Les 5 leçons du premier tour de la primaire lyonnaise

Michel Havard a viré en tête grâce à une meilleure implantation locale et notamment à son fief du 5e. Si Georges Fenech annonce un second tour ouvert, l'équation s'annonce très délicate. Pour Emmanuel Hamelin et Nora Berra, rallier Michel Havard s'apparente plus à une sortie par le haut. Georges Fenech doit surtout élargir son périmètre de votants à des arrondissements qu'il a délaissés, faute de temps.

1/ Les joies d'un fief pour Michel Havard

Dès dimanche soir, les rôles et les positions du second tour étaient bien campés entre Michel Havard et Georges Fenech. Les responsables de l'UMP craignaient des écarts serrés ouvrant la voie à de possibles contestations. Le verdict des urnes a clairement établi une hiérarchie et distribué les rôles entre les deux derniers candidats en lice de la primaire UMP. Michel Havard endosse celui de favori. Dans son discours, le président du groupe UMP au conseil municipal a appelé au rassemblement et prévenu ses équipes de rester mobilisés. Ce type de propos est l'apanage du candidat en ballotage favorable qui touche du doigt un but longtemps fuyant.

Au soir du premier tour, Michel Havard a toutes les cartes en main. La primaire qu'il voulait organiser lui a souri. Elle a montré qu'il contrait son déficit de notoriété mis en exergue par le sondage commandé par l'UMP en mars par son travail de terrain. Dans son fief du 5e, il a réalisé un raz-de-marée (65 %) qui lui a permis de devancer Georges Fenech aussi largement. Michel Havard a construit son succès du premier tour sur des arrondissements qui ne sont pas traditionnellement favorable à la droite.

Il amorce la semaine d'entre deux tours en appelant au rassemblement des élus du conseil municipal. Une manière à peine voilée de réclamer le soutien "naturel" de Nora Berra et Emmanuel Hamelin. Michel Havard n'a jamais voulu engager de mesures de rétorsion après leurs candidatures dissidentes. Depuis trois ans, il maintient Emmanuel Hamelin à la porte du groupe UMP sans avoir tenté de l'exclure. Il œuvre de la même manière avec Nora Berra depuis quelques mois. Son intérêt du moment n'est pas à la fermeté envers ses anciens rivaux du premier tour.

2/ L'absence d'un fief pour Fenech

Malgré un score flatteur pour un candidat débarqué, avec des ambitions politiques pour Lyon, depuis seulement six mois, il doit revoir son plan de campagne. Il visait la première place, celle qui confère une dynamique. Si le premier tour a mis en évidence la réussite de son implantation lyonnaise, le scrutin a aussi apporté la preuve des limites d'une arrivée tardive. Michel Havard a creusé son avance dans son fief du 5e quand son rival du second tour n'a pu s'appuyer sur un socle électoral acquis d'avance. Il a réussi ses meilleurs scores dans les arrondissements qu'il avait ciblés et le plus arpentés.

Durant la campagne, Fenech a fait du Fenech, il s'est créé un électorat ex nihilo en multipliant les rencontres. Partant de zéro, il avait ciblé les bureaux de vote à plus fort potentiel, ceux où Nicolas Sarkozy avait dépassé les 60 % lors de la dernière élection présidentielle. Sur ces quartiers, Georges Fenech a très largement devancé Michel Havard. En revanche, sur les autres arrondissements, il a pris le bouillon et notamment dans les 7e, 8e et 9e qui ont conforté l'avance de Michel Havard. "Il nous a manqué deux semaines de campagne", regrettait son directeur de campagne. L'équipe Fenech n'a qu'une semaine pour faire entendre son candidat dans ces arrondissements. "Le 2e tour sera ouvert, il n'y a que 220 voix d'écart entre Michel Havard et moi. Je vais battre la campagne et notamment le 7e et le 8e arrondissements où je dois convaincre. Michel Havard a fait la différence dans le 5e. Ce qui est normal puisqu'il a été député de cette circonscription. Maintenant il faut voir comment vont se reporter les voix des militants de Emmanuel Hamelin et de Nora Berra ; il y a 23 % à se répartir, j'ai une marge de progression. Je ne fais campagne que depuis 3 mois", soulignait Georges Fenech dimanche soir.

