Tristan Defay, membre du collectif Saint-Just Respire qui s'oppose à la réouverture de la montée du Chemin-Neuf, est l'invité de 6 minutes chrono / Lyon Capitale.
Le collectif Saint-Just respire qui s'oppose à la réouverture de la montée du Chemin-Neuf aux voitures sur laquelle planche la Métropole de Lyon réaffirme son opposition à ce qu'ils considèrent comme "une régression". "Cette montée est stratégique pour les mobilités douces ou actives. Elle avait déjà été identifiée comme telle lors du mandat précédent, celui où Thomas Rudigoz était déjà maire et avait fait réaliser des aménagements cyclables. Cet axe est assez étroit : il n’est pas techniquement possible d’y aménager deux voies de circulation sécurisées pour les vélos, l’une à la montée et l’autre à la descente, ainsi qu’une voie pour les voitures. Aujourd’hui, pour descendre de Saint-Just, il n’y a pas d’autre voie que celle-ci qui soit strictement réservée aux mobilités douces et actives. La sanctuarisation mise en place par la précédente mandature visait une sécurisation pérenne. Nous ne souhaitons pas de régression, selon un principe simple, celui d’un droit acquis", assure Tristan Defay.
Malicieusement, il demande à la Métropole de Lyon de saisir la commission du débat public pour organiser une concertation : "Aujourd’hui, il revient donc aux élus de la Métropole et à Mme Sarselli de choisir de la saisir ou non. Thomas Rudigoz avait demandé à plusieurs reprises sa saisine en 2023, lors de la « fermeture » du Chemin-Neuf. Par parallélisme des formes, nous demandons simplement que ce qui était alors réclamé par un parti d’opposition soit mis en place aujourd’hui. Cela ne nuirait certainement pas au débat public. Actuellement, la consultation se déroule à huis clos".
La retranscription intégrale de l'entretien avec Tristan Defay
Bonjour à tous et bienvenue. Vous regardez 6 minutes chrono, le rendez-vous quotidien de la rédaction de Lyon Capitale. Aujourd’hui, nous accueillons Tristan Defay. Bonjour. Vous êtes membre du collectif Saint-Just Respire. Vous êtes notamment très engagé sur la question de la montée du Chemin-Neuf, que la Métropole de Lyon prévoit de rouvrir à la circulation automobile. Une décision à laquelle vous n’adhérez pas, voire pas du tout. Pourquoi refusez-vous que cet axe, qui a été aménagé durant le précédent mandat par la majorité écologiste, redonne de la place aux voitures ?
Nous ne sommes pas opposés, par principe, au passage des voitures : les riverains sont déjà autorisés à emprunter la montée du Chemin-Neuf et continuent de l’être aujourd’hui. Il faut aussi voir qu’actuellement, le maire de l’arrondissement…
Il s’agirait là de l’ouvrir à d’autres usagers que les riverains ?
Tout à fait. Ce serait une réouverture générale. Cette montée est stratégique pour les mobilités douces ou actives. Elle avait déjà été identifiée comme telle lors du mandat précédent, celui où Thomas Rudigoz était déjà maire et avait fait réaliser des aménagements cyclables. Cet axe est assez étroit : il n’est pas techniquement possible d’y aménager deux voies de circulation sécurisées pour les vélos, l’une à la montée et l’autre à la descente, ainsi qu’une voie pour les voitures. Aujourd’hui, pour descendre de Saint-Just, il n’y a pas d’autre voie que celle-ci qui soit strictement réservée aux mobilités douces et actives. La sanctuarisation mise en place par la précédente mandature visait une sécurisation pérenne. Nous ne souhaitons pas de régression, selon un principe simple, celui d’un droit acquis, en quelque sorte : une évolution favorable a été réalisée.
On pourrait vous rétorquer que les voitures disposaient auparavant d’un droit acquis et qu’il y a eu, pour elles, un retour en arrière.
