Philippe Faure : "Je suis le chef des guérilleros et ils veulent m'abattre !"

La décision est, pour l'heure, gelée. Philippe Faure, directeur du théâtre, y voit une sanction politique. Entretien avec un artiste en colère.

Lyon Capitale : Le Théâtre de la Croix-Rousse devait devenir scène nationale. Est-ce compromis ?
Philippe Faure : Le précédent ministre de la culture, Renaud Donnedieu de Vabres a écrit et dit que la Croix-Rousse serait scène nationale avant le 31 décembre 2007. Jérôme Bouët, le Directeur Régional des Affaires culturelles (DRAC) l'a confirmé, entre autres, dans vos colonnes. A partir de cette décision de principe, on s'est réuni avec l'Etat, la ville de Lyon, la région Rhône-Alpes et le département du Rhône et on a rédigé, tout naturellement, une convention cadre entre les différents partenaires. On l'a finalisée durant l'été. Tout le monde était d'accord et Bouët l'a soumise à la signature de la ministre, Christine Albanel, en octobre. On n'a pas obtenu de retour. Ni Jérôme Bouët, ni Gérard Collomb qui a écrit 5 fois à la ministre. Le 31 décembre, toujours rien. Début janvier, le député Pierre-Alain Muet interpelle la ministre à l'Assemblée nationale. Et c'est Martin Hirsh qui répond !

Martin Hirsh ?
C'est le haut commissaire aux solidarités actives.

Pourquoi lui ?
Ben voilà ! c'est l'homme du RMI et des SDF, c'est tout dire ! En tout cas, il répond que la décision est gelée ! On se retrouve aujourd'hui sans convention, sans objectif artistique et avec une parole de l'Etat reniée.

La ministre n'a toujours rien dit ?
Elle a simplement fait dire que c'était gelé. Dominique Perben s'est défoncé à mort, il est intervenu une trentaine de fois auprès d'elle, c'est sa copine, puis auprès du cabinet de Fillon, mais il n'a rien obtenu.

Comment expliquez-vous cette désinvolture ?
C'est une affaire éminemment politique. Ils me font payer le fait d'avoir soutenu Collomb et Queyranne. Ils veulent punir Philippe Faure ! Ils ne veulent pas accorder cette scène nationale à Gérard Collomb. Ils ont fait le pari que Perben ne gagnerait pas, donc Lyon est passé en pertes et profits. La Croix-Rousse est soutenue par le Drac, par la ville, la région, le député UMP qui se présente aux municipales, mais ils s'en foutent ! Perben se noie et ils le laissent se noyer !

Pourtant Richard Lagrange, ancien Drac de Rhône-alpes, est devenu conseiller de Christine Albanel...
Lui, il fout un bordel monstre ! il bloque la machine ! Il ne voulait pas que nous obtenions ce label quand il était Drac. Il a été au cabinet de Sarkozy au ministère de l'intérieur, ce n'est pas un tendre. Il me déteste, il me hait. Je représente tout ce qu'il n'aime pas : la liberté de parole, l'insolence.

Que représente ce label de scène nationale ?
Le théâtre de la Croix-Rousse, c'est plus de dix ans de travail, c'est 9000 abonnés, c'est 80 000 spectateurs, c'est toute une nouvelle génération d'artistes qui est passé chez nous. Le label représentait une redéfinition du projet artistique. On voulait, chaque année, proposer un thème et autour de celui-ci rêver sur des auteurs, des films, des spectacles de théâtre, de danse.

Et financièrement ?
100 000 euros en plus sur quatre ans. Je n'ai plus aucune garantie que cet argent soit versé. On repart dix ans en arrière ! Pourtant, on répond à tous les critères énoncés par Sarkozy dans sa lettre sur la culture. Nous sommes un "lieu populaire", avec "diffusion d'œuvres classiques". On répond à tous les critères ! Pourquoi, alors, gèle-t-on cette décision prise en 2007 ? Pourquoi renie-t-on la parole d'un précédent ministre ? d'un haut fonctionnaire ? On est dans une impasse ! il n'y a plus de projet, plus de financements. Il n'y a plus rien ! Cela veut dire que l'on ne va pas faire la prochaine saison. Le ministère de la culture n'est plus un interlocuteur fiable.

Pour vous, il s'agit d'une sanction politique ?
Tous les mecs incontrôlables il faut les faire taire. Vous voyez bien ce qu'ils veulent faire avec la télévision publique, avec les journaux. Ils veulent tout contrôler. Ils ne veulent plus de liberté de parole. L'art officiel, c'est Didier Barbelivien ! On a beaucoup rigolé que Sarkozy aime Johnny Hallyday, Mireille Mathieu. C'était pittoresque, mais on n'a pas vu la gravité de ce qui se passe. Cela représente véritablement sa pensée, c'est en fait l'art auquel il croit. Il n'y a plus de place pour l'aventure artistique véritable. Nous, on programme des jeunes metteurs en scène, des spectacles novateurs et destroy. Et pendant ce temps-là, la télé publique se gargarise de diffuser Arditi dans Feydeau ou Line Renaud et Muriel Robin : c'est le théâtre officiel ! les metteurs en scène d'aujourd'hui, ce n'est pas ce théâtre là qu'ils font. Il n'y a jamais eu une telle incompréhension entre le gouvernement et les artistes. Ils disent qu'il faut faire des conventions d'objectifs et, quand on les fait, ils les suppriment. C'est gravissime. Les artistes n'ont jamais été aussi seuls. On nous humilie ! On nous méprise ! On nous infantilise ! On ôte l'idée de l'ambition à tous les artistes. Le gouvernement mène une guérilla contre nous. Et moi, je suis le chef des guérilleros et ils veulent m'abattre.

Qu'allez-vous faire ?
Je ne céderai pas ! S'ils veulent tuer les théâtres, nous serons les premiers morts au front. La parole de l'Etat n'est plus respectée. De toute façon, Sarkozy ne respecte plus rien, il se branle de tout ! Je suis convaincu de ma responsabilité dans la riposte. Il y a une exemplarité dans le combat que nous allons mener. Il va falloir que je sois à la hauteur de cette situation catastrophique.

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