Coronavirus : première journée sous confinement à Lyon (photos et vidéo)

Les Lyonnais ont vécu leur premier jour sous cloche, dans une ville plongée dans le silence. Et la peur du coronavirus.

Il y aura un avant et un après. Ce mardi 17 mars 2020 aura été le premier jour de l'après. Un jour qui restera dans les livres d'histoire comme le début du confinement de la France – comme le note l'historien Jean-Yves le Naour, dans "Le Figaro", "la méthode ressemblerait à ce qui a été fait pour lutter contre l'épidémie de peste, notamment la dernière à Marseille en 1720". Un après que tout le monde attendait, tant la France était plongée dans un sentiment de flottement et d'attente.

La "guerre" a donc été déclarée par le président de la République. "Confinement strict" a détaillé le ministre de l'Intérieur. "Règles nouvelles", donc, qui appellent de nouveaux "interdits" a martelé Emmanuel Macron sur un ton martial. "Avec un seul objectif : nous protéger face à la propagation du virus." Son allocution a été suivie, selon Médiamétrie, par 35,3 millions de Français (52 % de la population).

Le premier jour d'après

Ce mardi, le premier jour d'après donc, les Lyonnais ont vécu leur premier rendez-vous d'une longue période – "pour quinze jours au moins" – avec le confinement. Fini l'insouciance. En ce mardi printanier, avec son ciel si bleu, son air si doux et ses températures exquises (20 degrés), les rues de Lyon s'étaient vidées.

Le place des Célestins, d'habitude chamarrée de petits écoliers et de badauds repus d'odeurs des magnolias en fleur et des cerisiers chargés de blanc, est silencieuse. Seuls s'entendent les pépiements des moineaux tout à leur aise.

"Des déserts peuplés de morts"

Un jeune homme passe, rapidement, sans un regard. Une dame âgée traîne son cabas derrière elle, sans s'arrêter. Comme si la rue était mortelle. "Des déserts peuplés de morts" (François Mauriac). Rencontre avec mon médecin généraliste, masque vert sur le visage. Il cherche un restaurant qui fait de la vente à emporter. Il n'a rien trouvé dans le quartier. Deux malades de 35 ans, susceptibles d'être contaminés par le coronavirus Covid-19, sont attendus à son cabinet en fin d'après-midi.

La place des Jacobins tout comme la place de la République sont vides. Leurs fontaines taries. Un groupe de SDF boit des bières au soleil. Je prends la rue de la Ré'. Sa minéralité grise saute au visage. Dépeuplée. Je fais un saut au Monoprix des Cordeliers. Sans être bondé, il y a du monde. Certains rayons sont plus vides (viande, charcuterie). Ceux du Sopalin et du papier toilette ont été dévalisés.

"On part loin de Lyon, il n'y a rien de bon ici"

Jusqu'à l'Hôtel de Ville, je croise une vingtaine de personnes dans la rue. Pas un chat place de la Bourse. Trois jeunes traversent la place des Terreaux, valise. Ils sont étudiants à Lyon 2. "On part loin de Lyon, il n'y a rien de bon ici". Quelques types traînent devant le PMU, assis côte à côte. Place Louis Pradel, spot incontournable de la ville pour les skateurs, pas une planche qui raie la dalle. Pas un vélo non plus qui vous klaxonne dans le dos. Personne. Le quai maréchal Lyautey, en principe si routier, est désolé. Sur la place éponyme, plus de boulistes, plus de chiens, le jardin d'enfant est abandonné.

Je prends le C4 à Foch. On est quatre, avec le chauffeur – dont l'espace est délimité par une chaîne de signalisation rouge et blanche. Le boulevard des Belges n'a pas non plus résisté : infréquenté. Le parc de la Tête d'or est fermé. Une voiture de police patrouille à l'intérieur. Ce sera la seule voiture croisée durant mon tour de la Presqu'Ile.

Lyon sous cloche où l'extra ordinaire

Retour à Foch, direction les berges à pied. De nombreux coureurs trottinent le long du Rhône. Les fameux "trajets nécessaires pour faire un peu d'activité physique" du Président. J'en compterai une vingtaine jusqu'à l'amphithéâtre de la Guillotière. Un père et sa petite fille approchent les nombreux colverts et cygnes qui s'ébattent en bord d'eau, placides.

Six personnes lézardent au soleil, face au Grand Hôtel-Dieu majestueux – dont seules les halles restent ouvertes le dimanche matin. Quant au quai Jules Courmont, les voitures l'ont délaissé. L'indice de la qualité de l'air est bon. C'est l'aspect positif du confinement. Une ville calme, paisible et apaisée.

Si ce mardi 17 mars 2020, premier jour de l'après, Lyon sous cloche ressemble de plus en plus à une ville fantôme, le ciel bleu et le soleil doux ont atténué le contraste avec l'ordinaire.

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