Service minimum au FN

Malgré la crise financière (sa dotation de l'Etat a notamment été divisée par deux), malgré l'érosion du nombre de militants, l'appareil frontiste essaye de se relever de sa déroute électorale de 2007. Dans le Rhône, cette situation désastreuse se double d'une crise de leardership puisque Bruno Gollnisch, après son quadruple pontage, a décidé de "lever le pied". A sa place de secrétaire départemental, il a désigné Christophe Boudot, 38 ans, ancien conseiller municipal à Limonest. Celui-ci devait logiquement conduire la liste FN aux municipales lyonnaises, mais pour des "raisons personnelles", il a décidé de jeter l'éponge. Bruno Gollnisch a donc catapulté un autre inconnu, le professeur de médecine retraité, André Morin, 71 ans.

Conséquence de ce marasme, le FN s'est montré incapable de présenter plus de trois listes sur l'ensemble du département alors qu'il y en avait six en 2001, sans compter les quatre listes du MNR de Bruno Mégret.

"Nous ferons une campagne de pauvre"

Comme le rappelait le nouveau secrétaire départemental, Christophe Boudot, en paraphrasant Jean-Marie Le Pen, "nous sommes pauvres, notre mouvement se relève doucement de ses ennuis financiers. Alors nous ferons une campagne de pauvre". Sur le terrain, cela se traduit par un tractage et un affichage réduits au minimum. Les réunions publiques sont quasi inexistantes. Seuls les militants et les sympathisants sont informés de leur tenue, comme à Vénissieux où une dizaine de personnes se pressaient dans un bar-restaurant pour la présentation de la liste (lire ci-dessous).

Malgré ces difficultés, et bien que les élections municipales et cantonales ne soient pas les scrutins où le FN fait le meilleur score, les dirigeants frontistes rêvent de reconquérir les voix que Nicolas Sarkozy leur avait prises en 2007. "Deux tiers de l'électorat frontiste ont voté pour Sarkozy. Aujourd'hui ils sont déçus, analyse Jean-Yves Camus, chercheur à l'IRIS et spécialiste du Front National. Le côté bling-bling, l'ouverture à gauche, la question du pouvoir d'achat ou le récent discours sur la Shoah sont autant de facteurs qui rendent possible un retour vers le FN". "Mais les municipales sont des élections à enjeux locaux et le FN a considérablement perdu de son influence, poursuit Jean-Yves Camus. C'est pourquoi, les déçus du Sarkozy devraient se porter autant vers le FN, l'abstention ou le vote MoDem, au nom du credo "ni gauche, ni droite".

Réunion électorale du FN à Vénissieux :"Notre ville ne doit pas devenir le Kosovo'

Le fax annonçait "grande réunion électorale" pour présenter la liste "Vénissieux fait front". Le rendez-vous est à 19h, dans un bar-restaurant, à quelques encablures du terminus de la ligne D de métro. Dans une rue déserte, les stores sont déjà baissés. Aucune affiche FN à l'extérieur, discrétion absolue. Une personne indique l'arrière-salle. Là, deux types costauds aux cheveux rasés de près font l'accueil. Le lieu est vieillot : toile cirée sur les tables et croûtes aux murs. Ici on est entre soi : militants ou sympathisants, tous se connaissent à l'exception d'un motard, intéressé pour donner un coup de main. Finalement la tête de liste arrive, Yvan Benedetti. Il se place derrière les tables avec trois de ses co-listiers, face à dix personnes. Il y a là Daniel Gourdin, la figure locale frontiste, élu au conseil municipal et ancien militaire putschiste en 1961. Ce dernier a décidé de passer la main à Yvan Benedetti, l'homme qui monte du FN. Militant de l'Oeuvre Française, groupuscule d'extrême-droite antisémite, celui-ci a rejoint le FN il y a trois ans, "à la suite de la honteuse campagne" dont a été victime, selon lui, Bruno Gollnisch, suite à ses propos sur la Shoah*.

Orateur habile, Yvan Benedetti distille ce soir-là les arguments frontistes à sa maigre troupe, attentive. Il s'en prend d'abord à Sarkozy : "il faut solder l'addition, l'usurpateur est démasqué". Puis il enchaîne sur les trois axes de la campagne. La sécurité : "une voiture est brûlée tous les jours à Vénissieux. La faute à qui ? Au maire communiste André Gerin". La lutte contre les "mosquées cathédrales" : "Nous ne sommes pas contre le fait que les autres cultures respectent leurs traditions. Mais cette façon ostentatoire de l'afficher à la face du monde est insupportable". Enfin, la défense du petit commerce. Yvan Benedetti montre alors Antoine Pinos, boulanger de son état, présent sur la liste FN : "Il va se faire exproprier. Il est symbolique de notre combat". Le discours est bien rôdé. Une demi-heure a suffi. Après une brève intervention d'une personne qui se présente comme d'origine malgache et sympathisante "de toujours" du FN, l'assistance est invitée à "boire un coup" au bar. Avant de laisser partir la seule personne extérieure au cercle (un journaliste), Yvan Benedetti résume : "Notre slogan est "redevenir maître chez nous". On ne veut pas devenir comme le Kosovo, où un peuple de souche est devenu minoritaire, suite à l'immigration ottomane". Danica Ljustina, numéro deux sur la liste de Benedetti, ajoute, avec un accent serbe, qu'elle est entrée au FN pour continuer l'engagement nationaliste de son père. Cette sensibilité pour la géopolitique des Balkans ne doit rien au hasard.

*Bruno Gollnisch a été condamné en première instance à trois mois de prison avec sursis pour contestation de crime contre l'humanité. L'appel est rendu jeudi 28 février.

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