Tout à fait. Mais, sur cette question, la loi de 2016 sur la biodiversité acte la nécessité d’une évolution positive. C’est une politique de long terme, et non de court terme, qui doit bénéficier à l’environnement en général et à l’environnement humain, notamment en matière de pollution. Nous considérons que cette réouverture va à contresens de cette évolution.
Il y a aussi une attente des habitants. Thomas Rudigoz portait ce projet dans sa campagne municipale et a été élu maire d’arrondissement. Il y avait aussi eu des oppositions à la fermeture à la circulation automobile. Les contraintes d’espace que vous évoquez pour monter sur le plateau du 5e ou en descendre existaient pour les vélos, mais aussi, auparavant, pour les voitures. Elles sont peut-être encore plus fortes pour les voitures aujourd’hui. Il y a peut-être aussi une solution à trouver pour elles…
Cette solution existe aujourd’hui : il y a des itinéraires de report qui, contrairement à ce qui a parfois été indiqué, ne sont pas saturés. On constate même une diminution du trafic, notamment sur la montée de Choulans. Une augmentation du trafic a été évoquée, mais les chiffres du Cerema sont très clairs à ce sujet : le trafic, y compris routier, diminue. Les personnes qui constatent que la circulation en voiture est devenue plus difficile se reportent vers d’autres modes de déplacement. Ce sont les modes vers lesquels nous souhaitons nous orienter dans le cadre des politiques publiques.
Vous êtes aussi très remonté contre la Métropole, sur le fond comme sur la forme : elle a réalisé des comptages et des études auxquels vous n’avez pas eu accès. Vous demandez que la Commission nationale du débat public se saisisse du sujet. Est-ce pour gagner du temps ? Est-ce une manœuvre dilatoire ?
On pourrait le voir ainsi, et je comprends cette remarque.
On peut aussi considérer que la Commission nationale du débat public est normalement saisie de projets d’ampleur, dont les coûts se chiffrent en millions ou en milliards d’euros.
Sa saisine est obligatoire pour les projets d’ampleur, mais il est également possible de la saisir pour d’autres projets. Cette commission ne peut pas s’autosaisir. Aujourd’hui, il revient donc aux élus de la Métropole et à Mme Sarselli de choisir de la saisir ou non. Thomas Rudigoz avait demandé à plusieurs reprises sa saisine en 2023, lors de la « fermeture » du Chemin-Neuf. Par parallélisme des formes, nous demandons simplement que ce qui était alors réclamé par un parti d’opposition soit mis en place aujourd’hui. Cela ne nuirait certainement pas au débat public. Actuellement, la consultation se déroule à huis clos. C’est très problématique d’un point de vue démocratique, car cela ne permet pas à la population de comprendre les prises de décision. Une partie de la population s’exprime aujourd’hui sur les différentes…
Vous avez lancé une pétition qui a recueilli moins de 3 000 signatures.
Nous avons lancé une pétition, mais la Métropole a aussi lancé un outil, dont le nom m’échappe, qui permet de s’exprimer.
« Ça bloque ? On agit ! »
« Ça bloque ? On agit ! », merci beaucoup. La Métropole a lancé cet outil, qui met en évidence qu’une majorité des personnes demandent des voies sécurisées pour les vélos.
Vous pensez donc que les élus vont aller à l’encontre de leur propre plateforme et de ce qu’ils souhaitaient lorsqu’ils étaient dans l’opposition ?
C’est la voie dans laquelle ils se sont engagés aujourd’hui. Nous avons affaire à des personnes élues, qui ont effectivement un mandat à remplir. Elles ont pris des engagements et doivent les tenir. Nous demandons que ces engagements soient tenus selon les modalités les plus démocratiques possible. Ces engagements ont été pris au cours d’une campagne d’opposition, ce qui rend leur mise en œuvre plus compliquée. Il est facile de détricoter et de détruire ce qui a été fait précédemment, mais beaucoup plus compliqué de mener un projet d’envergure. À notre sens, ce projet doit faciliter les mobilités douces et protéger l’environnement, comme les six canicules de cet été peuvent nous inciter à le faire.
