Urbanisme à Lyon : rive droite du Rhône, place Bellecour, baignades et ZTL. Valentin Lungenstrass et Michel Le Faou confrontent leurs visions.
D'ici au 15 mars, jour du premier tour des élections municipales et métropolitaines, Lyon Capitale vous propose des débats sur les grands enjeux de ces deux scrutins. Ils vous permettront de vous découvrir les propositions des principales listes et de vous forger un avis sur leur pertinence. Ils dessinent aussi le visage de l'agglomération à l'horizon 2030.
Et c'est particulièrement le cas pour ce débat sur les grands projets urbanistiques. Michel Le Faou, candidat Grand Coeur lyonnais, et Valentin Lungenstrass, adjoint écologiste à Lyon, opposent leurs visions pour la rive droite du Rhône, la végétalisation de la place Bellecour ou encore le devenir de la ZTL de Lyon.
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La retranscription intégrale du débat sur l'urbanisme
Bonjour à tous, ravi de vous retrouver pour un deuxième débat après les mobilités la semaine dernière. Nous allons nous intéresser aujourd’hui à l’urbanisme, un enjeu qui concernera principalement, lors de cette émission, la ville de Lyon, même si nous verrons que parfois nous sommes avec des compétences beaucoup plus métropolitaines que municipales. Pour débattre autour de l’urbanisme, autour du visage qu’aura Lyon dans les prochaines années, nous avons invité Valentin Lungenstrass. Vous êtes adjoint écologiste sortant, candidat sur la prochaine élection municipale et probablement métropolitaine. Nous avons aussi Michel Le Faou. Vous êtes ancien adjoint, vous avez eu les responsabilités qu’occupe aujourd’hui Valentin Lungenstrass. Vous êtes sur les listes métropolitaines Grand Cœur Lyonnais. On va tout de suite commencer à parler d’urbanisme, en rentrant dans le vif du sujet, et notamment sur la rive droite du Rhône avec deux projets différents. Un sur une partie nord, globalement entre Perrache et l’Hôtel de Ville, l’autre sur la partie sud entre Perrache et la Confluence. On va d’abord évoquer le projet dit “rive droite”, qui concerne le tronçon nord, avec vous, Valentin Lungenstrass. C’est un projet que les écologistes avez présenté au cours du mandat, et Bruno Bernard, le président de la Métropole de Lyon et candidat à sa réélection, a dit, en gros, que ce serait aux électeurs de trancher si on le fait ou si on ne le fait pas. Est-ce que vous pouvez d’abord nous préciser les grandes lignes de ce projet et pourquoi, pour vous, il est indispensable que ce projet se fasse rapidement ?
Valentin Lungenstrass : Le projet rive droite du Rhône, c’est vraiment une transformation complète de la rive droite, un peu à l’image de ce qu’il y a de l’autre côté, à savoir les berges du Rhône qui ont été faites par Gérard Collomb. Le projet, c’est vraiment une vision qu’on porte à horizon 2040, avec une transformation complète des 2,5 kilomètres qu’il y a entre Perrache et le tunnel de la Croix-Rousse, pour faire très simple. C’est 3 hectares, en fait, d’espace public, un parc urbain de 3 hectares, qui verra le jour. C’est un projet qui est prêt techniquement, il a été concerté.
Les travaux auraient même dû commencer sur la fin de ce mandat.
Valentin Lungenstrass : Les travaux auraient pu commencer, mais il y a eu un certain nombre d’études qui ont pris plus de temps. L’enquête publique a été lancée aussi quelques mois plus tard que prévu. Et puis les travaux, vous l’avez vu, sur les réseaux souterrains qu’il fallait entretenir, évidemment, ont lieu. Donc c’est vraiment une vision à 2040, pour avoir un espace public extrêmement agréable, pour adapter la ville au réchauffement climatique, pour augmenter évidemment aussi l’attractivité de notre ville de Lyon, et notamment de la Presqu’île, parce que ce sera vraiment un espace public magnifié, un très bel espace où on pourra se retrouver, on pourra se poser, on pourra aussi avoir des haltes fluviales, des jeux, du sport. Donc c’est vraiment un projet d’ampleur à horizon 2040.
