Loïc Terrenes
Loïc Terrenes

"Lyon ne sera pas l’oubliée de ce mandat", assure Loïc Terrenes

Loïc Terrenes, coprésident du groupe Lyon Humaniste et Démocrate, est l'invité de 6 minutes chrono / Lyon Capitale.

Coprésident du nouveau groupe d'opposition Humaniste et Démocrate au conseil municipal de Lyon, Loïc Terrenes revient sur sa rupture avec Cœur Lyonnais. Selon lui, deux raisons expliquent ce départ : l'affaire Abreu et sa gestion par Jean-Michel Aulas, mais aussi une volonté de faire entendre une sensibilité différente, loin de ce qu'il qualifie d'hégémonie des Républicains au sein du groupe constitué après la campagne.

Sans renier son soutien à la majorité conduite par Véronique Sarselli, il entend porter une voix distincte sur certains dossiers, notamment les mobilités, défendant le projet de métro E tout en plaidant pour la modernisation du métro C et une meilleure desserte du plateau nord.

Interrogé sur la formule de Véronique Sarselli, "Lyon n'est pas le centre du monde", il rappelle que la ville a longtemps rayonné dans la santé, le textile, la gastronomie ou le cinéma. Tout en reconnaissant la nécessité d'un rééquilibrage métropolitain vers les communes périphériques, il insiste : "Lyon ne doit pas être la grande oubliée de ce mandat".

La retranscription intégrale de l'entretien avec Loïc Terrenes

Bonjour à tous et bienvenue. Vous regardez 6 minutes chrono, le rendez-vous quotidien de la rédaction de Lyon Capitale. Aujourd’hui, nous accueillons Loïc Terrenes. Bonjour. Vous êtes coprésident du groupe d’opposition Humaniste et Démocrate au conseil municipal de Lyon. Auparavant, vous apparteniez au groupe Cœur Lyonnais, que vous avez quitté à la suite de l’affaire Abreu et de la manière dont Jean-Michel Aulas, alors président du groupe Cœur Lyonnais, a géré cette affaire. Est-ce réellement le point de départ de la création de votre nouveau groupe, cette gestion de l’affaire Abreu par Jean-Michel Aulas ?

Il y a deux raisons. Il y a effectivement cette affaire, ainsi qu’un certain nombre de questionnements et d’interrogations que nous avons pu lui opposer sur la manière dont elle a été gérée. Et puis, il y a aussi le fait que nous voulions désormais faire valoir notre différence d’approche, nos nuances et nos valeurs au sein d’un groupe ayant un positionnement plutôt central au conseil municipal, sans être dominés par une sensibilité devenue un peu hégémonique dans l’autre groupe qui s’est constitué.

Sans cette affaire Abreu, seriez-vous resté dans ce groupe commun pendant toute la mandature ? Ce groupe avait-il réellement du sens politiquement ?

Il a eu beaucoup de sens pendant la campagne. Je l’ai constaté personnellement : j’étais tête de liste dans le 4e arrondissement et nous avons réussi à créer une unité entre des sensibilités pourtant très différentes. C’est d’ailleurs toujours le cas : nous continuons à nous parler tous et nous avons vocation à travailler ensemble. Mais le ciment de ce collectif, c’était Jean-Michel Aulas. À partir du moment où tout cela s’est effondré avec l’affaire et ses conséquences, il était aussi temps de reprendre notre liberté de ton. En tout cas, c’est le choix que j’ai fait avec trois autres collègues, ainsi qu’avec plusieurs conseillers d’arrondissement qui nous ont rejoints. C’est pour cela que nous avons créé ce groupe.

Peut-on imaginer que Jean-Michel Aulas, aujourd’hui en retrait, rejoue à terme un rôle prépondérant dans la vie du conseil municipal de Lyon ? Peut-il y avoir un retour vers ce groupe commun ou les ponts sont-ils définitivement coupés ?

