Philippe Prieto, adjoint socialiste à la sécurité à Lyon, est l'invité de 6 minutes chrono / Lyon Capitale.
Alors qu'une nouvelle journée de mobilisation des lycéens doit se tenir ce mardi, Philippe Prieto, adjoint à la sécurité à Lyon, rappelle la position de la municipalité après des rassemblements qui ont donné lieu à des dégradations la semaine dernière : "Nous condamnons toutes les violences et nous appelons à la désescalade". Sur le rôle de la police municipale dans l'encadrement de ces manifestations, l'adjoint socialiste se montre catégorique : "Nous n’interviendrons pas pour faire du maintien de l’ordre, absolument pas. En revanche, une fois le maintien de l’ordre assuré, à la demande de la police nationale ou de la préfecture, qui centralise les relations avec les différentes collectivités ou administrations concernées, nous pourrons sécuriser tel lycée, tel collège ou telle école".
Philippe Prieto revient aussi sur la proposition de la Métropole de Lyon de participer au financement d'équipements pour les polices municipales, dont celle de Lyon : "nous ne refuserons pas la moindre subvention, d’où qu’elle vienne, puisque nous sommes chargés de la sécurité à Lyon. Je constate que la métropole a dû trouver une situation financière suffisamment saine pour dégager 5 millions d’euros par an sur des compétences qui ne sont pas les siennes. Nous présenterons nos dossiers et, si nous avons des sources de financement métropolitaines, nous ne les refuserons pas. Nous disons simplement que c’est à nous de dire où nous avons besoin de ces financements, de façon à ce que les compétences des collectivités soient bien perçues par le public et qu’il n’y ait pas un mélange des genres".
La retranscription intégrale de l'entretien avec Philippe Prieto
Bonjour à tous et bienvenue. Vous regardez « 6 minutes chrono », le rendez-vous quotidien de la rédaction de Lyon Capitale. Aujourd’hui, nous accueillons Philippe Prieto. Bonjour. Vous êtes adjoint socialiste chargé de la sécurité à la ville de Lyon. Nous vous avons invité pour parler de différents sujets, notamment d’un sujet d’actualité brûlante, sans mauvais jeu de mots : la fronde des lycéens, qui se traduit parfois par des débordements à Lyon. Nous avons pu le constater autour de différents établissements. Vous qui avez la main sur la police municipale lyonnaise, envisagez-vous de faire appel à elle pour encadrer l’ouverture des lycées le matin à 8 h ? Certaines villes le font en France.
Nous condamnons toutes les violences et nous appelons à la désescalade. En ce qui concerne l’action que peut avoir la ville de Lyon à travers sa police municipale, celle-ci est engagée sur deux missions : la protection et la sécurisation des bâtiments publics, ainsi que l’accompagnement et la sécurisation des interventions des pompiers. Nous sommes en étroite relation avec les forces de police et les autorités préfectorales. Nous avons un agent de liaison au poste de commandement préfectoral et un autre au poste de commandement de la police nationale. Ces agents de liaison prennent en compte les demandes de ces autorités pour que nous puissions ensuite, en fonction des moyens dont nous disposons, procéder à nos missions. Mais nos missions, je le répète, se limitent à la sécurisation des bâtiments publics et des interventions des pompiers.
Vous n’interviendrez donc pas aux abords des lycées pour permettre aux jeunes d’accéder à leurs établissements le matin, s’ils ne sont pas bloqués ?
Nous n’interviendrons pas pour faire du maintien de l’ordre, absolument pas. En revanche, une fois le maintien de l’ordre assuré, à la demande de la police nationale ou de la préfecture, qui centralise les relations avec les différentes collectivités ou administrations concernées, nous pourrons sécuriser tel lycée, tel collège ou telle école.
Pourquoi ne pas intervenir ? C’était déjà un choix qui avait été reproché. Au moment des violences urbaines autour de l’affaire Nahel, à Lyon, il avait été reproché à la ville d’avoir dit aux policiers municipaux de ne surtout pas intervenir.