Michel Le Faou, votre liste Grand Cœur Lyonnais s’est positionnée contre ce projet en disant que vous l’abandonnerez si vous étiez élus. Qu’est-ce qui vous pose problème dans ce projet de rive droite, qui ressemble pourtant aux berges du Rhône auxquelles vous avez été associé dans vos majorités précédentes ?
Michel Le Faou : Alors, qu’il ressemble aux berges du Rhône, pas complètement, parce que les berges du Rhône, en fait, consistaient à transformer un espace de stationnement automobile. Dans le projet rive droite, c’est une transformation sur les axes de circulation automobile, avec aujourd’hui ces axes qui supportent un trafic conséquent. Et nous jugeons que si on ne traite ni l’amont ni l’aval de cet axe bordant la Presqu’île, nous risquons d’aller vers une embolisation de l’agglomération et une très grande difficulté de desserte de la Presqu’île. Et c’est pour ça que nous mettons en avant le fait que nous puissions traiter la traversée de Lyon, qui passe plus au sud et qui borde la Confluence, pour faire en sorte qu’une partie du trafic soit détournée, parce qu’une partie de ce trafic se retrouve aussi le long de la rive droite du Rhône, le long de la Presqu’île.
Qu’est-ce que vous répondez à Michel Le Faou, qui dit que ce projet ne ferait finalement qu’emboliser le centre-ville de Lyon ?
Valentin Lungenstrass : Michel Le Faou a raison sur un point, c’est sur, évidemment, celui de la circulation automobile, qui est importante sur ce secteur. C’est quelque chose qui a été étudié, d’ailleurs, y compris avec une enquête complète pour l’autorité environnementale. Je vais vous donner un chiffre : dans le tronçon qui serait le premier qui serait réaménagé, donc au nord de l’Hôtel-Dieu, on en est, juste avant les travaux de réseaux qui ont été faits, à 24 000 véhicules par jour. C’est 27 % de moins qu’en 2019, alors qu’il ne s’est pas passé quelque chose de fondamental sur cet espace public-là. C’est le résultat des alternatives qui ont été développées, notamment le prolongement du métro B au sud, avec tous les efforts qu’on a mis aussi sur l’amélioration des lignes de bus, et l’ensemble des politiques de mobilité. Donc le fait d’avoir déjà 27 % de moins, c’est quelque chose qui se poursuit, au fur et à mesure des années, qui nous permettra, avec autour de 20 000 véhicules par jour sur ce premier tronçon, d’envisager cette transformation. Et comme je le disais, c’est un projet, vraiment, une vision à horizon 2040, qui se fait sur plusieurs mandats. Donc, au fur et à mesure, on transformera aussi, côté 1er arrondissement, la rive droite du Rhône, et puis en dernier — parce que c’est là où il y a effectivement le trafic automobile le plus important — du côté de Perrache, du côté du quai Gailleton.
Justement, on va en parler de cet aspect-là, puisque le projet que vous portez, Grand Cœur Lyonnais, c’est, en gros, comment dire, la cerise sur le gâteau de votre projet de méga-tunnel : c’est de pouvoir finalement enlever de la circulation automobile et regagner de l’espace sur la partie sud, en gros entre Perrache et la Confluence. Pourquoi c’est cet espace que vous voulez traiter, vous, en premier, donc à l’inverse de ce que proposent les écologistes ?
Michel Le Faou : Parce que cet espace supporte aujourd’hui la majeure partie du trafic automobile de l’agglomération, avec plus de 100 000 véhicules qui passent à cet endroit-là tous les jours, quasiment 40 millions de véhicules par an. Et si on ne traite pas cet axe-là, ça va rendre d’autant plus difficile le traitement de l’axe situé plus au nord, parce que les choses sont interconnectées, les voiries fonctionnent les unes avec les autres. Et le fait de pouvoir reporter une partie du trafic qui transite aujourd’hui le long de la Confluence, dans le sens nord-sud comme dans l’autre sens, et qui alimente pour partie la Presqu’île, permettra ultérieurement, une fois que ce travail aura été fait, d’intervenir plus largement sur la rive droite au nord. Mais nous préférons mettre les choses dans le bon ordre : traiter d’abord la majeure partie du trafic qui crée des dysfonctionnements dans le fonctionnement de la Presqu’île, et puis, une fois que cela aura été traité, pouvoir traiter la rive droite.