3/ Fenech aura besoin d'alliances

De son côté, Georges Fenech, qui prévoyait de ne pas perdre de temps entre les deux tours à nouer des alliances, change de stratégie. Pour amorcer sur de bonnes bases les négociations d'entre deux tours, il ouvrait déjà une porte à Emmanuel Hamelin. "Comme lui, je suis favorable au métro à la Confluence alors que Michel Havard n'en veut pas", glissait-il. Georges Fenech amorce aussi un thème de campagne électoraliste. "J'ai une position plus claire sur le mariage pour tous", pointe-t-il comme pour rappeler que les leaders lyonnais de la Manif' pour tous lui accordent un avantage.

"On les a déjà vus venir voter aujourd'hui et il ne faudrait pas que le 2e tour se transforme en vote de vertu", redoute un proche de Michel Havard. La campagne de second tour sera plus agitée. Georges Fenech n'a plus rien à perdre et devra renverser une tendance qui lui est défavorable. "Fenech, les dommages qu'il crée, il s'en fout puisque s'il perd, il se tire de Lyon", s'inquiète le directeur de campagne de Michel Havard.

4/ Hamelin, le dernier sursaut du troisième homme

Jusqu'à mardi soir, le bal des alliances va dicter le rythme de l'entre deux tours. Les premiers rendez-vous doivent avoir lieu ce lundi après-midi. Emmanuel Hamelin avait prévu de rencontrer Michel Havard à 17 heures. Puis Georges Fenech dans la foulée. Le troisième homme de cette primaire bien que largement distancé par ses concurrents se retrouve dans une configuration qui permet d'avaler moins amèrement la pilule des électeurs. Avec ses 14 % de voix, son soutien peut faire basculer le sort de l'élection. Il aborde les négociations avec ambition. "Je veux un accord sur mon programme mais ils l'accepteront facilement puisque les leurs sont moins poussés que le mien", s'amuse Emmanuel Hamelin qui souhaite aussi placer ses soutiens et demandera, pour lui-même, la tête de liste dans le 2e ou le 4e. Si cette semaine, son rôle de troisième homme lui offre un espace politique, son avenir s'assombrit. "J'ai le cuir dur, ce n'est pas ma première défaite politique", glissait l'ex député. Ce sera peut-être celle de trop pour l'élu de la Croix-Rousse.

5/ Dur retour sur terre pour Nora Berra

Nora Berra, l'autre grande perdante du premier tour, devrait, elle, demander de mener le combat dans le 3e. Dimanche soir, elle refusait de parler d'alliances à la presse comme avec Michel Havard et Georges Fenech. La déception était trop prégnante. Les yeux humides, elle regrettait que la « primaire n'ait eu d'ouverte que le concept » et que les militants UMP aient phagocyté le corps électoral. L'ancienne ministre pensait matérialiser dans les urnes sa notoriété grandissante à Lyon. Elle s'est heurtée au mur du terrain. Sans équipes, avec un programme bouclé in extremis, elle n'a pas su exister dans la campagne comme aux yeux des électeurs.

Sans la nommer, le député UMP Christophe Guilloteau la visait en nous déclarant que "certains doivent s'interroger sur le sens de leur engagement politique, notamment ceux qui ont toujours vécu sur des scrutins proportionnels". Si à Paris, tout lui a été donné, à Lyon, rien ne sera jamais facile pour Nora Berra que ce soit avec ses camarades élus ou aujourd'hui avec les militants UMP. Les premiers lui ont refusé l'investiture pour les législatives. Les seconds celle des municipales. Faiseuse de roi à l'époque du sondage commandé par l'UMP, fin mars, Nora Berra a dilapidé son capital politique en voulant se compter. Pour elle, la leçon du premier tour est très douloureuse et sera longue à digérer.

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