Coronavirus : jour 2 du confinement en banlieues lyonnaises

Le coronavirus a mis les banlieues de Lyon sous cloche. À La Duchère et Vaulx-en-Velin, les habitants ont vécu leur deuxième jour sous confinement. Récit.

Il faut remonter à 2014 pour trouver des températures plus élevées que celles que l'agglomération lyonnaise a connues ce mercredi 18 mars. 21 degrés printaniers, un temps sec, très ensoleillé. Et un ciel bleu d'azur, "d'un azur épais, comme s'il avait reçu deux couches de couleur, étale (...) sa surprenante beauté" (Maupassant).

En temps ordinaire, la vie aurait été partagée dehors. Parcs et jardins publics bondés, trottoirs cafis de badauds, terrasses bourrées de siroteurs. En temps ordinaire.

Lire aussi : Coronavirus : première journée sous confinement à Lyon.

Sauf que ce mercredi 18 mars 2020 est extra ordinaire, il sort de l'ordinaire. Et marque le deuxième jour de l'après. Le deuxième du confinement. "Guerre sanitaire" (Emmanuel Macron) acte II donc.

Duchère, belle de jour, scabreuse la nuit

Que se passe-t-il dans les faubourgs de Lyon ? Direction La Duchère via Vaise. Il est 11h00, le marché de la place de Paris, en face de la gare est comble. Les habitants sont collés serrés entre les étals des maraîchers. La distance d'un mètre requise pour les marchés est difficile, si ce n'est impossible, à tenir. S'ils doivent être maintenus pour "pouvoir continuer à fournir de la nourriture aux personnes" a déclaré, ce mercredi, le ministre de la santé Olivier Véran, il n'en reste pas moins que les marchés alimentaires commencent à poser question. "Je viens pour faire mes courses du jour, et celles de ma voisine âgée, explique Myriam, une habitante du quartier. On est les uns sur les autres, je pense que c'est la dernière fois que je viens."

Remontée sur la troisième colline de Lyon. Le cœur du quartier du Plateau, la place Abbé Pierre, habituellement concentré d'activité et de vitalité, n'est que l'ombre d'elle-même. Moins de dix personnes sur les gradins, dont un petit groupe de quatre jeunes tassés lézardant. Les masques sont ici nombreux. Ceux qui n'en ont pas, ont leur chèche sur le visage ou une écharpe enroulée autour de la tête.

Un peu plus loin, avenues du Plateau et Sakharov et boulevard de la Duchère, là où les barres HLM ont encore droit de cité, les halls d'immeubles et les cages d'escaliers coutumièrement fréquentés par les jeunes, personne.

L'avenue de la Sauvegarde, côté commerces, rituellement QG du quartier a été désertée. Seuls trois jeunes tiennent les murs au soleil devant le tabac-presse encore ouvert.

La rue Maurice Béjart, qui longe la mosquée At-Tawba et la la synagogue Rav Hida, porte encore les stigmates des flambées de violence des dernières nuits, durant lesquelles les pompiers appelés pour des feux de poubelles, ont fini caillassés, rejoints par les policiers qui ont été pris en guet-apens par des dizaines de jeunes. Deux voitures et une fourgonnette calcinées sur le trottoir à côté des cerisiers en fleurs. Drôle d'image.

Plus bas, le parc du Vallon bruisse d'oiseaux. Un coureur et un papa avec son fils. Il fait beau mais le cœur n'y est pas.

 

Á Vaulx, "le coronavirus tue les stups"

Direction Vaulx-en-Velin, en face à face, trois cours d'eau plus loin. Place Guy Mocquet, épicentre oval du Mas du Taureau, l'ambiance est tendue. Les jeunes qui tiennent la place clairsemée, désoeuvrés, semblent chercher quelque chose Une photo prise à la volée et la mèche s'enflamme. "Tu prends pas de vidéos, dégage fils de... ". Un policier nous expliquera plus tard que le quartier est sous tension car les clients ne viennent plus sur les places de deal. "Le coronavirus tue les stups".

Quartier Centre Est, au coin d'une rue, entre deux immeubles blancs décrépis et un terrain qui semble vague, un homme est assis sur une chaise en plastique, avec ce qui semble être des réserves de boisson et de nourriture à ses pieds. Un chouf à l'entrée d'un point de vente ? Désoeuvré apparemment. Pas un client. Une Mercedes grise, toutes fenêtres ouvertes, circule à faible allure.

À Vaulx-en-Velin, exceptés quelques groupes de quatre ou cinq jeunes ici et là, apparemment peu amènes aux consignes sanitaires du gouvernement, la ville est au ralenti, les habitants confinés. Les grandes places entre les barres HLM sont vides. Aucun enfant dans la ville. Ici, une femme passe, masque sur le visage. Là, un homme tire un cabas, les yeux au sol. Aucun scooter. Très peu de circulation. Vaulx prend le taureau par les cornes.

Les commentaires sont fermés

d'heure en heure
d'heure en heure
Faire défiler vers le haut