En fait, vous avez le même projet tous les deux, mais c’est le phasage qui a été inversé ?
Valentin Lungenstrass : Non, je crois qu’on n’a pas franchement le même projet, si je peux me permettre. On a vraiment deux visions différentes, là, pour le coup. Je considère qu’on a une vision d’avenir sur le sujet, avec tout l’enjeu de créer un parc urbain, d’avoir une ville de Lyon plus agréable, adaptée aussi aux conditions du XXIᵉ siècle, plus attractive aussi pour son centre-ville. Le méga-tunnel, qui n’est pas finançable par ailleurs, est un projet démesuré, à hauteur de 4 milliards d’euros d’investissement. Franchement, je le dis, c’est un projet plutôt des années 70, des années 80. C’était cette logique-là.
Mais le débat ne portent pas aujourd’hui sur le méga-tunnel,
Valentin Lungenstrass : Oui, mais c’est lié, effectivement, parce que finalement, les conséquences… ce que pourrait permettre ce méga-tunnel… Oui, on l’a vu, en fait, avec le projet d’Anneau des sciences : créer des voiries supplémentaires, au final, ça rajoute des véhicules qui voudront venir dans le centre-ville. Le projet de méga-tunnel, au-delà du fait qu’il ne soit pas financé, n’est même pas pertinent, dans le sens où la plupart des gens viennent, en l’occurrence, en Presqu’île, ou à Tassin, ou en rive gauche. Donc c’est un projet qui n’est ni fait ni à faire, en l’occurrence. Et c’est pour ça que…
C’est vraiment un enjeu aussi sur cet axe M6-M7. Mais on a un projet là-dessus. Quand je disais : vous avez la même vision, c’est que vous voulez, l’un comme l’autre, mais vous y prenez totalement différemment, requalifier toute cette rive droite du Rhône, finalement de la Confluence jusqu’à l’Hôtel de Ville. Mais c’est juste les phasages qui sont inversés.
Valentin Lungenstrass : je pense que cet objectif, ce principe-là, en tout cas, on le partage avec Michel Le Faou, parce que nous avons aussi, du côté de l’union de la gauche et des écologistes, un projet pour la M6-M7, mais avec un discours de réalité : on a aussi beaucoup de véhicules aujourd’hui. En revanche, ce sont deux visions totalement différentes sur la manière de faire.
Michel Le Faou, je vous laisse revenir sur ce que vient de dire Valentin Lungenstrass avant qu’on passe au thème suivant.
Michel Le Faou : Alors là, les visions sont complètement antinomiques, on le voit en termes de calendrier. Et moi, la question que je pose, au regard de ce projet et de la façon dont vous souhaitez transformer notamment le sud de la Presqu’île, en supprimant l’autopont de la Confluence, que l’on voit ici derrière vous à l’écran : vous allez transformer un axe autoroutier en boulevard urbain qui, dans sa configuration, ne pourra supporter qu’une part du trafic, mais pas la totalité du trafic tel qu’il existe aujourd’hui. Et dans ce projet, tel que vous le mettez en œuvre, vous n’offrez aucune alternative pour le transfert d’une partie du trafic qui ne pourra plus passer par là. Le discours aujourd’hui est assez flou sur ce sujet-là. Et, par nature, sachant que vous êtes, en plus, assez opposés aux infrastructures nouvelles de trafic automobile, je vois mal comment le trafic va se réorganiser à l’échelle de l’agglomération.
Ça devient un débat mobilité...
