Littérature : Hystérie collective...et jubilatoire

Pour qualifier le dernier livre de Lionel Shriver – qui est une femme contrairement à ce que son prénom pourrait laisser penser –, Hystérie collective, un critique de l’émission “Le Masque et la Plume” sur France Inter l’a qualifié de “fasciste”. Il était encore plus mal inspiré que d’habitude (et l’on taira son nom par bonté humaine). C’est évidemment tout le contraire.

Le roman est en réalité une fable dystopique, située dans l’Amérique contemporaine, qui dénonce l’autoritarisme, l’intolérance et la censure. 

Mais ce qui gêne sans doute notre mal embouché critique, c’est que le totalitarisme qui y est dénoncé est une dérive du progressisme, de l’égalitarisme forcené. 

En effet, elle imagine une Amérique où triomphe le mouvement pour la “Parité mentale”. Les autorités imposent l’idée selon laquelle toute hiérarchisation des capacités intellectuelles relèverait d’une discrimination insupportable. Le simple fait de suggérer que certains individus sont plus intelligents que d’autres devient un acte moralement répréhensible… voire criminel. 

L’originalité, la créativité, l’agilité d’esprit, la culture sont considérées comme des tares puisqu’elles pourraient traumatiser ceux qui sont moins brillants.

Petit à petit, le récit devient de plus en plus grinçant, mais aussi d’une irrésistible drôlerie. L’héroïne principale, une enseignante qui dénonce la folie de ce qui l’entoure, se retrouve rejetée, bannie, ruinée. Tandis que le pays s’enfonce dans la médiocrité. Jusqu’au moment où la tendance semble s’inverser… Mais nous ne vous en dirons pas plus. Il faut lire ce roman, pas seulement pour sa drôlerie mais surtout pour la réflexion qui s’en dégage, sur le danger des idéologies totalitaires, d’où qu’elles viennent.

Hystérie collective – Lionel Shriver (traduit de l’anglais par Catherine Gibert), éditions Belfond, 336 p., 23 €.

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