Alexandre Vincendet, maire de Rillieux-la-Pape et vice-président de la Métropole de Lyon en charge de l’habitat, est l’invité de 6 minutes chrono / Lyon Capitale.

"Il faut créer un véritable choc d’offre" : comment Alexandre Vincendet veut relancer le logement à Lyon

Alexandre Vincendet, maire de Rillieux-la-Pape et vice-président de la Métropole de Lyon en charge de l’habitat, est l’invité de 6 minutes chrono / Lyon Capitale.

Face à la persistance de la crise du logement, la nouvelle majorité de la Métropole de Lyon cherche à définir une stratégie. Invité de l’émission 6 minutes chrono, Alexandre Vincendet détaille les pistes de travail en cours avec les autres vice-présidents en charge du dossier. L’objectif : construire une feuille de route cohérente pour relancer la production et répondre à une demande toujours plus forte, alors que le marché locatif est saturé et que l’accès à la propriété se complique.

Une machine à relancer

Pour l’élu, l’enjeu est global et dépasse la seule question du logement social. "Le logement est un des sujets majeurs pour nos concitoyens : il représente plus d’un tiers de leur budget", rappelle-t-il, soulignant son impact direct sur le pouvoir d’achat. Face à une production insuffisante ces dernières années, il insiste sur la nécessité d’un changement de méthode : "Il faut mettre tous les acteurs autour de la table pour créer un véritable choc d’offre". Banques, notaires, bailleurs et institutions publiques sont ainsi appelés à participer à cet effort collectif.

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Sortir d’une logique uniquement sociale

Alexandre Vincendet met en garde contre une vision trop restrictive du logement, centrée uniquement sur le parc social. "Cela ne peut pas être uniquement du logement social", affirme-t-il, rappelant que son financement dépend en partie du secteur privé. Selon lui, certaines réglementations passées ont freiné la construction et déséquilibré l’ensemble du système : "Parce qu’on n’arrive pas à faire confiance au privé, on vide les caisses du public". L’élu appelle ainsi à relancer la construction, faciliter l’accès à la propriété et permettre aux classes moyennes de rester au cœur de l’agglomération, dans un contexte de métropolisation croissante.

Plus de détails dans la vidéo :

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Bonjour à tous, bienvenue dans l’émission 6 minutes chrono, le rendez-vous quotidien de la rédaction de Lyon Capitale. Aujourd’hui, on va parler de logement et nous recevons Alexandre Vincendet, qui est maire de Rieux-la-Pape, mais aussi vice-président à l’Habitat, au Renouvellement urbain et à la Politique de la ville à la Métropole de Lyon. Bonjour Alexandre Vincendet.

Bonjour. Vous avez oublié l’aménagement urbain également, qui m’a été rajouté en plus du renouvellement urbain.

Vous faites bien, merci de me reprendre. C’était probablement ma première question sur votre délégation, sur vos compétences exactes, parce qu’on le rappelle, à la Métropole de Lyon, le logement, de manière générale, est partagé entre trois vice-présidents. D’abord Nicole Sibeud, qui a l’urbanisme et la politique foncière ; vous, donc, à l’Habitat, au Renouvellement urbain, à l’Aménagement urbain et à la Politique de la ville ; et enfin Claire Pouzin, à l’offre de logements dynamiques résidentielles et immobilier public. Vous, quel est votre créneau, en fait ?

En fait, si vous voulez, les trois vice-présidents que nous sommes, Nicole Sibeud, Claire Pouzin et moi-même, nous travaillons ensemble. Nous sommes en train de monter une feuille de route que nous finalisons. Nous devons nous voir cette semaine pour finir de l’écrire et la présenter à la présidente de la Métropole, Véronique Sarselli, puis présenter notre vision, afin que les arbitrages soient pris. Ensuite, nous pourrons venir vous voir, vous les médias, mais aussi les habitants, pour expliquer quelles seront les premières mesures, les priorités à court terme, puis à moyen et long terme, ce que nous ferons pour développer notre agglomération, notamment en termes de programmation de logements.

Le logement est un des sujets majeurs pour nos concitoyens : il représente plus d’un tiers de leur budget, et en général, plus vous êtes dans une situation sociale fragile, plus il pèse sur votre budget. Cela signifie que, au-delà de la question du logement, c’est une question fondamentale pour le pouvoir d’achat de l’ensemble des habitants de l’agglomération.

Nous allons, tous les trois, agir sur trois temps différents : Nicole Sibeud s’occupe notamment du PLU-H et de la stratégie foncière, c’est-à-dire qu’elle intervient en amont de la préparation ; moi, j’ai en charge l’habitat, le renouvellement urbain et l’aménagement urbain — pour le dire de façon un peu triviale, c’est la construction, je coule le béton ; puis Claire Pouzin s’attelle au peuplement, aux critères d’attribution, au parcours résidentiel, à tout ce qui concerne ceux qui habiteront les logements.

C’est un sujet redoutable, car cette délégation globale du logement, portée par les trois vice-présidents que nous sommes, est très attendue.