Valentin Lungenstrass : Non, mais très rapidement : c’est via le développement des alternatives, effectivement, que le trafic sur la M7, comme sur la rive droite, peut trouver des solutions, si les personnes le souhaitent, et ce n’est évidemment pas une obligation. Typiquement, le tramway express de l’Ouest lyonnais, le T9 aussi, lorsqu’il connectera… Et c’est beaucoup de personnes qui utilisent la rive droite depuis Saint-Jean et le centre de Vaulx-en-Velin. Ça, ce sont des solutions qui permettent de réduire le trafic. C’est vrai que sur la M7, le trafic a un peu moins rapidement diminué que, par exemple, sur la rive droite, telle que je l’indiquais avant. Mais justement, c’est en mettant un carrefour à feux à la Soie, c’est en ayant un véritable boulevard urbain qui se crée lentement à la Confluence qu’on va réussir cette transition pour la M7. Et puis il y a une partie du trafic, effectivement, qui a vocation à utiliser aussi la rocade Est, parce qu’aujourd’hui, il n’est pas licite sur cet endroit-là.
On va maintenant évoquer le deuxième thème : quel visage pour la place Bellecour ? Là aussi, finalement, vos deux listes présentent un projet pour cette place Bellecour, qui, cette fois-ci, est derrière vous, Michel Le Faou. On a bien choisi nos décors aujourd’hui. Le projet qui a été retenu à la suite du budget participatif sur ce mandat a fait couler beaucoup d’encre : ce sont ces fameuses ombrières de la place Bellecour. Vous, Michel Le Faou, votre liste porte un programme, finalement, de végétalisation. Vous les faites mieux que les écologistes sur leur propre terrain : de la végétalisation. Comment est-ce que vous pouvez garantir de végétaliser cette place en pleine terre ?
Michel Le Faou : Alors, mon collègue Alain Giordano, qui était précédemment dans la mandature sous Gérard Collomb adjoint aux espaces verts, a étudié, en lien avec des spécialistes, la façon dont nous pourrions aujourd’hui végétaliser la place Bellecour avec une forme de jardin à la française, avec des carrés végétalisés qui seraient réalisés en ramenant un substrat ayant une densité assez faible, et avec des bordures qui viendraient réaliser ces carrés végétalisés, et qui nécessiteront aussi une végétalisation qui nécessitera peu d’usage d’eau. Donc tout ça a été, bien évidemment, étudié. Et ce qui permettra de donner un autre visage à la place Bellecour, beaucoup plus agréable, avec ce caractère minéral qui sera fortement atténué et qui changera, en tout cas, la face de cette place, et qui répondra surtout à une demande de nos concitoyens, qui s’était exprimée lors de la concertation sur la place Bellecour, et qui était aussi une promesse des écologistes, en la matière, de faire en sorte que cet espace puisse être végétalisé. Et nous avons une réponse en la matière.
Vous aussi, alors là, c’est la Ville de Lyon qui a présenté des visuels de ce que pourrait être une place Bellecour.
Valentin Lungenstrass : On a voté une délibération.
Voté aussi végétalisé. Pourquoi y arriver maintenant alors que ça aurait peut-être pu être fait plus tôt, puisque la promesse avait été de végétaliser ?
Valentin Lungenstrass : Alors, la végétalisation n’est pas arrivée encore. En fait, on a toujours dit que c’était un projet en trois étapes : une première étape avec le projet Tissage urbain, qui est cette œuvre d’art qui apporte, effectivement, de l’ombre et des brumisateurs jusqu’en 2030. Ensuite, dès le début du mandat prochain, la végétalisation du minéral, donc sous les chênes notamment, le fait de planter des arbustes, des fleurs, et de planter aussi de nouveaux arbres le long des façades. Et puis, la troisième étape : engager une étude patrimoniale, architecturale, et avoir un vrai débat sur les usages du cœur de la place Bellecour, parce que c’est notamment là que se situe le débat. Par contre, je veux corriger une chose : le projet, en l’occurrence, de Grand Cœur Lyonnais, ce n’est pas juste un jardin à la française, qui, par ailleurs, ne répond pas aux enjeux ni d’ombrage ni de fraîcheur, qui est, par ailleurs, un peu anachronique d’un point de vue historique. Mais, en l’occurrence, le projet de Grand Cœur Lyonnais, pour le prochain mandat, c’est un grand trou, parce que vous portez, effectivement, l’abandon du tramway express de l’Ouest lyonnais, parce que c’est quand même une nouvelle station de métro sur la place Bellecour, avec ce métro que porte Grand Cœur Lyonnais. Donc ça veut dire raser les arbres autour de l’office du tourisme, créer un grand trou pendant une bonne partie du prochain mandat. La réalité du prochain mandat sur la place Bellecour, avec Jean-Michel Aulas et Véronique Sarselli, c’est un grand trou.
