Najat Vallaud-Belkacem
@Tim Douet

Najat Vallaud-Belkacem : "Les rumeurs sont tenaces"

ENTRETIEN - Najat Vallaud-Belkacem vient d’être propulsée ce mardi numéro 3 du Gouvernement, ministre de l’Education nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche. Dans son numéro de juillet-août, Lyon Capitale publiait une interview de la ministre lyonnaise dans lequel elle semblait avoir déjà un pied dans l’école. Elle défendait alors le bilan des ABCD de l’égalité, non reconduits, et soutenait leur nouvelle mouture qui sera mise en place à la rentrée prochaine. Elle souhaitait alors faire taire les "folles rumeurs" et bouter la polémique hors de l’école. Des polémiques que certains essayent de faire ressurgir au soir de sa nomination. Voici l’entretien.

Najat Vallaud-Belkacem ()

@Tim Douet

Lyon Capitale : Vous lancez un plan d’action pour l’égalité filles-garçons. N’est-ce pas une version dégonflée des ABCD ?

Najat Vallaud-Belkacem : Non, on a même considérablement changé d’échelle, en généralisant ce qui était au cœur des ABCD de l’égalité, à savoir la formation des enseignants. Les ABCD ont été mis en place avec deux volontés : premièrement, mettre en lumière que l’école reproduisait malgré elle des stéréotypes qui pouvaient entamer la confiance des élèves, en particulier des jeunes filles, et leur capacité à se projeter dans l’avenir professionnel ; deuxièmement, rassembler des outils pédagogiques et les mettre à disposition des enseignants, pour transmettre la valeur d’égalité et de respect entre filles et garçons. On retrouve tout cela dans le plan d’action pour l’égalité filles-garçons à l’école.

Qu’est-ce qui a fait vaciller les ABCD de l’égalité ?

Les ABCD n’ont pas “vacillé”. Nous avons choisi à la fois de couper court aux polémiques parce que chacun voyait ce qu’il voulait voir derrière cette “étiquette” et qu’il n’y a pas de place à l’école pour la polémique et, en même temps, de conforter ce qui a bien fonctionné en en faisant bénéficier tous les enseignants et tous les élèves, dans le premier comme dans le second degré. Sur le fond, l’ambition est donc renforcée. Par ailleurs, c’était la meilleure réponse à apporter à la tentative de déstabilisation de l’école qui a eu lieu en février-mars lorsque la rumeur est entrée en scène. Une rumeur complètement folle qui, là où elle a “pris”, a révélé la distance entre certains parents et l’institution scolaire. Quand des parents reçoivent un SMS qui dit “On va apprendre à vos enfants de 4 ans à se masturber” et qu’ils y croient suffisamment pour retirer leurs enfants de l’école une journée, c’est très grave ! Les enseignants ont rassuré les parents, mais cette tentative de déstabilisation a perturbé leur travail. Je le regrette et je salue le travail de ceux qui ont continué toute l’année à transmettre la culture de l’égalité à leurs élèves, filles et garçons.

Vous reconnaissez une erreur de votre part, à ce moment-là ?

Tout a été fait pour mettre fin à la rumeur et répondre aux interrogations des parents. Mais on sait ce qu’il en est des rumeurs, elles sont tenaces. Les légendes urbaines ont toujours existé, mais maintenant elles vous bombardent par réseaux sociaux et SMS dans les six minutes et sont malheureusement relayées quasiment au même titre qu’une autre information dans les médias, même si ces derniers, dans cette affaire, ont plutôt pris les précautions qui s’imposaient. Il faut tirer les leçons de cette histoire. Si on se contente juste de tourner la page de cette rumeur-ci, on ne saura pas plus réagir à la prochaine.

Najat Vallaud-Belkacem ()

@Tim Douet

Pourquoi les opposants aux ABCD ne reviendraient-ils d’ailleurs pas à l’assaut ?

Sans doute tenteront-ils de le faire. Mais ils trouveront cette fois-ci des parents informés et associés à cette démarche pour l’égalité filles-garçons par le biais du projet d’établissement qu’on leur aura fait partager. La rumeur prospère sur l’ignorance. La meilleure des réponses, c’est la pédagogie.

La rumeur pourrait-elle mettre en sourdine d’autres réformes sociétales ?

La rumeur ne commande jamais nos choix. Je remarque qu’en matière économique et sociale les responsables politiques prennent parfois des décisions majeures qui provoquent moins de soubresauts qu’une réforme sociétale. On a beau tout faire pour mettre du consensus, ces sujets provoquent par nature des réactions fortes.

Pourquoi ?

Sans doute parce que les règles et enjeux de la politique économique ont atteint un degré de complexité tel qu’il est plus difficile d’avoir des avis tranchés d’office. Alors que les sujets sociétaux sont des sujets de valeurs qui remuent chacun d’entre nous. Faut-il renoncer à des réformes pour éviter les divisions ? Je ne crois pas que le clivage soit foncièrement une mauvaise chose. Dans chacun des débats de société qu’on a eus depuis deux ans, on a fait progresser la société, notamment sur le plan de la protection des personnes et de la lutte contre les inégalités, en une époque de crise où la tentation est plutôt au creusement de ces dernières.

Entretien paru dans le numéro 735 de Lyon Capitale.

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