Il est l’un des cent chercheurs mondiaux les plus cités en microbiologie. Chef du service de virologie des Hospices civils de Lyon, président de l’université Lyon 1, membre du conseil scientifique Covid, Bruno Lina multiplie les casquettes.
Celui qui a dormi moins de quatre heures par nuit pendant les mois les plus sombres de la pandémie, conseillant l’Élysée sur le confinement, avec le poids que l’on imagine, est aussi le scientifique qui n’hésite pas à dire “je ne sais pas”, un chercheur passionné de grippe, tombé dans la virologie presque par hasard, un cinéphile qui replonge dans Interstellar et dévore la science-fiction avec Le Problème à trois corps.
Jamais grande gueule selon lui mais porteur de convictions fermes, sur l’Université comme investissement stratégique, sur la démarche scientifique à enseigner dès le primaire, sur Lyon qu’il aurait pu quitter dix fois pour dix fois son salaire. Il est resté. Parce qu’il y a toujours, dit-il, un défi à relever.
Lyon Capitale : Vous considérez-vous comme une grande gueule ?
Bruno Lina : Non pas vraiment. J’ai des opinions que dans certains contextes j’exprime, bien évidemment concernant essentiellement mon travail. Si être une grande gueule, c’est être parfois en désaccord avec un groupe, cela peut m’arriver d’avoir une position forte plutôt que d’être une grande gueule.
Membre du conseil scientifique Covid, président du Biocluster maladies infectieuses, directeur du Centre national de référence des virus des infections respiratoires, expert auprès du ministère de la Santé, de la Haute Autorité de Santé et de l’OMS, chef du service de virologie des Hospices civils de Lyon, et maintenant président de Lyon 1, vous avez eu plusieurs vies en une. Faut-il parfois savoir taper du poing sur la table ?
Décider, ce n’est pas forcément taper du poing. J’ai pris des responsabilités au fil de l’eau, elles se sont accumulées. L’idée, c’est d’avoir un collectif derrière soi à chaque fois. Ce que j’essaie de faire, c’est d’installer un groupe compétent, d’avoir une réflexion avec lui et de lui donner des axes, d’anticiper des évolutions en discutant avec des décideurs. Il s’agit d’emmener le Centre de référence, le Biocluster, l’université ou le conseil scientifique là où je souhaite qu’ils aillent, mais jamais contre le collectif.
Laquelle de ces vies vous a le plus transformé ?
Elles ont toutes été transformantes. Celle qui a été la plus marquante, c’est le conseil scientifique, à la fois par la période, par l’activité et par le rôle que l’on a pu avoir. C’est un temps de ma vie que je ne peux pas oublier.
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C’était pendant le Covid ?
Oui. Mais je ne faisais pas que le conseil scientifique, je dirigeais en même temps le Centre national de référence, je continuais à faire de la recherche et à organiser le laboratoire. Dans le cadre du conseil scientifique, il fallait aussi permettre aux virologues de France d’augmenter la capacité de diagnostic du coronavirus.
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