Je vous laisse répondre, Michel Le Faou. En plus, vous êtes en retard sur le temps de parole.
Michel Le Faou : Alors, j’invite, moi, Valentin Lungenstrass à visiter la station du RER à La Défense. Ce RER a été conçu, réalisé, sous la ligne du RER A, sans avoir à ouvrir l’espace, l’esplanade de La Défense. Tout ceci s’est fait en souterrain, en sous-sol, avec l’usage de tunneliers, et qui a permis, et, en plus, dans un contexte urbain très, très dense, de réaliser une station souterraine sans aucun impact sur l’espace public à l’extérieur.
Valentin Lungenstrass : Ce serait un terminus provisoire. Et donc, forcément, il y aurait, à un moment donné, une sortie d’un tunnelier sur Bellecour.
Michel Le Faou : Le terminus provisoire, peut-être, mais si nous souhaitons aller jusqu’à la Part-Dieu, nous pouvons faire sortir le tunnelier de l’autre côté du Rhône, et ce qui permettra d’éviter cette ouverture béante dans la place Bellecour. Donc nous avons aussi, bien évidemment, ce sujet à l’esprit, et nous serons en recherche de solutions pour éviter ce désagrément pour les Lyonnais.
On va se concentrer sur la fraîcheur plus que sur le tunnelier. Alors, sur la fraîcheur… C’est d’ores et déjà une ambition, puisque vous avez annoncé que les ombrières disparaîtraient : elles seraient mises dans un endroit, réutilisées...
Michel Le Faou : On va les démonter et elles seront réutilisées à d’autres endroits.
Je me permets la question : quels endroits vous avez ciblés ?
Pour l’instant, ça reste à définir. Mais, en tout cas, l’objectif, c’est de faire en sorte que nous puissions apporter de la végétalisation sur la place Bellecour. La solution qui a été présentée par Alain Giordano est une base de réflexion, mais qui montre, en tout cas, que l’on peut végétaliser une partie de la place malgré les contraintes qui existent dans le sous-sol, avec notamment la présence du parking souterrain. Donc tout ceci fera l’objet d’études complémentaires, mais l’objectif que nous portons, c’est bien évidemment d’accompagner la végétalisation ou de réaliser de la végétalisation sur la place Bellecour.
On va maintenant enchaîner toujours sur ce thème de la végétalisation, mais ailleurs que sur la place Bellecour, puisque la ville de Lyon ne se résume pas à la place Bellecour, même si elle est importante dans l’histoire de notre ville. Valentin Lungenstrass, vous, qu’est-ce que vous envisagez pour continuer de végétaliser, de rafraîchir la ville, puisque c’était un des objectifs de votre mandat ? Quelles sont les grandes actions que vous avez en tête pour ce second mandat, si les électeurs vous refont confiance ?
Valentin Lungenstrass : Oui, tout à fait. Avec l’union de la gauche et des écologistes, on porte évidemment l’ambition, en matière de résilience de notre territoire, d’adaptation aux changements climatiques. Ça passe aussi par la végétalisation, pas uniquement : ça passe aussi par la baignade, par plein de choses, mais ça passe, effectivement, par la végétalisation. On a prévu de créer six nouveaux parcs, dont un parc linéaire sur la rive droite dont on parlait tout à l’heure. Donc six parcs, qui sont effectivement des poumons verts, des espaces où on peut se retrouver, où on peut se rafraîchir aussi en été, où on peut se balader. Et puis on porte évidemment la végétalisation, comme on l’a fait dans le mandat, où, en fait, on aura végétalisé, rendu perméable plus de 30 hectares, rien que sur la ville de Lyon. Ce qui permet, effectivement, pour la biodiversité, pour les Lyonnaises et les Lyonnais, d’avoir des espaces publics beaucoup plus agréables. Et bien on va continuer, évidemment. Je n’ai pas encore l’annonce à vous faire, mais évidemment qu’on aura des objectifs très précis sur le sujet, sachant qu’au niveau métropolitain, vous l’avez vu, nos collègues, avec Bruno Bernard, ont aussi annoncé un climatiseur naturel à l’est de l’agglomération sur 1 000 hectares, ce qui permet, pour la ville de Lyon aussi, en réalité, de rafraîchir l’air pour les années à venir.
