Le domaine skiable de Serre Chevalier © Arthur Quéré

Escapades à Briançon-Serre Chevalier : la glisse dans un écrin d’histoire

Dans les Hautes-Alpes, la station de ski de Serre Chevalier se targue de pas moins de trois cents jours de soleil par an ! Elle séduit par son grand ski et ses paysages nature mais aussi par son patrimoine singulier. Adossée au domaine, la ville de Briançon conte, avec la cité Vauban, une page importante de l’histoire de France, qui a cependant commencé bien avant. Dans la commune voisine du Monêtier, les Romains exploitaient en effet déjà les bienfaits d’une “eau saine”, aujourd’hui de fabuleux bains chauds.

À 3 heures en voiture de Lyon, un peu plus loin que ses consœurs des Alpes du Nord, la station de ski de Serre Chevalier (“Serre Che” pour les intimes) mérite les quelques kilomètres supplémentaires. Avec son vaste domaine de 250 kilomètres de pistes, le plaisir de la glisse se conjugue avec bien-être, aux Grands Bains du Monêtier, dans un cadre historique et géographique unique. 

S’étirant de Briançon au Monêtier, en passant par Chantemerle et Villeneuve, le domaine, tout en longueur, offre plusieurs points d’accès, dont un directement depuis la ville de Briançon. 

Ses fortifications Vauban, classées à l’Unesco en 2008, rappellent son rôle décisif de verrou des Alpes. 

De nombreuses visites guidées sont proposées, de Briançon bien sûr, labellisée ville d’art et d’histoire, mais aussi des villages de la vallée, dévoilant quelques pépites patrimoniales, telles ces remarquables fresques religieuses du XVe siècle, étonnamment préservées, au Monêtier.

Briançon © alpesphotographies.com

Un ski en balcon sur la ville fortifiée

Avec ses vues sur les fortifications de Briançon en descendant côté Prorel, le domaine de Serre Chevalier offre un panorama unique, aux facettes changeantes suivant les secteurs. Il varie du plus boisé – ici l’arbre roi est le mélèze, aux branches nues, ce dernier perdant ses épines en hiver – au plus minéral en rejoignant côté Monêtier le pic de l’Yret, point culminant du domaine. 

À 2 830 mètres, à l’arrivée du téléphérique, se dévoile une mer de sommets enneigés d’où émergent L’Ailefroide, la barre des Écrins ou encore la Meije. 

Le domaine skiable de Serre Chevalier © Arthur Quéré

La station s’est historiquement développée à Chantemerle, où est inaugurée en 1941 la première “téléférique” (alors féminin, et s’écrivant avec un ‘f’) allant jusqu’au sommet de Serre Chevalier, montagne qui a aujourd’hui donné son nom à tout le domaine. C’est alors la téléférique la plus longue de France !

Léon Agel, parolier de la chanson Mon Amant de Saint-Jean – popularisée par Lucienne Delyle, puis reprise par Édith Piaf et Patrick Bruel plus récemment –, tombé amoureux du coin, contribue même au développement de la télécabine de l’Avaret, à Villeneuve. 

Aujourd’hui, ce sont plus de 250 kilomètres de pistes de toutes les couleurs qui font le bonheur des skieurs, avec pour les plus audacieux de beaux espaces freeride. Serre Chevalier devrait d’ailleurs accueillir les épreuves de freestyle et de ski acrobatique lors des prochains Jeux olympiques d’hiver 2030.

Benjamin Védrines

Benjamin Védrines, ambassadeur de Serre Chevalier

Véritable coqueluche des médias français depuis ses derniers exploits (dont l’ascension la plus rapide du K2 et descente en parapente, suivies de l’ascension de la face est du Jannu en Himalaya, itinéraire encore vierge de tout alpinisme), Benjamin Védrines est l’un des ambassadeurs de la station de Serre Chevalier. Il a publié récemment chez Guérin – maison d’édition spécialisée en montagne qui a, l’année dernière, soufflé ses 30 bougies – deux ouvrages K2 et Solitude, dans lesquels il partage candidement aussi bien ses failles que ses réussites.

Briançon et ses fortifications © Thibault Poinas

L’héritage de Vauban à Briançon

En arrivant par la route du col de Montgenèvre, les fortifications donnent le ton. Carrefour commercial, Briançon était aussi un point de passage privilégié pour les troupes armées. 