Nous n’intervenons pas pour faire du maintien de l’ordre. Nous intervenons pour les deux missions qui sont importantes et qui permettent à la police nationale, dont c’est la mission, de maintenir ses effectifs et ses forces sur ses propres missions. Mais il y a un savoir-faire que nous ne possédons pas : celui du maintien de l’ordre. Si, lors de la sécurisation d’un bâtiment, celui-ci fait l’objet d’attaques, les consignes sont très claires. Nous demandons à notre police municipale de se désengager, en lien avec la police nationale, qui doit prendre le relais. J’ai également demandé que les caméras vidéo portatives que portent les policiers municipaux soient systématiquement activées afin de nous permettre de bien suivre l’évolution des comportements des uns et des autres et de garantir le strict respect de nos consignes.
Êtes-vous inquiet en vue de cette semaine qui s’ouvre, avec, mardi, un nouvel appel à la mobilisation des lycéens ? Pensez-vous que la situation peut dégénérer ?
Les revendications des lycéens sont légitimes et le droit de manifester doit pouvoir leur être accordé sans difficulté. Je ne suis pas inquiet, je suis vigilant, également pour permettre à cette manifestation de se dérouler correctement. C’est pour cela que nous appelons à la désescalade. Nous avons affaire à des personnes et à des jeunes qui ont légitimement porté des revendications sur leurs conditions d’études. Je crois qu’il faut que nous soyons extrêmement attentifs à ces revendications et que les collectivités, l’Éducation nationale ou l’État, qui ont la charge d’améliorer les points qu’ils nous signalent, soient en mesure de régler ces problèmes, et vite.
Nous allons maintenant évoquer un sujet qui vous concerne plus directement en tant qu’adjoint à la ville de Lyon : ce que propose la métropole de Lyon. Elle a créé un fonds de 5 millions d’euros pour soutenir les polices municipales du territoire. Allez-vous demander à bénéficier de ces subsides ? Il y a cette histoire de main tendue qui existait déjà avec la région et qui existe aujourd’hui avec la région et la métropole. Êtes-vous prêt à collaborer avec elles en matière de sécurité ?
Que ce soit clair : mes propos ont été déformés. Mais, par principe, nous ne refuserons pas la moindre subvention, d’où qu’elle vienne, puisque nous sommes chargés de la sécurité à Lyon. Je constate que la métropole a dû trouver une situation financière suffisamment saine pour dégager 5 millions d’euros par an sur des compétences qui ne sont pas les siennes. Nous présenterons nos dossiers et, si nous avons des sources de financement métropolitaines, nous ne les refuserons pas. Nous disons simplement que c’est à nous de dire où nous avons besoin de ces financements, de façon à ce que les compétences des collectivités soient bien perçues par le public et qu’il n’y ait pas un mélange des genres qui fait que…
Ce que vous voulez dire, c’est que vous demandez de l’argent et que vous en faites ce que vous voulez sans l’expliquer à l’avance ?
Non ! Nous avons de nombreux besoins qui nécessiteront des financements complémentaires.
Quels peuvent être ces besoins, par exemple ?
J’ai évoqué les véhicules. Nous sommes en train de mettre en place des postes de police municipale mobiles. Nous allons devoir acquérir un véhicule, qui coûte 200 000 euros. Si la métropole nous aide à le financer, il n’y aura aucun souci. J’ai évoqué des kits vidéo piétons, que portent les policiers. Nous en avons aujourd’hui un peu plus d’une centaine. Je trouve qu’il serait utile de pouvoir les diffuser plus largement dans nos patrouilles, de façon à multiplier les résultats que nous avons pu constater après un an d’expérience, à savoir des litiges entre usagers et policiers réduits de 75 %. Tout le monde y trouve son… J’ai toute une liste de besoins que nous allons financer avec la Ville et qui nécessiteront le concours d’autres collectivités. Ces concours sont les bienvenus. J’ai d’ailleurs déjà rencontré Jérémie Bréaud et les choses sont claires entre nous.

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