Vous, Michel Le Faou, 100 hectares de végétalisation ont été avancés par le candidat Aulas, avec deux forêts urbaines qui se rejoindraient finalement à la Confluence, oui, et puis un certain nombre, bien évidemment, de plantations et de végétalisation là où c’est possible. Vous pensez pouvoir faire mieux ?
Michel Le Faou : Nous ne sommes pas dans une logique d’être dans le “mieux”, mais d’être dans la logique de ce qui fonctionne. Or, aujourd’hui, que constate-t-on ? Un certain nombre d’espaces ont été végétalisés, vous avez des plantations qui ont été faites ici ou là, mais derrière, on n’entretient pas. C’est ça, c’est un vrai problème.
Valentin Lungenstrass : Ce n’est pas vrai.
Michel Le Faou : Mais je suis désolé : j’habite, par exemple, un arrondissement où un certain nombre d’endroits ont été végétalisés, et ces endroits ne sont pas entretenus, deviennent des sortes de poubelles où les gens viennent jeter un certain nombre de choses ; derrière, ce n’est pas ramassé. Et l’image que ça donne n’est pas acceptable pour un grand nombre de nos concitoyens. Et je pense qu’il faut être aussi vigilant sur ce point-là. C’est-à-dire que si on végétalise, il faut ensuite se donner les moyens de pouvoir entretenir les espaces qui seront ainsi végétalisés. Ensuite, là, le climatiseur naturel à l’est, je veux bien, mais les vents dominants sur cette agglomération ne vont pas dans le sens est-ouest, alors que l’agglomération serait à l’ouest de ce climatiseur géant. C’est antinomique avec l’effet que l’on souhaite produire.
Je vous vois réagir, je vous entends dire “c’est faux” sur les espaces verts non entretenus, les espaces végétalisés.
Valentin Lungenstrass : Oui, bien sûr. Même parce que je le disais : on a planté 30 hectares de végétalisation dans le mandat sur la ville de Lyon, et naturellement, ils sont entretenus : tant entretenus par des jardiniers, donc d’un point de vue vraiment pour les arbustes, et puis aussi d’un point de vue de la propreté. Après, qu’il y ait des secteurs où ce n’est pas assez, je veux bien l’entendre, et c’est quelque chose qui est amélioré. Je ne conteste pas du tout votre expérience autour de chez vous. En revanche, c’est bien quelque chose qui est fait, qui s’est accentué, d’ailleurs, dans le mandat parce qu’on a énormément végétalisé. Et ça, pour le coup, je crois que toutes les Lyonnaises et tous les Lyonnais l’ont vu. On a tenu cette promesse de planter des arbres, de créer des arbustes, de créer plus de fraîcheur dans la ville, en tout cas plus d’espaces de fraîcheur pour que chacun s’y retrouve. Et je pense que vous êtes d’accord avec moi.
Très rapidement, pour finir sur cette partie-là, finalement : adapter la ville à ces chaleurs qui montent régulièrement, notamment l’été. Il y a l’enjeu des baignades. Oui : la liste écologiste propose trois lieux de baignades naturelles, finalement, dans le Rhône ou la Saône. Vous, quelles sont vos réflexions en la matière ?
Michel Le Faou : Alors, d’une part, ils n’ont rien inventé : ça existe déjà ailleurs, et ça faisait partie, notamment, des propositions qui étaient portées par un de mes collègues candidat. Elle portait ça en 2020 : un de mes collègues colistiers, en l’occurrence sur le 7e, Christophe Geourjon, qui était de la liste Grand Cœur Lyonnais sur le 7e arrondissement. Il avait maintes fois interpellé à la fois la Ville de Lyon et la Métropole sur ce sujet durant cette mandature, en 2022, en 2023, en 2024, en 2025. Et aujourd’hui, on voit comme par miracle cette proposition sortir.
Mais vous, vous ouvririez des lieux de baignade naturelle ?