La situation est très bloquée en France, mais aussi dans la Métropole de Lyon : la demande en logement social explose, il y a 90 000 demandes, soit une offre pour dix demandes. Le marché locatif est saturé.

Effectivement, nous sommes attendus. Aujourd’hui, nous n’avons même plus de parcours résidentiel, et à Lyon comme dans l’agglomération lyonnaise, il devient de plus en plus compliqué de devenir propriétaire. Il va donc falloir débloquer cela.

On ne peut pas tout regarder uniquement par le prisme du logement social. Je le dis de manière détendue pour éviter les caricatures : je suis maire de Rillieux-la-Pape depuis 2014. Cette ville est celle de l’agglomération avec le plus fort taux de logements sociaux, à 53 %. Nous sommes en train de descendre avec le renouvellement urbain, mais par exemple Vaulx-en-Velin ou Vénissieux sont autour de 50 %. Je suis donc très à l’aise pour parler de logement social.

Je vous posais la question : la Métropole de Lyon dirige trois offices de l’habitat, trois bailleurs sociaux métropolitains. En tant que vice-président, vous devrez aussi diriger ces trois entités qui représentent, je crois, plus de 100 000 logements. C’est un grand morceau. On vous invite aussi pour connaître votre réaction : le Premier ministre a annoncé un projet de loi sur le logement avant cet été. Il a déjà donné les premières lignes : l’idée est de produire ou remettre sur le marché 2 millions de logements en France d’ici 2030. Dans les grandes lignes, il s’agit de déréguler pour accélérer, simplifier les règles de l’urbanisme pour accélérer la production, permettre aussi aux passoires thermiques de revenir sur le marché locatif sous condition de travaux, et autre mesure phare : les maires pourront attribuer des logements sociaux, ce qui donne plus de pouvoir aux collectivités.

Sur le logement social, cela signifie une plus grande responsabilité pour les maires concernant le peuplement dans leur commune. Je pense que c’est essentiel.

Vous vous inscrivez dans ces mesures ?

Sur la production de logements, j’ai vu que le Premier ministre avait fixé comme ambition, à l’horizon 2030, de produire ou remettre sur le marché 2 millions de logements. C’est ambitieux.

Je rappellerai simplement que, sur l’agglomération, Renaud Payre avait dit à l’époque que nous produirions 6 000 logements sociaux par an. Nous n’avons même pas atteint 6 000 logements par an au total. J’ai demandé les chiffres de production du précédent mandat : la meilleure année était autour de 6 000 logements au global, ce qui correspond en réalité à la plus faible année du mandat 2014-2020. Nous sommes montés jusqu’à 13 000 logements certaines années.

Vous ne vous mouillez pas à nous donner un chiffre pour la fin du mandat ?

Dans un premier temps, je suis en train de construire une feuille de route. Je vais faire des propositions un peu chocs, nous allons essayer de secouer un peu le cocotier, mais je ne vais pas les dévoiler ici. Il faut d’abord en parler avec Véronique Sarselli.

Je pense cependant qu’il faut retrouver la confiance des investisseurs, de ceux qui construisent, mais aussi travailler avec les banques, les notaires, les bailleurs, ainsi que les acteurs institutionnels comme Action Logement ou la Caisse des Dépôts et Consignations. Il faut mettre tous les acteurs autour de la table pour créer un véritable choc d’offre.

Comme je le disais, cela ne peut pas être uniquement du logement social. Le financement du logement social repose notamment sur la production de logements privés. Or, nos prédécesseurs ont bloqué le logement privé en imposant des réglementations environnementales allant au-delà du cadre national, ce qui a renchéri les coûts de construction et freiné la production. Par conséquent, cela a aussi freiné la production de logements sociaux.

Pour compenser, la collectivité a dû financer davantage la partie sociale. Cela revient à dire que, faute de confiance dans le privé, on vide les caisses du public. Cela n’a pas de sens.

Aujourd’hui, il faut relancer la machine, débloquer du foncier, relancer le parcours résidentiel, permettre l’accession à la propriété, travailler sur de nouvelles programmations immobilières et permettre aux familles, aux classes moyennes, à ceux qui veulent vivre et travailler au cœur de l’agglomération de le faire.

Le vrai sujet, c’est que l’agglomération lyonnaise, comme d’autres grandes métropoles européennes — j’étais à Bruxelles la semaine dernière pour en parler — est touchée par la métropolisation. Cela concerne Paris, Lyon, Barcelone, Munich, Amsterdam, Rome. Les gens viennent travailler dans ces grandes agglomérations, où se concentrent les richesses et les entreprises, mais il devient de plus en plus difficile de s’y loger. Les populations sont donc repoussées en périphérie, ce qui entraîne des problèmes de transport, d’infrastructures et de politiques sociales.

On arrive à la fin de l’émission. Je vous remercie d’être venu sur notre plateau, le message est passé. Quant à vous, merci d’avoir suivi cette émission. Plus de détails sur la politique du logement sont à retrouver sur le site de lyoncapitale.fr.

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