Olivier Duch
Olivier Duch, 1er adjoint de Tignes

"Nous nous dotons d’un outil qui nous permettra d’envisager la deuxième moitié du siècle" assure Olivier Duch

Olivier Duch, premier adjoint au maire de Tignes, est l'invité de 6 minutes chrono / Lyon Capitale.

Bye bye la Compagnie des Alpes. Au terme d’une délégation de service public confiée pendant trente-sept ans au leader européen des remontées mécaniques (avec une dizaine de domaines skiables dans son portefeuille), par l’intermédiaire de sa filiale STGM (Société des téléphériques de la Grande Motte), Tignes va gérer directement sa station. C'est une société publique locale nommée Altta (Alliance locale pour la transition des territoires d’altitude), qui officiera et qui gérera le domaine (avec celui de la petite station voisine de Sainte-Foy-Tarentaise). La reprise effective aura lieu le 1er juin 2026.

Vendredi 16 janvier une première étape a été franchie avec la signature des financements nécessaires pour la reprise des activités de remontées mécaniques des deux stations, et plus largement valoriser la mobilité et l’habitat dans ces villages. Montant : 250 millions d’euros.* Au total, plus de 500 millions d’euros d’investissement sont prévus sur 30 ans.

*Le financement bancaire de 155 millions d'euros est partagé entre la Banque Postale, CIC Corporate & Institutional Banking (CIC CIB) et Arkéa Banque Entreprises et Institutionnels, la filiale bancaire du groupe Crédit Mutuel Arkéa.
Le financement obligataire de 95 millions d'euros est orchestré par le gestionnaire de fonds Macquarie avec un tour de table rassemblant 4 acteurs européens majeurs spécialisés dans le placement d’épargne retraite et l’assurance.

Le financement de projet a été structuré pour permettre, dans un premier temps, à Altta de constituer une trésorerie lui permettant d’autofinancer les investissements à hauteur de 20% jusqu’en 2032, et ensuite les autofinancer en totalité.

La station de ski de Ste-Foy-Tarentaise
Tignes, sa voisine

N’y a-t-il pas une contradiction entre le discours sur la transition climatique et la réalité des investissements annoncés ? "La question est pertinente, reconnaît Olivier Duch, premier adjoint au maire de Tignes et président d'Altta. Les analyses montrent que, même dans les scénarios les plus défavorables, il sera encore possible de faire du ski à Tignes en 2050, avec des saisons sans doute plus courtes, mais avec une activité toujours présente. Nous devons donc continuer à investir dans notre outil, dans les remontées mécaniques, et cela coûte de plus en plus cher. Il ne s’agit pas d’un projet démesuré, mais du renouvellement des remontées existantes, de l’amélioration de leur fonctionnement et d’une réflexion sur les besoins futurs."

Et d'ajouter : "Le ski doit encore vivre, et c’est lui qui permettra de financer la transition. Un budget important est consacré à la diversification. La mobilité fait également partie des enjeux des prochaines années afin de réduire notre impact carbone. Des investissements sont aussi prévus dans le logement pour permettre à la population locale de se projeter durablement à Tignes."

Les contrats de délégation de service public entrerony en vigueur le 1 er juin 2026. La société publique locale Altta entamera alors sa phase opérationnelle.

 Sur la durée de la délégation de service public, explique Olivier Duch, les recettes générées devraient atteindre 4,3 milliards d’euros.


La retranscription intégrale de l'entretien avec Olivier Duch

Bonjour à tous et bienvenue dans ce nouveau rendez-vous de 6 minutes chrono. Nous accueillons aujourd’hui, en visioconférence et en direct de Tignes, Olivier Duch, premier adjoint à la mairie de Tignes.

Bonjour.

Alors, Tignes, tout le monde connaît. C’est l’une des plus grandes stations de France. Elle vient d’être récemment classée dans le top 3 des meilleures destinations de ski. Ça y est, la station de Tignes est désormais directement gérée par la commune. On peut dire que c’est un saut dans l’inconnu, quasi inédit, qui suscite autant de questions que d’inquiétudes. Pourquoi avoir choisi, Olivier Duc, de rompre avec un acteur aussi solide que la Compagnie des Alpes, via sa filiale STGM ?