Michel Le Faou : Alors, c’est un sujet qui doit être réfléchi, parce qu’il faut bien évidemment — et ça répond à une attente de nos concitoyens — qui plus est avec l’annonce que nous venons de connaître de la fermeture provisoire, pour un temps donné en tout cas, de la piscine du Rhône, excusez-moi, qui connaît un certain nombre de dysfonctionnements, donc qui risque d’impacter, durant l’été, nos concitoyens. Donc il faudra bien évidemment que nous ayons des solutions de repli ou de secours. Et cette solution de baignade, soit dans la Saône, soit dans le Rhône, devra être étudiée. Mais il faudra aussi être attentif aux conditions de sécurité, et notamment sur le plan de l’hygiène de l’eau et de la qualité des eaux, pour faire en sorte que cette baignade puisse se faire dans de bonnes conditions.
Valentin Lungenstrass, vous aviez de l’avance, je pense, à peu près égalité à ce lancement. Très rapidement, avant qu’on bascule sur le quatrième et dernier thème : vous, quels sont les lieux que vous avez identifiés, où vous promettez d’ouvrir des baignades et des lieux de fraîcheur, finalement, naturels, aux Lyonnais ?
Valentin Lungenstrass : Oui, sur la baignade naturelle, on ne voit pas ça comme un remplacement, mais bien comme un complément, en plus de la piscine Kennedy, qui est aussi en cours de construction. Il y aura deux sites, très concrètement, sur la ville de Lyon au prochain mandat : dans la darse de Confluence, où on a avancé techniquement, y compris, d’ailleurs, sur les mesures sanitaires, qui sont évidemment… L’été 2027, ce sera l’été 2027. Et puis un deuxième site aussi au niveau des parcs des berges dans le 7e arrondissement. Sachant qu’au niveau de la Métropole, il y a six sites qui sont identifiés, étudiés très concrètement : donc deux dans Lyon et quatre en dehors de Lyon, pour justement offrir de la baignade naturelle à l’ensemble des habitantes et habitants de la Métropole. On le sait : sur le territoire, et c’est l’héritage du passé, mais on ne va pas refaire l’histoire, on manque de piscines, on manque de lieux de fraîcheur de ce type-là. Donc c’est essentiel d’avoir, notamment pendant les mois estivaux, ce type de sites, ce qui permet aussi, évidemment, de soutenir la pratique sportive pour les enfants et les plus jeunes.
On va maintenant passer au quatrième thème. Là, ça va se jouer derrière moi, en Presqu’île, avec la fameuse zone à trafic limité, ZTL, de Lyon, qui a été instaurée l’été dernier. Michel Le Faou, vous, votre candidate, Véronique Sarselli, Grand Cœur Lyonnais, avait dit : “On va la supprimer.” Jean-Michel Aulas, lui, s’est montré moins catégorique en parlant d’aménagement. Bon : qui va avoir raison, et à quoi ressemblerait cette ZTL si vous gagnez les élections le 22 mars prochain ?
Michel Le Faou : Je pense que, sur la ville de Lyon, si Jean-Michel Aulas gagne la ville et devient maire de Lyon, je pense qu’il aura son mot à dire sur le devenir de cette ZTL. Je ne pense pas que nous allons la supprimer. Elle sera probablement aménagée dans ses modalités. Il y a un certain nombre d’investissements qui ont été réalisés. Nous ne sommes pas non plus dans une vision “nous allons faire table rase” de ce qui a été réalisé ces dernières années : tout ceci, c’est de l’argent public qui a été investi, et il faut être bien évidemment très précautionneux de l’usage de l’argent public. Donc nous nous positionnerons plutôt sur ce plan-là. Nous allons examiner la façon dont tout ceci fonctionne, et regarder ici ou là la façon dont on peut améliorer les choses. Mais je vois mal… Il y a eu des annonces, notamment sur la réouverture de la rue Grenette et la réouverture de la partie nord de la rue de la République aux bus pour desservir l’Hôtel… Tout ceci doit se faire, d’une part, en lien avec le SYTRAL, qui est l’autorité organisatrice des transports sur l’agglomération, et puis il y a aussi les questions de sécurité pour nos concitoyens, les piétons. Donc, avant de faire de grandes annonces, je pense qu’il faut étudier ça vraiment dans le détail, voir ce qui fonctionne aujourd’hui, ce qui ne fonctionne pas bien, et puis réarticuler ça dans le temps.
