Eric Lafond
Eric Lafond

Fin de la ZFE à Lyon : Éric Lafond critique une "logique dépassée"

ZFE supprimées : Éric Lafond, conseiller métropolitain Grand Coeur lyonnais, dénonce une mesure inefficace et plaide pour des alternatives locales à la voiture thermique.

La suppression des ZFE, validée par l'Assemblée nationale, a été saluée par la majorité métropolitaine. Éric Lafond, conseiller métropolitain Grand Coeur lyonnais, lui, tempère. Sur la forme d'abord : "On est davantage dans de la communication politique que dans un travail de législateur". Le conseiller métropolitain juge probable une censure du Conseil constitutionnel, la mesure constituant selon lui un cavalier législatif.


Sur le fond, il ne défend pas pour autant le dispositif. "Paris ne peut pas expliquer à l'ensemble des territoires ce qu'il faut faire", tranche-t-il, estimant que la ZFE relevait d'une "logique jacobine" qui déresponsabilisait les collectivités. C'est à la métropole, selon lui, d'organiser une mobilité durable "non pas par la contrainte, mais par l'alternative" autour de parcs-relais, des transports en commun ou de solutions pour le fret.

La retranscription intégrale de l'entretien avec Eric Lafond

Bonjour à tous et bienvenue. Vous regardez 6 minutes chrono, le rendez-vous quotidien de la rédaction de Lyon Capitale. Aujourd’hui, nous accueillons Éric Lafond. Vous êtes conseiller métropolitain Grand Cœur Lyonnais, une fédération de partis qui compose la majorité de Véronique Sarselli. Vous êtes plutôt sur la composante centriste et société civile. Nous revenons sur une actualité qui concerne la métropole de Lyon : la suppression des zones à faibles émissions, validée par l’Assemblée nationale. La métropole a enregistré cette nouvelle comme un soulagement. Êtes-vous d’accord avec l’expression de votre majorité selon laquelle il était temps d’en finir avec ces ZFE ?

Ce que l’on peut dire, c’est que la loi dite de simplification, qui a intégré des amendements pour supprimer la ZFE et la loi ZAN, semble éphémère, puisqu’il s’agit de cavaliers législatifs. Il est probable que le Conseil constitutionnel les censure. On est donc davantage dans de la communication politique que dans un travail de législateur.

Il existe néanmoins un consensus politique pour que cela soit supprimé un jour. Cela pourrait revenir sous une autre forme.

Peut-être que cela reviendra sous une autre forme. En réalité, la ZFE telle qu’elle a été construite par les parlementaires n’est pas une réponse pertinente. Elle continue d’alimenter l’idée que l’État, dans sa grande sagesse, doit expliquer aux territoires ce qu’ils doivent faire, dans une logique de planification écologique. Je n’y crois pas. Paris ne peut pas expliquer à l’ensemble des territoires ce qu’il faut faire en la matière. C’était, de mon point de vue, une forme de déresponsabilisation des collectivités. C’est à la collectivité locale, et en l’occurrence à la métropole, qui a cette compétence en matière de mobilité, d’organiser la mobilité sur son territoire et d’organiser une mobilité durable. On connaît les enjeux : dans quelques années, on ne pourra plus avoir autant de véhicules thermiques qui entrent sur le territoire. C’est donc à la métropole d’organiser cela, non pas par la contrainte comme le prévoyait la loi, mais par l’alternative.

Le fait que les véhicules les plus polluants ne circulent plus, même si la ZFE n’a jamais réellement été appliquée, a néanmoins permis une baisse de la pollution. Cela semblait être un outil pertinent.

Il n’y a pas d’études sérieuses en la matière. La pollution a baissé dans l’ensemble des grandes villes de France, mais c’est le fruit d’une réglementation qui s’est durcie, notamment sur le plan industriel, et de l’évolution technique des motorisations. Les fabricants de véhicules ont compris qu’il fallait utiliser moins de pétrole pour produire autant de mobilité. C’est la trajectoire. Par ailleurs, le contexte international rappelle notre dépendance au pétrole et la nécessité de s’en séparer. Les échéances sont proches, de l’ordre de dix à quinze ans. Il faut donc trouver d’autres outils de mobilité. Le véhicule thermique individuel, pour les particuliers comme pour les entreprises, va progressivement disparaître. C’est à la collectivité d’organiser cette évolution.

Lorsque la métropole de Lyon affirme que le renouvellement naturel du parc automobile suffit à faire baisser la pollution, sans aller plus loin, est-ce suffisant ?

Ce n’est pas suffisant. Il existe un flux de véhicules qui entre sur le territoire, notamment pour le fret, qui est un impensé des politiques publiques depuis plus de vingt ans. Ces flux continuent d’entrer sur le territoire, alors que nous ne pouvons plus les accueillir, d’abord en termes d’espace disponible, ensuite pour des raisons de qualité de l’air et de fluidité. Il va donc falloir créer des alternatives pour les marchandises comme pour les déplacements des personnes.

Vous critiquez une logique jacobine de la ZFE. Quelle est, selon vous, la solution ?

La ZFE relevait d’une logique jacobine, où l’État impose une règle. Cela ne fonctionne plus. La solution consiste à proposer des alternatives. Il faut capter les flux en amont du territoire, avec des parcs-relais, et proposer des solutions de mobilité. C’est ce qui a été défendu pendant la campagne. Il faudra aussi travailler sur le fret. On ne peut plus accueillir autant de poids lourds chaque jour. Il faut repenser les équipements et les modes de transport.

Certains parlent d’une nostalgie du “tout-voiture”.

Oui, cela peut y ressembler.

Les premiers pas de la métropole ne vont-ils pas dans ce sens ? La suppression de la ZFE a été saluée, la réouverture de la rue Grenette est évoquée, ainsi que des ajustements sur certains projets. Cela correspond à certaines promesses de campagne.

Je ne le pense pas. Il faut distinguer les flux internes, comme ceux de la rue Grenette, et les flux entrants à l’échelle du territoire. La ZFE concernait surtout ces flux entrants. Elle pénalisait une partie de la population qui ne disposait pas des véhicules conformes aux critères. La question fondamentale est de savoir comment le territoire métropolitain assume son attractivité, alors que, dans cinq, dix ou quinze ans, les véhicules thermiques ne pourront plus y entrer.

Concernant la loi ZAN, sa suppression relève-t-elle de la même logique ?

Oui. L’amendement qui supprime la loi ZAN relève d’une même incompréhension des enjeux. Le dispositif est devenu très technocratique, avec une gestion du foncier à partir de tableaux. Cela n’a pas de sens. Les enjeux demeurent : réutilisation des sols, qualité de vie, biodiversité, autonomie alimentaire. Ils sont même encore plus importants aujourd’hui. Le territoire doit se saisir de ces questions sans attendre qu’une nouvelle loi vienne à nouveau expliquer aux collectivités ce qu’elles doivent faire.

Laisser un commentaire

réseaux sociaux
X Facebook youtube Linkedin Instagram Tiktok
d'heure en heure
d'heure en heure
Faire défiler vers le haut