Henry-Gabrielle : “Sans cet environnement, j’aurais pété un câble !”

Depuis que la direction générale des HCL a décidé de transférer l’hôpital Henry-Gabrielle sur le site de celui des armées-Desgenettes en juin dernier, le comité de défense œuvre pour protéger l’établissement de St-Genis-Laval et son précieux parc de 10 hectares. Une fermeture qui a aussi poussé quatre jeunes patients à témoigner.

En juin dernier, c’est un véritable choc pour les personnels de l’hôpital Henry-Gabrielle. Suite à une décision de la direction générale des HCL, ils apprennent que l'établissement fermera ses portes en 2021, alors que les pronostics les plus pessimistes annonçaient une fermeture pour 2025. Un appel à la grève est immédiatement lancé par les syndicalistes.

Un comité de défense voit le jour, suite à la publication d’une lettre à l’intention de Laurent Wauquiez, président du conseil régional d'Auvergne-Rhône-Alpes. Son auteur, un jeune patient de l’hôpital, y décrit son incompréhension et son désarroi. Pour lui, l’indifférence à laquelle font face les personnes handicapées d’Henry-Gabrielle est alarmante.

Le comité s’est fixé comme objectif premier de "populariser le projet auprès des habitants du coin et des alentours". Une pétition est immédiatement lancée afin d’alerter le président de la métropole, Gérard Collomb, sur la situation. "Nous avons déjà plus de 1000 signatures !" s’enthousiasme Didier Machou, un des membres.

“Sans cet environnement, j’aurais pété un câble !”

Fanny, Gabrielle, Djamal et Daniel sont tous les quatre hospitalisés à Henry-Gabrielle. Ils ont décidé d’apporter leur témoignage (diffusé dans l'émission La Fabrique de la nuit, sur Radio Brume) pour montrer que le parc dont ils bénéficient est un atout essentiel à la rééducation et au bien-être des patients. Pour Fanny, atteinte de paraplégie et hospitalisée à l’hôpital depuis septembre 2016, "l’environnement fait toute la différence. Pour moi, le parc est thérapeutique, il fait partie de la rééducation. Si je n’avais pas eu ce parc, ça aurait été complètement différent. Je l’aurais beaucoup moins bien vécu."

À 22 ans, Gabrielle est la porte-parole du comité de défense. Elle est en fauteuil depuis bientôt sept ans. "J’ai fait deux ans et demi d’hosto. Il n’y a qu’ici où je me suis sentie à peu près bien", dit la jeune femme en parlant de l’hôpital de Saint-Genis-Laval. Elle s’empresse d’ajouter : "Personnellement, je n’aurais pas tenu sans parc. Sans cet environnement, j’aurais pété un câble !"

“L’intérêt du parc est aussi médical”

En outre, le parc permet de décompresser et de fuir les salles blanches et moroses du milieu hospitalier. Djamal est hospitalisé à Henry-Gabrielle depuis maintenant deux mois. Le jeune homme de 28 ans affirme que le parc donne "l’impression de sortir du cadre hospitalier. C’est plus vraiment l’hôpital. On a l’impression d’être dans un coin qui nous permet de nous remettre en forme et de pouvoir aborder la vie autrement. Il n’y a plus de stress, plus de contrainte. Il y a cette quiétude, ce côté apaisant que le parc et l’hôpital apportent".

Pour Daniel, un autre patient, le parc permet de ne pas tomber dans la routine de l’hôpital : "Parfois, dans un service, on se sent infantilisé, militarisé. Ça a un côté très renfermé, oppressant et souvent assez glauque… Je crois qu’il n’y a pas un seul patient avec la capacité de sortir dehors qui ne le ferait pas plusieurs fois par jour. Quand tu commences à remarcher, tu n’as pas envie de faire dix fois le tour de la même salle. L’intérêt du parc est aussi médical."

Quant à leurs motivations pour défendre l’hôpital Henry-Gabrielle et ses 10 hectares de verdure, les quatre jeunes sont unanimes : ils le font avant tout pour les autres, pour ceux qui viendront après eux.

Alerter et faire réagir les élus locaux sur la situation de l’hôpital

Didier Machou a conscience qu’il faut aller à la rencontre des élus de la métropole, pour lui "la solution se trouve à Lyon". Le comité essaye de diversifier ses interlocuteurs et a notamment rencontré la maire du 1er arrondissement, Nathalie Perrin-Gilbert. Il a aussi pris contact avec le maire d’Oullins, François-Noël Buffet, et le député de la 10e circonscription du Rhône, Christophe Guilloteau.

"Depuis janvier, nous distribuons des tracts pour faire appel à la population. Nous nous sommes fixé l’objectif d’une action par semaine. Nous sommes allés à deux reprises devant la métropole, lors de conseils, pour interpeller les élus et M. Collomb sur notre situation", ajoute D. Machou.

Des raisons économiques et un avenir incertain

Pour cet élu syndicaliste, le constat est clair : "L’hôpital Desgenettes est vide : seulement 60 lits sur au moins 300 sont occupés. L’armée souhaite baisser le coût d’exploitation de ses bâtiments et cherche donc des partenaires. Ce contrat représente une opportunité pour les Hospices Civils de Lyon de vendre un site et, pour l’armée, de garder un bâtiment à moindres frais. Au final, le bilan reste flou, aucune décision ferme n’a été prise. C’est évident que préserver Henry-Gabrielle coûtera un peu plus d’argent. Mais est-ce que la cinquième puissance du monde ne peut pas prendre en considération le bien-être de sa population ? N’est-il pas envisageable de mettre un peu plus d’argent afin que des individus durement atteints puissent vivre sereinement ? Les journées sur le handicap, c’est bien joli… mais s’il n’y a pas d’actions derrière, ça ne sert à rien."

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