Four industriel ICBP® FLEX d’ECM technologies (CR : ECM)

Isère : faute de métallurgistes, ECM Technologies fait régler ses fours par l'intelligence artificielle

Le fabricant grenoblois de fours industriels a reçu la ministre chargée de l'Intelligence artificielle le 10 juillet. Derrière une démonstration technologique se cache une pénurie que l'industrie française préfère éviter.

Dans un four de traitement thermique, tout se joue à quelques degrés près. Une montée en température mal calibrée, une atmosphère imprécise, et la pièce d'acier part au rebut. Ce réglage porte un nom dans le métier : la recette. Pendant un siècle, il a fallu un métallurgiste pour l'écrire.

C'est cette histoire qu'Arthur Pelissier, directeur général d'ECM Technologies, a racontée à Anne Le Hénanff le 10 juillet 2026, lors de la visite de la ministre déléguée chargée de l'Intelligence artificielle et du Numérique dans son usine grenobloise.

Un algorithme pour combler un vide

Le problème est venu des clients. Automobile, aéronautique, sous-traitants du traitement thermique : tous achètent les fours d'ECM, et tous peinent désormais à les régler seuls. La raison tient en un mot. Ils n’arrivent plus à recruter de métallurgistes.

L'entreprise a donc pris le savoir de ses propres experts et l'a transformé en base de données. Un algorithme y a été entraîné, puis intégré à un logiciel qui génère les recettes. Ainsi, un opérateur sans formation métallurgique peut désormais paramétrer un four.

De cette manière, l'intelligence artificielle ne fait donc pas gagner du temps chez ECM. Elle remplace une compétence qui s'éteint. Autrement dit, une entreprise fondée en 1928, encode aujourd'hui ce que l'industrie française a cessé de transmettre grâce à son héritage.

Grenoble conçoit, le monde achète

Cette bascule ne concerne pas un acteur marginal. Selon les chiffres qu'elle communique, ECM Technologies réalise 130 millions d'euros de chiffre d'affaires avec 600 collaborateurs, exporte 85 % de sa production et en fabrique 90 % en France. Quinze filiales prolongent son réseau, notamment en Chine, en Inde, en Allemagne et aux États-Unis, tandis que ses sites français se répartissent entre Grenoble, Paris et Montpellier.

L'entreprise vend des fours sous vide depuis 1964 et se présente comme le leader mondial de la cémentation basse pression, un traitement qui enrichit l'acier en carbone pour en durcir la surface. Ses machines équipent l'automobile, l'aéronautique, l'électronique, le photovoltaïque, le nucléaire et le médical. Une filiale, ECM Greentech, s'est par ailleurs positionnée sur les énergies renouvelables et le stockage, en reprenant les actifs et la propriété intellectuelle du montpelliérain Semco.

Un modèle exposé à de multiples frontières

Son équilibre reste toutefois exposé. Exporter 85 % d'une production fabriquée en France laisse l'entreprise à la merci des barrières douanières et au coût de l'énergie, deux variables qui ont bougé en 2026. De plus, la solution qu'elle vend à ses clients lui pose, à terme, la question qu'elle a résolue pour eux : quand les métallurgistes auront cessé d'être formés, qui entraînera les algorithmes suivants ?

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