L’or est actuellement valorisé à 45 euros le gramme au Crédit municipal. En 2025, le montant moyen d’un prêt s’élevait à 1 147 euros. © Pierre-Antoine Pluquet
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Derrière le succès du prêt sur gage, des fins de mois de plus en plus difficiles

À l’heure où les questions de pouvoir d’achat alimentent les mouvements sociaux, les demandes de prêts sur gage se multiplient au Crédit municipal de Lyon. Si l’envolée du prix de l’or explique en partie la hausse de l’activité, la dégradation du quotidien des ménages alimente aussi son essor.

“C’était ça ou retourner à la rue.” Amer mais décidé, Lambert* (les personnes citées par leur prénom n’ont pas souhaité donner leur nom) s’apprête à déposer une gourmette en or gravée au bureau de prêt sur gage du Crédit municipal de Lyon, un établissement bancaire pas comme les autres, situé derrière la mairie du 3e arrondissement. La gourmette est un cadeau offert par sa mère, décédée il y a trois ans, auquel il est pourtant attaché. L’homme, ancien ouvrier agricole, vit aujourd’hui de petits boulots en intérim dans le bâtiment et la restauration. Âgé de 58 ans, il a fait le déplacement depuis Vaulx-en-Velin où il occupe un studio en logement social. Malgré les aides et le RSA, il ne parvient plus à boucler les fins de mois, le ralentissement économique ayant un impact sur l’activité de ses employeurs. “Je suis au centime près. J’ai déjà arrêté de dîner le soir. Mais malgré cela, je n’y arrive plus. Tout devient trop cher”, témoigne-t-il. Il ressort de l’établissement 45 minutes plus tard, une liasse de billets en main : 300 euros. “Ça va me permettre de tenir un mois”, se rassure-t-il.

Juste à côté, devant le pas de la porte de l’établissement, Myriam, 42 ans, mère célibataire de deux enfants, est une habituée : “Je viens depuis 2022. Peut-être une fois ou deux par an. Aujourd’hui je viens récupérer mes pendentifs que j’avais laissés au début de l’année. Ils avaient été estimés à une valeur de 900 euros, ce qui m’a permis de partir en vacances deux semaines à la mer avec les petites”, explique l’employée de commerce en Presqu’île. Comme eux, ils sont soixante-dix chaque jour à franchir la porte de la rue Duguesclin pour demander de nouveaux prêts dans cet établissement bancaire, sous tutelle de la Ville de Lyon.

+25 % d’activité depuis 2020

Anonyme, rapide et sans contrepartie en cas de non-remboursement, le bureau de prêts sur gage du Crédit municipal de la Ville a le vent en poupe. L’établissement engrange +15 % de nouveaux dossiers chaque année depuis cinq ans et compte à présent plus de 17 000 clients actifs dans les six communes où il dispose d’une agence : Lyon, Saint-Étienne, Grenoble, Mâcon, Clermont-Ferrand et, depuis cette année, Annecy. Fondé sous Napoléon Ier en 1810 pour combattre l’usure (les prêts à taux abusif), cette historique “banque des pauvres” connaît une forte hausse de popularité depuis la crise sanitaire. L’an passé, la caisse, qui propose aussi des produits bancaires à vocation sociale comme les microcrédits, a affiché un produit net bancaire – l’équivalent du chiffre d’affaires – record : 6,7 millions d’euros, en hausse de +8 % en un an et de +25 % depuis 2020. Pour l’activité de prêts sur gage, l’encours (la somme d’argent totale que l’établissement a prêtée) atteint le chiffre historique de 50 millions d’euros fin 2025, en hausse de +13 % sur un an et +37 % depuis la crise sanitaire.

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