Angelo del Focolare © Masiar Pasquali / Piccolo Teatro di Milano

Un féminicide “dantesque” aux Célestins

On se réjouit du retour d’Emma Dante, l’autrice et metteuse en scène sicilienne, sur les planches lyonnaises avec sa nouvelle création Angelo del Focolare.

S’il n’était déjà pris, en référence à Dante Alighieri, l’auteur de la Divine Comédie, on aurait pu créer spécialement pour Emma Dante l’adjectif “dantesque”. Tant elle a sa manière propre de mettre en scène mais aussi de concevoir et écrire ses spectacles. De façon artisanale, au plus près des émotions de ses personnages, en donnant un rôle prépondérant à l’aspect visuel.

Artiste internationale, souvent programmée au Festival d’Avignon, on s’est accoutumé à la voir venir sur nos grandes scènes. Que ce soit aux Célestins, où elle a présenté en 2024 Re Chicchinella, une adaptation scénique du conte de Giambattista Basile (qui est en quelque sorte un précurseur italien des frères Grimm). Au TNP où, en 2025, elle avait bouleversé le public, dans un tout autre registre, avec Il Tango delle Capinere (Le Tango des Fauvettes, en français). Un spectacle en grande partie dansé au cours duquel un vieil homme et une vieille femme racontaient la force et la fragilité de leur amour à travers les différentes époques traversées.


Cercle de l’enfer

C’est aux Célestins que l’on retrouvera prochainement, du 6 au 10 octobre, les images puissantes, les costumes et les maquillages colorés, l’humour cruel et les comédiens à l’expressivité forte qui caractérisent l’art de la dramaturge installée dans l’ancienne prison de la Vicaria, au cœur de sa Sicile natale. Mais si, avec sa nouvelle pièce, L’Angelo del Focolare (L’Ange du foyer), l’inspiration reste familiale, comme pour Il Tango delle Capinere, elle est cette fois d’une teneur nettement plus tragique.

Le début de cette nouvelle création en témoigne. Sur un plateau où l’on distingue une corbeille à linge qui déborde, un lit dans un coin, des chaises, une table, on découvre un corps inanimé, assassiné, celui d’une femme. Le suspense n’est pas de trouver qui est le coupable ; on le sait très vite, ce n’est pas une enquête policière. C’est bien la violence de son mari qui a tué l’Angelo del Focolare (L’Ange du foyer). Il ne reste plus qu’à rembobiner son histoire : les heures pénibles à s’occuper de sa belle-mère vieillissante, son fils dépressif et son époux maltraitant qui ne fait jamais sa part.

Entre farce et tragédie, rire et larmes

En exposant ce cercle de l’enfer quotidien, Emma Dante entend décortiquer les rouages de la violence et le poids du virilisme. Après avoir bouclé sa trilogie inspirée de fables anciennes (La Scortecata, Pupo di zucchero et Re Chicchinella), elle plonge dans le présent. Mais elle garde sa patte “dantesque” : celle d’un théâtre énergique, entre farce et tragédie, rire et larmes – cruelles.

L’ancrage sicilien demeure également présent : elle fait résonner les dialectes du sud de l’Italie. Tout en insufflant une incroyable vitalité aux corps empêchés, abîmés et entravés qu’elle convoque sur le plateau.

Angelo del Focolare –Du 6 au 10 octobre aux Célestins

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