Réunis à Roanne les 2 et 3 juillet, les maires des villes moyennes ont sommé le gouvernement d'ouvrir sans délai une concertation sur le budget 2027. Deux figures d'Auvergne-Rhône-Alpes portent la contestation.
Il y a des congrès qui ressemblent à des sommets diplomatiques. Le 25e congrès annuel de Villes de France, qui s'est tenu les 2 et 3 juillet à Roanne, en fait partie. Face à quatre ministres dépêchés par l'exécutif, les maires des communes de 10 000 à 100 000 habitants ont durci le ton. Leur préoccupation numéro un : les finances locales, à l'aube de la préparation du projet de loi de finances 2027.
Le thème officiel du rendez-vous, « Nouveau mandat, nouveaux défis : les maires en première ligne », a rapidement laissé place à une revendication plus terre-à-terre. « Mais avec quels moyens ? », a lancé d'emblée Yves Nicolin, maire LR de Roanne et hôte du congrès, résumant l'inquiétude générale. Un cri d'alerte relayé par Gil Avérous, maire divers droite de Châteauroux reconduit à la présidence de l'association : « Les collectivités ne doivent plus être la variable d'ajustement budgétaire de l'État. »
Lire aussi : Loire : quatre ministres au Congrès des Villes de France à Roanne cette semaine
Refus catégorique du modèle 2026
Les maires exigent en particulier la fin du dispositif de lissage conjoncturel des recettes fiscales (Dilico), qu'ils rejettent pour la troisième année consécutive. Ils demandent également la compensation intégrale de la suppression des impôts économiques et la fin des ponctions sur les employeurs publics au titre de la CNRACL, la caisse de retraite des agents territoriaux. C'est Jean-François Debat, maire PS de Bourg-en-Bresse et président délégué de Villes de France, qui a formulé la ligne rouge la plus explicite : « Nous ne voulons plus que l'État nous asphyxie. » Une phrase qui a marqué le congrès et qui traduit le refus d'assumer, à l'échelle communale, les cadeaux fiscaux accordés aux entreprises.
Le message aux ministres présents est clair. En cas de reconduction des baisses budgétaires drastiques de 2026, les communes seront contraintes de réduire leurs investissements. Or ces investissements sont massifs en début de mandat, avec la nécessité d'engager rénovation thermique, adaptation au changement climatique et modernisation des services publics.
Une seule annonce concrète de la ministre
Face à ces demandes, la ministre de l'Aménagement du territoire et de la Décentralisation, Françoise Gatel, présente à Roanne, s'est voulue rassurante mais économe en engagements. Elle a confirmé la reconduction du programme Action cœur de ville, doté de 5 milliards d'euros lors de sa première édition, ainsi que celui de Petites villes de demain. La nouvelle génération s'étalera à partir de 2027 sur toute la durée du mandat municipal, autour de trois axes : mobilité, logement et commerces. Sur la question des normes administratives, la ministre a plaidé pour un effort collectif : « Nous sommes tous responsables de la surnorme. »

En revanche, aucune réponse précise n'a été apportée sur les modalités de financement du programme, ni sur les questions budgétaires structurelles. Un silence qui a laissé les élus sur leur faim. « On ne peut pas perdre de temps », a insisté Gil Avérous, qui demande la tenue immédiate d'une réunion du comité des financeurs, réunissant Banque des territoires, Action Logement, Agence nationale de l’habitat, État et Villes de France.
Une position AURA structurante
Ce congrès aura donc mis en lumière un poids inhabituel de l'Auvergne-Rhône-Alpes dans la contestation des villes moyennes. Yves Nicolin, à la tête de Roanne (deuxième ville de la Loire) et Jean-François Debat, à la tête de Bourg-en-Bresse (préfecture de l'Ain), occupent désormais deux positions clés dans le bureau de Villes de France. Leur ligne commune, exigeante sur les finances et attachée à la préservation des services publics de proximité, pourrait peser dans les prochains arbitrages budgétaires nationaux. Le prochain rendez-vous est fixé à l'automne, avec l'ouverture de la discussion parlementaire sur le projet de loi de finances pour 2027. D'ici là, les élus restent dans l’attente de signaux forts.
