Cuisinière, libraire, policier... Ils sont tous français, lyonnais et arméniens et livrent leur point de vue sur leur arménité et leur "lyonnitude".
Maritsa Boghossian, 48 ans, directrice de la libraire Pleine Lune, à Tassin-la-Demi-Lune
"L’arménité relève de l’intime et du privé"
"L’arménité est une question qui relève de l’intime et du privé." L’arménité est un héritage dans lequel les Français d’origine arménienne puisent pour grandir. C’est une identité, la spécificité même du caractère arménien. Cette arménité, Maritsa l’a entretenue en suivant, parallèlement à ses cours d’enseignement général classiques, "l’école arménienne du mercredi" : lecture, écriture, mais aussi danse et musique folkloriques. "Mais, sans réelle pratique, ça se perd vite", explique-t-elle, d’autant que son père, son seul lien familial avec l’Arménie, meurt quand elle est très jeune. Pendant ses étés, sa mère consent à la laisser partir en colonie de vacances arménienne. "J’ai grandi avec la double culture française et arménienne, et je me suis parfaitement intégrée."
Rafy Tournaire, 34 ans, fonctionnaire du ministère de l’Intérieur
"100 % arménien et 100 % français"
Déjà récompensé pour deux actes de bravoure, ce jeune policier lyonnais né à Vaulx-en-Velin d’un père français et d’une mère franco-arménienne a vécu "l’aventure de [sa] vie". C’était il y a quelques années de cela. Un journaliste sportif l’appelle pour lui annoncer qu’une fédération arménienne de rugby est sur le point de se créer. Compte tenu de l’importante diaspora arménienne installée en France, les promoteurs du projet comptent former des joueurs d’origine arménienne évoluant à un bon niveau en France. Immédiatement intéressé, Rafy Tournaire prend l’avion, direction le pays de sa grand-mère. "Quand vous débarquez dans le pays dont on vous a tant parlé toute votre jeunesse, que vous êtes accueilli en héros et que vous portez les couleurs de votre deuxième pays de cœur, je peux vous dire qu’il se passe quelque chose d’incroyable." Après des sélections draconiennes, Rafy Tournaire intègre l’équipe nationale. Il sera deux fois champion d’Europe des nations (division 3), en 2004 et 2006. De cette fantastique histoire, Rafy Tournaire retient une chose : "Maintenant, je sais que je suis chez moi en Arménie. J’ai deux entités très fortes en moi et je vis très bien avec. 100 % français et 100 % arménien, je revendique ma double nationalité."
Sonia Ezgulian, 47 ans, écrivaine et cuisinière
"Ce n’est pas l’arménien que tu parles, c’est le turc !"
"À chaque fois que je levais la main pour répondre à une question, on me disait : "Ce n’est pas l’arménien que tu parles, c’est le turc !"" Partie à 19 ans étudier les langues orientales à Paris, dans l’idée de perfectionner son arménien, langue natale de sa grand-mère paternelle, Sonia Ezgulian en a eu le cœur brisé. "L’arménien que j’ai appris jusqu’à l’âge de 10 ans avec ma grand-mère Payloun était truffé de mots turcs. C’était l’arménien de l’époque. Depuis, il est devenu plus soviétique. Et puis c’était terrible, j’étais la seule d’origine arménienne !" Sonia est née à Sainte-Foy-lès-Lyon et a vécu à Saint-Genis-Laval dans une tribu arménienne, "plusieurs maisons côte à côte". Ambiance très arménienne, la fête au quotidien, le respect et la dévotion aux traditions. "Mon père et ses sœurs se sont tous mariés entre Arméniens. Quand j’ai rencontré Emmanuel, mon mari français, je lui ai dit : "Je ne suis certes pas pratiquante mais je veux qu’on se marie selon le rite arménien." C’était important pour moi.” Cet héritage, Sonia l’a transmis aux gourmands de son restaurant lyonnais, L’Oxalis (1999-2005). Elle s’adonne aujourd’hui beaucoup à l’écriture. Comme en cuisine, en partie révélé dans l’opus Les Épluchures : dix façons de les accommoder (Éditions de l’Épure), Sonia Ezgulian ne jette rien. Surtout pas ses racines.
Marie-Sophie Kirassian, 53 ans, présidente du Cercle lyonnais des femmes arméniennes
"On est français d'origine arménienne"
Sa mère est française, son père aussi mais de parents arméniens. À l’époque, les mariages mixtes ne sont pas très courants, ni très bien vus. Sa mère sera pourtant "très bien acceptée" par la communauté. "Elle a appris à faire la cuisine avec ma grand-mère, explique Marie-Sophie Kirassian. Elle a appris les gestes mais aussi le sens de la famille." Très "attirée" par cette culture, elle-même fera le grand saut en épousant un Arménien, rencontré parmi les étudiants arméniens de Lyon. Et de reconnaître à demi-mot que "ce n’était pas des mariages arrangés mais on vous poussait un peu, c’était discret". "Le bonheur de mon mari serait que ma fille de 30 ans se marie avec un garçon d’origine arménienne, pour perpétuer la culture..." La culture, l’éducation. Leur fils a été scolarisé à l’école mixte arménienne Markarian Papazian, avant de rejoindre les Lazaristes. Le Cercle lyonnais des femmes arméniennes, qu’elle préside, est très impliqué dans la vie de l’école – l’une des huit en France – "car ma mère m’a toujours répété : On est français d’origine arménienne".
> Pour continuer sur le sujet : L'inéluctable assimilation des Arméniens de Lyon.

'Ces Arméniens de Lyon'... pathétique... Ils sont nés en France, d'au moins un parents Français, et non pour la plupart JAMAIS mis le pied en Arménie, mais se considèrent plus Arméniens que Français... Ils sont français quand ça les arrange... comme les juifs, les musulmans, les africains... Ah le communautarisme....
Un bel exemple d'intégration et de volonté à suivre..... Incity n'a pas dû lire l'article.