Et pour vous, Valentin Lungenstrass, c’est un outil qui fonctionne aujourd’hui ?
Valentin Lungenstrass : Moi, je suis d’abord ravi d’entendre Michel Le Faou tenir les propos qu’il vient de tenir sur l’importance de regarder avec SYTRAL Mobilités et avec l’ensemble des acteurs. Parce qu’on a vu que vos collègues, notamment Jean-Michel Aulas et ses colistiers, annonçaient déjà la réouverture de la rue Grenette, le retour des bus sur la rue de la République, sachant que, avec la prudence qui vous caractérise, effectivement, ce n’est pas possible, en fait, tout simplement, parce qu’on est en train d’aménager la rue Serlin avec des arbres qui vont être plantés ; parce que la rue Grenette permet aussi aux bus de gagner plus en vitesse commerciale, donc d’être plus fiables en Presqu’île. Donc oui, pour vous répondre, Paul Terra : on va évidemment poursuivre la zone à trafic limité. C’est un enjeu de sécurité pour les piétons. Là aussi, ça a été rappelé par Michel Le Faou. Il y a des aménagements, des ajustements à faire, probablement. On a dit dès le départ qu’à un an, donc c’était juste, et cet été il y aura un grand bilan qui sera tiré, que ce soit sur la question des transports en commun, sur le fonctionnement de la zone à trafic limité. Je peux vous donner un exemple très concret, parce que c’est les commerçants, les artisans notamment, qui nous le remontent : c’est sur la question des horaires entre la zone à trafic limité et les aires piétonnes qu’il y a dans ce secteur. Ça, c’est quelque chose qui pourra certainement être homogénéisé, parce qu’aujourd’hui ce sont des horaires… En tout cas, on va continuer à porter ce discours, en Presqu’île, de l’attractivité de la Presqu’île, de l’accessibilité de la Presqu’île, transformer certains espaces publics. On l’a vu : la rue Émile-Zola, la rue de l’Ancienne-Préfecture… Y compris les commerçants, d’ailleurs, sont ravis de ces aménagements. Et donc on va continuer à végétaliser la Presqu’île, à la transformer, à l’embellir. Et c’est bien comme ça qu’on va, avec des boucles marchandes, avec de la signalétique aussi, renforcer l’attractivité des commerçants de proximité.
Pour finir, Michel Le Faou, je vous avais dit que vous auriez le mot de la fin, puisque Valentin Lungenstrass avait commencé. Ça pose aussi cette question de l’attractivité : comment est-ce que l’urbanisme peut rapporter de l’attractivité au centre-ville ?
Michel Le Faou : L’urbanisme peut tout à fait rapporter de l’attractivité au centre-ville si on travaille sur la qualité des espaces publics, si on travaille sur la mise en valeur du patrimoine bâti de la ville, et qui a, sur cette Presqu’île, une certaine valeur aujourd’hui ; si on travaille sur la mise en lumière, si on travaille sur la qualité des façades, et que l’on travaille en lien avec les commerçants et leurs organisations, et qu’on arrive à animer tout ça dans le temps, ça permettra de redonner une dynamique à la Presqu’île. Alors, il y a le sujet de la rue Grenette : c’est vrai que ça pose aujourd’hui une question de perméabilité de la Presqu’île à cet endroit-là, parce que sinon, il faut passer beaucoup plus au sud ou beaucoup plus au nord. Donc il y a cette question-là, la perméabilité de la Presqu’île, qui reste posée. Donc il faudra probablement trouver une solution. Quelle sera la meilleure ? Il faudra l’étudier. Mais je pense qu’il y a un sujet là, qui est sur la table, qui est quand même remonté aussi par les commerçants de la Presqu’île, et qui pose question.

Municipales à Lyon : le tableau de chasse de Jean-Michel Aulas
il n'y a pas que 2 candidats!
ceux mies en avant ne sont ppas forcement soucieux de besoins des lyonnais