Pollution au PFAS : L'usine Daikin est située au bord de la M7, sur la commune d'Oullins.
L’usine Daikin est située au bord de la M7, sur la commune d’Oullins. @LC

PFAS au sud de Lyon : des associations attaquent en justice l'autorisation accordée à Daikin

Plusieurs associations annoncent avoir saisi la cour administrative d'appel de Lyon pour demander l'annulation de l'arrêté préfectoral pris en juillet dernier autorisant Daikin à utiliser un nouveau PFAS sur son site d'Oullins-Pierre-Bénite. Elles dénoncent notamment l'absence d'étude d'impact environnemental.

La contestation de la nouvelle autorisation accordée à Daikin prend désormais un tournant judiciaire après avoir déjà été contestée par plusieurs députés écologistes en septembre. Dans un communiqué publié ce mercredi 28 octobre, quatre associations, Bien Vivre à Pierre-Bénite, Notre Affaire à Tous – Lyon, Eau Bien Commun Lyon-Métropole et la Ligue des droits de l'Homme Lyon Confluences, annoncent avoir saisi, avec les Écologistes Rhône-Alpes Pays de Savoie et le soutien du collectif PFAS contre Terre, la cour administrative d'appel de Lyon.

Déposée le 28 septembre dernier, leur requête vise à obtenir l'annulation de l'arrêté préfectoral du 24 juillet 2026, autorisant Daikin Chemical France à intégrer une nouvelle substance de la famille des PFAS dans son procédé de fabrication à Oullins-Pierre-Bénite, au cœur de la vallée de la chimie.

Un nouveau PFAS qui inquiète les associations

Cette substance, baptisée R-1234yf, doit être utilisée dans la fabrication d'un nouveau grade de polymères fluorés, en remplacement partiel des procédés actuels. Dans son arrêté, la préfecture du Rhône estimait que cette évolution ne constituait pas une modification substantielle de l'installation et ne nécessitait donc pas de nouvelle autorisation environnementale. Selon le dossier présenté par l'industriel, ce procédé devrait notamment permettre de réduire les rejets de PFAS dans l'eau et dans l'atmosphère. L'étude de risque sanitaire concluait également à un impact "acceptable avec d'importantes marges de précaution".

Des conclusions aujourd'hui contestées par les associations, qui dénoncent l'absence d'étude d'impact environnemental. Elles s'inquiètent notamment de la dégradation du R-1234yf dans l'atmosphère en acide trifluoroacétique (TFA), une substance particulièrement persistante, suspectée d'être toxique pour la reproduction. Selon elles, l'évaluation des risques sanitaires produite par Daikin ne prend pas suffisamment en compte les émissions potentielles de TFA liées à ce nouveau procédé.

"Il est incompréhensible et préoccupant que la préfecture n'applique toujours pas le principe de précaution face aux risques liés aux PFAS, qui ont profondément choqué le territoire", dénonce Jeanne Fleury, présidente de Notre Affaire à Tous – Lyon. Elle réclame une évaluation complète des risques afin que des mesures de protection de la population puissent être envisagées.

Des risques industriels également pointés du doigt

Au-delà des conséquences environnementales, les associations s'interrogent également sur les risques industriels liés à l'utilisation de ce gaz inflammable, stocké sous pression. Dans son arrêté, la préfecture reconnaissait que "deux nouveaux phénomènes dangereux sont susceptibles de produire des effets significatifs à l'extérieur" du site. Elle précisait toutefois que ces risques restaient compris dans les zones d'effets déjà identifiées, sans exposer de nouvelles populations.

Une justification qui ne convainc pas Lucas Miguel, du collectif PFAS contre Terre. "Cela signifie-t-il que la vigilance des autorités censées protéger la santé des populations ne serait que relative dans la mesure où le projet ne ferait qu'exposer davantage des populations déjà bien exposées aux risques industriels ?", interroge-t-il, réclamant davantage de garanties. L'autorisation préfectorale prévoit néanmoins plusieurs mesures de sécurité supplémentaires, notamment une limitation à 18 tonnes de R-1234yf sur le site et des dispositifs renforcés de prévention des incendies et des explosions.

Une autorisation déjà contestée en septembre

Cette procédure judiciaire intervient après une première contestation politique début septembre. Les députés écologistes du Rhône Marie-Charlotte Garin et Boris Tavernier avaient alors demandé à la préfecture de suspendre ou de retirer son autorisation, dans l'attente d'études sanitaires et environnementales complémentaires.

Les associations rappellent également qu'un précédent projet industriel de Daikin, autorisé en février 2024, avait été suspendu par la justice administrative après leur mobilisation. Le tribunal avait notamment pris en compte l'implantation du site dans une zone densément peuplée, historiquement exposée aux rejets de PFAS.

Cette nouvelle bataille judiciaire intervient dans un territoire marqué depuis 2022 par les révélations sur la contamination aux polluants éternels autour des sites industriels d'Arkema et de Daikin au sud de Lyon. Malgré les réductions de rejets annoncées ces dernières années par les autorités, les associations continuent de réclamer une évaluation plus poussée des risques sanitaires et environnementaux liés aux activités industrielles de la vallée de la chimie.

Les PFAS, qu'est ce que c'est ?
Les PFAS (per- et polyfluoroalkylés) sont une famille de milliers de composés chimiques synthétiques utilisés depuis les années 1950 pour leurs propriétés antiadhésives, imperméabilisantes et résistantes à la chaleur. On les retrouve dans les poêles en Téflon, les emballages alimentaires, les textiles imperméables ou les cosmétiques. Surnommés "polluants éternels", ils ne se dégradent pas dans l'environnement et s'accumulent dans l'organisme, présentant des risques suspectés ou avérés pour la santé humaine (cancers, perturbations endocriniennes, baisse de l'immunité).

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