Liliane Daligand
Liliane Daligand, médecin et professeure émérite de médecine légale @William Phams
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Liliane Daligand, professeure émérite de médecine légale 

Liliane Daligand a consacré sa carrière au service des victimes de violences en multipliant les casquettes : docteure en médecine et en droit, psychiatre, professeure émérite de médecine légale et de droit de la santé, experte de justice et présidente de l’association Viffil SOS femmes (Violences intrafamiliales, femmes informations liberté). Infatigable, elle vient de recevoir la médaille de la Ville de Villeurbanne pour son engagement hors norme.

Lyon Capitale : Êtes-vous une grande gueule ? 

Liliane Daligand : J’ai réfléchi à cette question et je me suis dit pourquoi pas car je n’aime ni bêler avec les moutons ni hurler avec les loups. J’aime une autre voie, qui peut s’appeler la désobéissance. Quand une loi est inique, quand des règlements sont scandaleux, il me semble qu’on n’a pas à se plier à ces textes. Mon héroïne, ce serait Antigone qui a su désobéir, tout en connaissant la loi. Elle reconnaît devant son oncle Créon que la loi lui interdit d’enterrer son frère, et elle va le faire quand même.

Vous êtes docteure en médecine et en droit, psychiatre, psychanalyste, professeure, experte de justice, présidente d’association. Quand on cumule autant de casquettes, c’est par passion ou parce que le système vous a forcée à tout faire vous-même ?

J’ai suivi une voie qui m’a été indiquée par ma professeure de philosophie en terminale, au début des années 60. J’avais été passionnée par Freud dans son cours. Je l’avais suivie dans la rue à la sortie du lycée pour lui dire que je voulais être psychanalyste. Elle m’avait répondu : “Commencez par faire médecine.” Ce que j’ai fait. J’ai été appelée à la médecine légale par le professeur Roche, plutôt du côté des victimes vivantes que mortes. Puis, sous la poussée des victimes que j’examinais, j’ai perçu leur nécessité de parler avec moi. Je me suis dit qu’il fallait que je me forme à l’écoute, et c’est là que je suis allée du côté de la psychiatrie et de la psychanalyse.

La médecine de l’époque était-elle sourde à ces victimes par ignorance ou par indifférence ?

Les deux, je pense. Il y avait beaucoup d’ignorance et beaucoup d’indifférence. De très nombreuses victimes qui revenaient des camps de concentration ont dit qu’elles ne pouvaient pas être entendues. Il faut se souvenir de Simone Veil qui disait que ce qui était insupportable, c’était de parler et de ne pas être entendu. On a progressé depuis. Françoise Rudetzki, qui a beaucoup fait pour la reconnaissance et l’indemnisation des victimes d’attentats, a créé SOS Attentats qui était très à l’écoute des victimes. J’ai beaucoup travaillé avec elle. Elle a permis de faire progresser les lois, car avant 1986 il n’y avait pas de dispositif législatif permettant l’indemnisation des victimes d’attentats.

Liliane Daligand, médecin et professeure émérite de médecine légale
Liliane Daligand, médecin et professeure émérite de médecine légale
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