Pour préciser, la reprise effective aura lieu le 1er juin 2026. Aujourd’hui, ce dont on peut se féliciter, c’est que le projet de reprise se concrétise avec un financement qui vient d’être finalisé avec un pool bancaire. Cela vient concrétiser des mois de préparation et de travail et, surtout, symbolise la confiance de ces partenaires dans le projet que nous portons, à savoir la reprise de la gestion des remontées mécaniques à travers une SPL, une société publique locale.
C’est une société de droit privé dont les actionnaires principaux sont des collectivités, en l’occurrence Tignes et Sainte-Foy, avec l’ambition de préparer les trente prochaines années avec cette structure. C’est bien là l’enjeu et, en quelque sorte, la raison de la séparation avec la Compagnie des Alpes. Ce n’est pas pour des questions opérationnelles, car leur savoir-faire est bien connu et nous n’avons pas de difficulté à travailler avec la CDA. Mais le mode de gestion proposé dans le cadre d’un appel d’offres, d’un contrat avec un concessionnaire, ne nous semblait pas le plus pertinent pour aborder les trente prochaines années, avec toutes les incertitudes qui pèsent sur la montagne, mais aussi toutes les opportunités. Nous sommes situés à 2 000 mètres d’altitude, ce qui offre beaucoup d’opportunités, mais également de nombreuses inconnues pour les trente prochaines années. La souplesse qu’apporte la gestion à travers cette SPL nous a semblé plus adaptée.

Justement, il s’agit d’une DSP pour les trente prochaines années. Vous l’avez dit, un investissement de 500 millions d’euros est prévu. N’y a-t-il pas une contradiction entre le discours sur la transition climatique et la réalité des investissements annoncés ?

La question est pertinente. Le point de départ consiste à se demander quel sera le niveau d’enneigement à Tignes dans trente ans. Ce travail a été réalisé et, aujourd’hui, les analyses montrent que, même dans les scénarios les plus défavorables, il sera encore possible de faire du ski à Tignes en 2050, avec des saisons sans doute plus courtes, mais avec une activité toujours présente.
Nous devons donc continuer à investir dans notre outil, dans les remontées mécaniques, et cela coûte de plus en plus cher. Il ne s’agit pas d’un projet démesuré, mais du renouvellement des remontées existantes, de l’amélioration de leur fonctionnement et d’une réflexion sur les besoins futurs. Les remontées doivent être pensées non seulement pour les skieurs, mais aussi pour un tourisme piéton. Il faut améliorer les espaces débutants, car nous constatons une présence croissante de débutants à nos altitudes, alors qu’ils commençaient auparavant dans des stations plus basses.
Le ski doit encore vivre, et c’est lui qui permettra de financer la transition. Un budget important est consacré à la diversification. La mobilité fait également partie des enjeux des prochaines années afin de réduire notre impact carbone. Des investissements sont aussi prévus dans le logement pour permettre à la population locale de se projeter durablement à Tignes.

Est-ce que c’est un signal clair montrant que Tignes prépare la fin d’un modèle emblématique, quitte à bousculer son image internationale ?

Je trouve la formulation un peu brutale. Nous parlons de transition. Le modèle tel qu’il existe aujourd’hui a encore de belles années devant lui. Les incertitudes concernent surtout la deuxième moitié du siècle, et nous préférons nous doter d’un outil qui nous permettra d’être agiles et de préparer cette transition dès maintenant. Comme on le dit, c’est quand il fait beau qu’on change le toit. Aujourd’hui, nous nous dotons d’un outil qui nous permettra d’envisager la deuxième moitié du siècle.
Il est évident que, pour les années à venir, le ski reste un élément moteur de l’économie touristique de Tignes et le restera encore pendant un bon moment. Cela n’empêche pas de préparer activement la diversification et un modèle plus hybride pour la suite.

Très bien. L’émission touche à sa fin. Beaucoup de sujets n’ont pas pu être abordés, mais vous pourrez les retrouver dans l’article qui accompagne cette vidéo. Merci, Olivier Duc, d’être venu sur le plateau de 6 minutes chrono pour nous expliquer les enjeux de cette nouvelle gestion par la commune de Tignes de son domaine skiable. Je vous souhaite à tous une bonne journée. Au revoir.

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