L’usine Dumarey Powerglide d’Andrezieux Bouthéon dans la Loire

Loire, Isère, Drôme : la bataille s'engage pour le sol des usines fermées

Des usines ferment, leurs terrains restent. Dans trois départements héritiers du vieux croissant industriel rhônalpin, collectivités, promoteurs et État se disputent désormais un foncier devenu rare.

À Andrézieux-Bouthéon, l'usine Dumarey Powerglide ferme : ses 260 emplois disparaîtront d'ici l'automne. Mais Saint-Étienne Métropole regarde déjà au-delà. Son vice-président à l'économie, Daniel Damart, n'exclut pas que la collectivité rachète le foncier du site. Le calendrier s'accélère : ce 22 juillet, le tribunal des activités économiques de Lyon examine la demande de sauvegarde de l'ex-site ZF. Le 27, la recherche légale d'un repreneur s'achève.

Une collectivité prête à acheter une usine morte

La scène aurait paru absurde il y a vingt ans, quand les friches étaient un fardeau dont personne ne voulait. Si elle devient logique, c'est que ces territoires partagent une histoire. La Loire, le Nord-Isère et la vallée du Rhône drômoise se sont industrialisés tôt : métallurgie dans les vallées stéphanoises et à l'est de Lyon, chimie le long du fleuve. Leurs usines sont donc anciennes, vastes, raccordées aux réseaux, souvent en cœur d'agglomération. Or elles ferment aujourd'hui, rattrapées par les crises de l'automobile et de la chimie, au moment précis où la loi interdit d'en bâtir ailleurs : depuis la loi Climat et Résilience, l'objectif de zéro artificialisation nette impose de réutiliser les sols déjà construits plutôt que d'étendre les zones d'activités sur des champs. Chaque fermeture transforme ainsi un drame social en occasion foncière.

En Isère, à Charvieu-Chavagneux, les promoteurs Capfimo et HT Immo ont ouvert le 9 juillet aux visiteurs le chantier de l'ancienne tréfilerie Tréfimétaux. Le site porte près de deux siècles d'industrie : une papeterie d'abord, puis les établissements Grammont, qui y laminaient le cuivre et le laiton dès le milieu du XIXe siècle. L'opération s'intitule d'ailleurs « Transformer une friche sans artificialiser » et vise un pôle économique.

Dans la Drôme, Valence offre les deux faces de la médaille. La foncière Proudreed construit son parc d'activités sur l'ancien centre de tri postal, tandis qu'à quelques kilomètres, le terrain du chimiste Polytechnyl, liquidé au printemps, ne trouve pas preneur.

Un sol qui vaut, un sol qui coûte

Les terrains propres, eux, sont devenus rares. Le site Dumarey s'étend sur 27 hectares, dont 15,3 disponibles d'un seul tenant, et aucune emprise comparable n'existerait dans les agglomérations de Lyon et Saint-Étienne réunies, selon les élus métropolitains. Le précédent exécutif stéphanois affirmait déjà voir des projets industriels lui échapper faute de terrain. À l'échelle nationale, le ministère de la Transition écologique évalue le gisement des friches à 170 000 hectares : c'est désormais la principale réserve où la réindustrialisation peut puiser.

Encore faut-il que ces terrains restent industriels. Rien ne l'impose à un liquidateur, qui vend au plus offrant, entrepôts logistiques et lots commerciaux compris. C'est ici que les stratégies divergent. À Andrézieux, le président de Saint-Étienne Métropole Régis Juanico range Dumarey parmi les sites stratégiques nationaux, tandis que le maire tient l'arme du projet local d'urbanisme, qui classe la zone strictement industrielle : à défaut de droit de préemption, la commune contrôle ce qu'on aura le droit d'y construire. Les promoteurs privés, eux, parient sur la valeur future des emprises. L'État, enfin, joue la partie la plus longue.

Epora : quand l'État devient l'acheteur de la dernière chance

Le troisième acteur est né ici même. Créé en 1998 pour effacer les friches ligériennes, l'Établissement public foncier de l'Ouest Rhône-Alpes (Epora) couvre aujourd'hui la Loire, la Drôme, l'Ardèche et le Nord-Isère. Pendant vingt-cinq ans, il a acheté les usines mortes, payé leur dépollution, puis rendu les terrains aux collectivités pour des logements ou des quartiers rénovés. L'industrie partait ; l'Epora effaçait ses traces.

Fin 2024, l'établissement a inversé sa doctrine. Sa nouvelle foncière de portage garde désormais les sites industriels en attendant qu'un industriel revienne. Douze ont été repérés, dont deux dans la Loire, sans que leurs noms soient communiqués. Quand le privé refuse de payer le passé d'un terrain, c'est donc l'État qui achète, non plus pour tourner la page de l'industrie, mais pour lui réserver la place. Son programme 2026-2030, en préparation, dira l'ampleur du pari. Les fermetures de l'été lui fournissent déjà des candidates.

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