En 1692, l’attaque du duc de Savoie, Victor-Amédée II, dans le Sud Dauphiné convainc Vauban d’améliorer le système de défense de la ville. Le mur d’enceinte visible actuellement, construit en 1690, est alors renforcé en un front bastionné avec deux entrées : la porte de Pignerol et celle d’Embrun. 

Quant au château fort, construit au XIe siècle sur un rocher autour duquel la ville s’est développée, il est rasé et transformé en fort. Empruntez le chemin qui le longe, il offre une superbe vue sur la ville, d’où émergent les deux tours clochers de la collégiale, construite au début du XVIIIe siècle et dont Vauban supervisa les plans. 

Prenez également le temps de flâner sur le petit chemin qui descend au pont d’Asfeld, enjambant la Durance, et se poursuit en direction du fort des Têtes. Il permettait de relier la ville aux forts placés en avant-poste et prit le nom du marquis d’Asfeld, qui poursuivit le travail de Vauban. Site stratégique, des forts furent successivement construits aux XIXe et XXe siècles avec la ligne Maginot qui passait également ici.

La Charte des Escartons : un long passé d’autogestion

En 1343, six ans avant que Humbert II, ruiné, ne vende le Dauphiné au royaume de France, le dernier des dauphins d’Albon signe la charte des Escartons avec les habitants de la région. 

En échange de 12 000 florins et d’une rente annuelle, ceux-ci jouissent de droits et privilèges, qui leur permettent une autogestion, expliquant notamment le fort taux d’instruction de la population. 

En 1713, lors du traité d’Utrecht, trois Escartons (sur les cinq) tombent dans l’escarcelle du duché de Savoie, côté Piémont maintenant.


Le saviez-vous ?

Jean-Antoine Morand, à qui l’on doit, à Lyon, le fameux pont Morand et les premiers développements du quartier des Brotteaux, est né à Briançon dans une famille de juristes. Il a d’ailleurs offert à la cathédrale de Briançon un grand tableau de saint Antoine. On retrouve dans le Briançonnais, où dominait autrefois la culture du seigle, de nombreuses représentations de saint Antoine, patron des Antonins qui soignaient l’ergotisme ou le mal des ardents, dû à un champignon contaminant le seigle.


© Nadège Druzkowski

Les gargouilles de Briançon

La Grande-Rue de Briançon (pas si grande !), bordée d’échoppes et restaurants colorés, est divisée au milieu par une rigole. Cette dernière lui a valu le nom de “Grande Gargouille” (et de “Petite Gargouille” pour la rue de la Mercerie voisine). Ce canal, qui récupère les eaux de Guisane, servait à prémunir la ville contre les feux et arroser les jardins. Les Briançonnais ont creusé pas moins de 130 kilomètres de canaux !

© Nadège Druzkowski

Levez les yeux ! La collégiale de Briançon est dotée, à l’intérieur, d’une horloge plafonnière, tout comme celle de Saint-Nizier à Lyon. Ce sont les deux seules horloges de plafond de France !

© Willy Camus

Place à la détente aux Grands Bains

Autre porte d’entrée du domaine skiable, le charmant village traditionnel du Monêtier possède un atout de taille. De ses terres sourdent des eaux chaudes, déjà prisées des Romains. 

En arpentant les rues du village, vous entendrez souvent l’eau chanter et des vapeurs s’élever de canaux creusés à ciel ouvert. Plongez la main… c’est chaud ! Ce précieux cadeau du sous-sol, exploité un temps au XVIIe siècle puis tombé en désuétude au profit des sports d’hiver, est, depuis 2008, remis à l’honneur, offrant ses vertus thermales. 

Un grand espace de 4 500 m2 baptisé Les Grands Bains propose une variété de bassins dans un décor antiquisant avec sauna, hammam, grotte musicale, trilogie romaine du plus chaud au plus froid. 

Mais le must est de s’offrir un coucher de soleil dans le bassin extérieur, doté d’un grand jacuzzi. Les vapeurs de ses eaux chaudes embrument le paysage, d’où émergent les sommets rosés des montagnes.

