Jean-Michel Aulas, l’ex-patron lyonnais aux “50 000 emplois directs et indirects créés”, en tête des sondages, déroule sa conception très managériale de maire et quelques grandes lignes de son programme, articulé autour de deux axes prioritaires : le pouvoir d’achat et la sécurité.
Lyon Capitale : Dans votre autobiographie, sortie au printemps 2023, vous disiez que penser à être maire de Lyon aurait été “un péché d’orgueil”. Aujourd’hui, vous êtes candidat. Qu’est-ce qui a changé en trois ans ?
Jean-Michel Aulas : C’est une question que je me suis vraiment posée. J’essaie de dire ce que je vais faire et de faire ce que j’ai dit. En l’occurrence, je ne suis pas en train de faire exactement ce que j’avais dit. Il y a des choses qui se sont passées. D’abord, une prise de conscience d’une situation pour Lyon qui n’est pas bonne. C’est un constat qui est devenu de plus en plus prégnant pour le Lyonnais de naissance que je suis. Ensuite, je constate une désintégration du paysage politique national, avec des extrêmes qui s’affrontent. J’ai eu l’intuition qu’on allait vers des choses quasiment irréparables et on voit aujourd’hui ce que ça donne, y compris localement. J’ai été sollicité par beaucoup de gens qui estimaient que la société civile devait se jeter dans la bataille. Et comme il n’y avait personne à Lyon pour le faire, c’est ce qui m’a amené à changer d’avis, après avoir vérifié que c’était possible de le faire non pas contre les partis, mais avec eux, ce qui paraissait impossible au moment où j’ai écrit le livre. Il y a aussi la dégradation concrète de la vie lyonnaise : des amis artisans et commerçants qui ont fait faillite, des entrepreneurs qui prenaient peur. Et puis la peur du regret. Je me suis dit : “Si tu n’y vas pas, peut-être que le restant de ta vie tu vas regretter de ne pas avoir tenté de donner un exemple, de trouver l’écosystème qui permet non seulement de sauver Lyon, c’est un grand mot mais c’est ce qu’on me dit dans la rue, mais aussi de donner une éclaircie pour la France.”
Vous confessiez dans une interview ne pas avoir assez de finesse tactique pour la politique. L’avez-vous aujourd’hui ?
J’ai une expérience incommensurable. J’ai été un entrepreneur, d’abord en création, puis en développement de grandes entreprises. J’ai redressé un club qui était au bord de la faillite. J’ai été vice-président de la Ligue de football professionnel pendant vingt ans, président du G14 (le groupement des quatorze plus grands clubs européens) alors que je n’avais jamais gagné la Coupe d’Europe. Dès qu’on touche aux institutions, on touche à la politique. Et depuis quatre ans et demi, je suis vice-président de la Fédération française de football, le plus grand parti de France, comme j’aime à le dire, avec 2,5 millions de licenciés et des centaines de milliers de bénévoles. Surtout, je ne suis plus président de club. Je suis en train de transmettre à mon fils Alexandre la quasi-totalité de ce que j’ai créé. Je peux donc me consacrer à 100 % à Lyon. La découverte d’une nouvelle manière de servir l’intérêt général, à mon âge, a du sens. J’ai toujours été quelqu’un qui dit vraiment les choses quand ça me déplaît. C’est là que j’essaie de mettre un peu d’huile dans les rouages, parce que la politique peut faire mal.
“La ville n’est pas une entreprise, mais les outils de gestion s’appliquent”
En entreprise, il y a une verticalité. En politique, vous allez devoir faire preuve d’horizontalité. Dans la rue, les Lyonnais vont vous interpeler, si vous êtes élu, vous demander des comptes. Ce n’est pas le même type de pouvoir…
Vous avez raison. Mais je fais fonctionner le regroupement de six partis politiques – du centre-gauche à la droite, en rejetant les extrêmes qui polluent la vie de tous les jours – sans accroc. Chaque semaine, quand ils sortent de notre salle de réunion, ils ont la banane. Ils sont heureux qu’on discute. Ma philosophie : c’est d’être imaginatif, de faire différemment, y compris en politique, de déléguer massivement, et de travailler en équipe de manière transversale. Dans la politique actuelle, la pensée unique du parti empêche la délégation. Une équipe rassemblant des gens de partis différents ne peut pas fonctionner si on centralise tout. Moi, je veux un spécialiste de la mobilité, un spécialiste de l’urbanisme, des gens avec des compétences réelles, pas une couleur politique. À l’OL, je n’ai jamais choisi les joueurs à recruter. J’assurais le financement, la vision, ce qui sortait des sentiers battus. C’est la même logique ici. J’ai des secrétaires généraux qui travaillent sur le projet et je n’ai pas la moitié de leurs compétences techniques. Et je l’assume totalement.
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