?

Le mandat précédent a montré que les relations entre l’échelon municipal et métropolitain pouvaient faire des étincelles. La présidence de Bruno Bernard a été rythmée par la fronde des maires, principalement LR. Aujourd’hui, le rapport de force s’est inversé. Ceux qui se sont sentis maltraités pendant six ans sont désormais aux manettes et la tentation d’une revanche guette. Le socialiste Cédric Van Styvendael se félicite que la Métropole ait rattrapé son retard en investissements sur le mandat précédent avant peut-être une longue pause. “Si je suis réélu à Villeurbanne et que la Métropole bascule à droite, beaucoup de projets seront abandonnés sur les mobilités, la justice sociale. Est-ce qu’on continuera le RSA jeune ? Le logement abordable ?”, s’interrogeait-il sur le plateau de “6 minutes chrono”, le rendez-vous télé quotidien de Lyon Capitale, à la veille du second tour. Dans ces mêmes studios, Véronique Sarselli a martelé ce qui sera le fil rouge de son mandat : “Je serai la présidente de tous les maires de la métropole de Lyon.” “Elle a commencé à se préparer à cette hypothèse de la cohabitation durant l’entre-deux-tours”, souffle-t-on dans les coulisses de la campagne Grand Cœur lyonnais.

Pression économique

La peur d’un blocage qui paralyserait l’agglomération pendant un mandat avait été au cœur des tractations de couloir ayant permis à Gérard Collomb d’accéder à la présidence du Grand Lyon en 2001 alors qu’il était minoritaire en sièges. Les milieux économiques inquiets d’une paralysie avaient pesé pour trouver une sortie par le haut. Grégory Doucet envisage un bégaiement de l’histoire pour obtenir de la Métropole une coopération apaisée. “Véronique Sarselli n’a pas de projets pour Lyon hormis son tunnel et le métro E qui ne sont pas prévus avant 2040. Le monde du BTP ne va pas laisser Lyon sans travaux. S’il ne se passe rien, ça va poser problème”, sourit Grégory Doucet. “Dans le secteur des travaux publics lyonnais, ils sont tous de droite mais ils ont fait comprendre à Véronique Sarselli qu’ils n’avaient jamais aussi bien gagné leur vie que sous Bruno Bernard. Ils lui ont aussi dit que son programme était trop maigre sur Lyon et qu’il faudrait trouver des choses. S’il ne se passe rien, le BTP va faire la gueule”, abonde un cadre LR de la Métropole de Lyon.

Petits projets et grands blocages

Grégory Doucet et Véronique Sarselli ont des projets difficilement conciliables sur certains points mais ont tous deux reçu l’onction du suffrage universel direct. Chacun sera légitime pour réclamer l’application de son programme. Lors du mandat précédent, sous Bruno Bernard, la Métropole n’a pas trouvé le modus vivendi en vue de coopérer avec des maires de sensibilités différentes, même si les torts étaient partagés. Au-delà des ego de chacun, c’est la question des attentes contradictoires des habitants de l’agglomération en fonction de leur lieu de résidence qui va inévitablement se poser. Les Lyonnais ont réaffirmé dans les urnes qu’ils voulaient d’une ville avec moins de voitures et une nouvelle conception de l’espace public. Dans le reste de l’agglomération, les électeurs ont exprimé une colère et une envie d’accéder rapidement au centre de Lyon. Le rôle de la Métropole est de concilier ces deux attentes et la mission est peut-être impossible. Après un mandat où le fait métropolitain s’imposait, la balance devrait s’inverser avec la nouvelle majorité Grand Cœur lyonnais qui veut revenir au fonctionnement du Grand Lyon où les maires étaient au cœur du dispositif. Ce mode opératoire pourrait permettre à Grégory Doucet d’appliquer une partie de son programme. À la différence d’autres candidats, il avait rédigé un projet qui ne débordait pas sur les compétences métropolitaines et n’a donc que peu de promesses à jeter à la poubelle.

Les blocages interviendront sur les grands projets. Grégory Doucet veut réaménager la rive droite du Rhône mais la compétence est métropolitaine et Véronique Sarselli a rappelé son opposition à la réduction du nombre de voiries. Grégory Doucet a moins de possibilités de bloquer les plans de Véronique Sarselli. Il peut refuser de signer des permis de construire et faire traîner des programmes métropolitains dont il ne voudrait pas. Il aura principalement un ministère de la parole et le mandat pourrait être rythmé par des joutes verbales entre le maire de Lyon et la présidente de la Métropole. Les six années qui s’ouvrent pourraient moins ressembler à une guerre des tranchées qu’à une longue partie de bras de fer, épuisante pour les élus et probablement stérile pour les habitants. Grégory Doucet voulait lors de son second mandat faciliter la vie des Lyonnais, sur les services publics du quotidien, il pourra le faire. En revanche, le scénario voulu par les électeurs a rendu sa vie autrement plus compliquée.

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