© Nadège Druzkowski

Un trésor insolite

Sans clocher, la chapelle Saint-Martin, au Monêtier, ressemble plutôt à un garage. Et pourtant, sous son aspect austère, elle révèle d’incroyables peintures murales du XVe siècle. Vous pourrez les découvrir toute la saison lors de visites guidées offertes par l’office du tourisme. Chaque jour plusieurs visites ont lieu sur des thèmes différents dans les villages et hameaux de la vallée.

© Nadège Druzkowski

Distillerie des 4 frères : une aventure familiale

Pour un autre plaisir qui réchauffera les sens et la gorge, direction La Salle-les-Alpes, où Sylvain Ribuot, après avoir géré pendant dix ans une distillerie avec trois amis, s’est finalement associé avec ses trois frères. Une aventure commencée péniblement en plein Covid mais qui aujourd’hui tourne à plein. 

Les bouteilles dotées d’une jolie charte graphique – mises les unes à côté des autres, elles dessinent une continuité de sommets montagneux – ne cessent de décliner de nouvelles saveurs. Framboisine, coing, thym sauvage, hysope, verveine, menthe… pour les liqueurs, prune, poire ou marmote (avec un seul “t’’ pour cette prune sauvage endémique du Briançonnais) côté eaux-de-vie, la gamme s’est aussi enrichie de gins et d’une liqueur un peu spéciale : le mielèze, où le miel se mêle au boisé du mélèze. 

Une autre bouteille de liqueur baptisée La Manne, élaborée à partir de bourgeons de mélèze, rend hommage à la sécrétion du mélèze en période de sécheresse, récoltée en dernier recours par les abeilles. 

De la cueillette à l’étiquette, les produits sont élaborés localement et en famille. 

La curiosité de cette distillerie familiale est son alambic de bouilleur de cru, daté de 1921, et qui fonctionne encore parfaitement. Une visite de la distillerie vous apprendra tous les secrets de la distillation et se terminera par une dégustation de votre choix. 

À Chantemerle, à quelques kilomètres, les quatre frères disposent également d’une toute nouvelle boutique où, nouveauté de cet hiver, la Gin manufacture propose des ateliers pour créer son propre gin (comptez environ 2 heures/2 heures 30, 80 euros par personne). 

Et comme on n’est jamais aussi bien servi qu’en famille, deux frères sont également associés au restaurant Le Floucat, à Saint-Chaffrey, où la viande d’agneau provient directement de l’élevage d’Olivier.

Hôtel Le Mônetier © Le Goff et Gabarra

Pratique

Où loger ?

• Maison Soyeuse, hôtel confidentiel 4*, dix chambres aux nuances terracotta et au décor épuré, au cœur de la cité Vauban – maison-soyeuse.com

• Garrigae caserne de Briançon, hôtel 4* dans une caserne réhabilitée, au décor chic et cosy, dans le nouveau quartier de Briançon – garrigae.fr

• Le Monêtier, hôtel 4* aux chambres douillettes et design, avec balcon et vue sur les montagnes – www.lemonetier.com/fr/

Où se restaurer ?

• Le quinze neuf, spécialités de viandes locales et d’exception, gnocchis maison, dans le nouveau quartier de Briançon - lequinzeneuf.fr

• Le Bastion, cuisine bistronomique, dans l’ancienne caserne, à Briançon

• Stabatio, cuisine gourmande et généreuse dans une ambiance décontractée, à Monêtier

Événements

• Grand DJ set, avec Bon Entendeur (et Upsilone en première partie), le 19 février 2026, à partir de 19 h 30, place de l’Aravet, à Villeneuve. Une soirée festive précédée d’un Demo Ski Show, revisitant l’histoire du ski à travers différents tableaux rythmés de sauts acrobatiques et feu d’artifice.

• Grande parade de carnaval, la compagnie Elixir revisite le thème de Peter Pan dans une fresque urbaine, le 20 février 2026, à partir de 19 h, gratuit.

• Grande parade déambulatoire de carnaval avec The Origin, le gorille, au rythme des percussionnistes, le 27 février 2026, à partir de 19 h, gratuit.

Comment s’y rendre ?

• En voiture, comptez 3 heures.

• En train, Lyon-Briançon (avec changement à Valence), comptez 4 heures 45. Possibilité de descendre à Oulx (en Italie) et de rejoindre Briançon en navette.

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