ANNEE POLAIRE INTERNATIONALE : "DANS 50 ANS, UNE CANICULE COMME EN 2003 SERA NORMALE"

Jusqu'en mars 2009, 200 programmes de recherche associent 50 000 personnes. Michel Fily, du laboratoire (CNRS) de glaciologie de Grenoble, fait partie de ceux-là. Lyon Capitale l'a rencontré, en marge d'une conférence qu'il donnait dans notre ville la semaine dernière.

Lyon Capitale. En tant que chercheur, vous avez le nez dans la matière, le présent et le futur du climat ?
Michel Fily : Les glaces varient beaucoup en fonction du climat. Pour une raison simple : quand il fait chaud, la glace a tendance à fondre. C'est donc un très bon indicateur du climat à court terme mais aussi à long terme. Au Groenland, par exemple, on voit une fonte accélérée. En Antarctique, sur cette échelle de temps les évolutions sont moins faciles à voir. Par contre les calottes polaires nous permettent d'avoir des informations sur les températures passées et sur la composition de l'air d'il y a des centaines de milliers d'années, grâce à des analyses physiques et chimiques de l'air enfermé dans la glace.

Les glaces ne sont-elles que des indicateurs et les archives du climat ?
C'est aussi un acteur du climat. Il y a environ 10 % de la surface de la Terre couvertes de glace. Si elles se changent en eau, comme cela est en train de se passer avec la fonte de la banquise, on passe d'une surface blanche à une surface noir. Or l'eau absorbe les rayons solaires et la glace les réfléchit. Du coup, la fonte des glaces amplifient encore l'augmentation des températures.

En quoi l'étude de la glace vous permet d'affirmer qu'on est en train de vivre un réchauffement climatique ?
Notre observation permet de dire que la banquise diminue de 6 % par an. Les modèles mathématiques de simulation prévoient que dans 50 ans, il n'y aura plus de glace l'été au pôle nord. Par contre, les effets du réchauffement se font moins sentir au pôle sud. En Antarctique, seule une région, la péninsule d'Antarctique (la région au sud de l'Amérique du sud) est touchée par le phénomène. C'est d'ailleurs la partie du monde qui s'est le plus réchauffée. Mais le reste de ce continent polaire s'est refroidi.

Ce réchauffement climatique est-il réversible ?
Le Groenland continuera à fondre. C'est inéluctable. Certains phénomènes sont réversibles, mais pas avant des centaines d'années. Aujourd'hui la principale question concerne la vitesse de ces phénomènes. Une société peut s'adapter à un changement climatique étalé sur mille ans, mais pas sur cent ans.
Avec les modèles, on fait des prévisions à 100 ans. Or on ne peut pas prévoir ni la population ni l'énergie qu'elle va consommer. Il est donc difficile de dire avec certitude quel sera le climat de demain. Une chose est sûre : même si on revient à des taux de CO2 normaux, ça ne suffira pas à inverser la tendance. La banquise va disparaître, les glaciers en dessous de 3 000 mètres aussi. Le niveau des mers va monter de 20 à 60 cm. Et dans 50 ans, un été comme en 2003 sera normal.

Science, images, débats et autres animations
Le CNRS Rhône Auvergne propose une programmation autour de l'Année polaire internationale, jusqu'au 9 juin.
A noter notamment la diffusion, mardi 5 juin, du documentaire d'Al Gore "Une vérité qui dérange", suivi d'un débat sur les politiques de l'environnement avec Stéphane La Branche, de Sciences-Po Grenoble. A 20h30 au Cinéma Le Comoedia (Lyon 7e). Programmation dans nos pages agenda et sur www.dr7.cnrs.fr

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