C’est à lui de décider ce qu’il souhaite faire par la suite. Il y a d’abord le temps judiciaire, qui vient de s’ouvrir. Sur le plan judiciaire, a priori, il n’aurait rien à se reprocher. En tout cas, je ne suis pas juge, mais c’est ce que l’on peut lire dans la presse. Ensuite, il y aura le temps politique. C’est à ce moment-là que chacun décidera de son positionnement, lorsque la justice aura fait toute la lumière sur cette affaire.

La plupart des élus ayant quitté Cœur Lyonnais ont rejoint un groupe réunissant des élus LR et Renaissance. Vous êtes vous-même issu de Renaissance. Pourquoi ne vous êtes-vous pas senti à l’aise dans ce groupe ? Quand vous parlez d’hégémonie, s’agit-il d’une hégémonie des Républicains ?

Une partie de l’exécutif métropolitain siège dans ce groupe. Par ailleurs, je ne suis pas conseiller métropolitain, contrairement à d’autres collègues du nouveau groupe que nous avons créé. Et oui, ce groupe est dominé par la sensibilité des Républicains et par l’action de la majorité métropolitaine. Nous soutenons évidemment cette majorité métropolitaine, mais sur certains dossiers, nous n’hésiterons pas à faire entendre une autre voix au conseil municipal en rappelant qu’il faut parfois remettre certaines priorités au premier plan.

À quels sujets pensez-vous, par exemple, sur lesquels il pourrait y avoir des différences d’approche ?

Nous venons de traverser, et nous traversons encore, un épisode de canicule qui peut amener à penser que certaines politiques menées par les écologistes n’étaient peut-être pas si mauvaises et qu’un retour en arrière n’est pas forcément souhaitable. On a parfois l’impression que les premiers temps du mandat de Véronique Sarselli sont surtout consacrés à revenir sur ce qui existait avant, avec des réouvertures de voirie à l’automobile ou encore la fin de l’encadrement des loyers.

Avez-vous l’impression que l’on est simplement dans un retour en arrière ?

Je crois que nous sommes surtout dans un temps de concertation et de définition des feuilles de route pour les six mois à venir. Cela peut paraître long, mais cette phase est nécessaire. Sur les mobilités et les transports en commun, par exemple, des choix structurants sont en train d’être faits. Vous me demandiez un exemple : nous avons défendu pendant la campagne le métro E, car nous estimions qu’il s’agissait d’une solution structurante sur le long terme. Mais si le métro est une priorité, il ne doit pas être l’alpha et l’oméga de notre politique de mobilité. J’ai également évoqué la modernisation du métro C, qui en a véritablement besoin et devra être engagée dans les années à venir. Le plateau nord de la métropole a besoin d’une solution de transport structurante, et aujourd’hui le métro C ne répond pas pleinement à ces besoins.

Une phrase de Véronique Sarselli a beaucoup fait réagir. En réponse à la liste de projets envoyée par Grégory Doucet, pour lesquels il demandait un soutien de la Métropole, elle a déclaré : “Lyon n’est pas le centre du monde.” La liste comptait une vingtaine de pages de projets pour Lyon. Est-ce que cela revient à dire que Lyon se comporte comme le centre du monde ? Êtes-vous d’accord avec cette formule ? Peut-on être élu à Lyon tout en étant davantage tourné vers la Métropole que vers la ville centre ?

J’ai essayé de répondre à cela en conseil municipal en disant que si Lyon n’est pas le centre du monde sur le plan géographique, elle l’a été dans de nombreux domaines : la santé, le textile, la gastronomie, le cinéma, et bien d’autres encore. Nous devons tous faire en sorte que Lyon conserve cette place dans ces domaines. Je pense que cette ambition est partagée par la présidente de la Métropole. Lyon ne sera pas l’oubliée de ce mandat. Mais il existe une volonté de rééquilibrage vers certaines zones de la métropole, vers certaines communes qui ont peut-être été davantage délaissées sur les questions d’infrastructures, de voirie et d’investissements structurants. Je rappelle que la Métropole a aussi été créée pour corriger certaines inégalités entre la ville-centre et les communes périphériques. Elle doit continuer à jouer pleinement ce rôle dans les années à venir.

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