LEGISLATIVES 2007 : LES 10 ENJEUX

Mais localement, les enjeux ne manquent pas. Décryptage.

1 Quelle force aura la vague ?
Dans l'histoire de la Ve République, c'est la quatrième fois seulement que les législatives suivent immédiatement la présidentielle. En 1981 et 1988, l'élection de Mitterrand, puis en 2002 celle de Chirac, avaient donné lieu à de grandes vagues en faveur de la majorité présidentielle. En 1981, elle a été de "force 6" : entre le premier tour de la présidentielle, et le premier tour des législatives, la gauche est passée de 50,7 à 56,7 %. En 1988, elle était seulement "de force 1" (de 48,7 à 49,6). Il faut dire que Mitterrand, en guerre ouverte avec son premier ministre Michel Rocard, avait publiquement estimé qu'une majorité écrasante de la gauche n'était pas souhaitable... En 2002, la vague a été comme en 1981 de force 6. Mais c'est la droite cette fois qui en profite, passant de 37,9 à 43,9.

Alors quel scénario faut-il retenir pour 2007 ? En 1981, la force de la vague rose se nourrit des divisions à droite. En 2002, la vague bleue profite d'une gauche laminée. En 2007, la gauche semble à la fois laminée et divisée. Avec 46,9 %, Ségolène Royal a obtenu le plus mauvais score d'un candidat de gauche au second tour de la présidentielle depuis le 44,8 % de Mitterrand face à de Gaulle en 1965... Le PS semble au point d'éclater entre les amis de Ségolène et ceux de DSK, entre les partisans de l'ouverture au centre et ceux du "à gauche toute"... Bon tacticien, Sarkozy a fini de dérouter ses adversaires en nommant plusieurs personnalités de gauche dans son gouvernement. Dans un tel contexte, on pourrait assister à un tsunami bleu.

Projection dans le Rhône
Cette analyse est une projection de l'impact d'une "vague" sur les législatives dans le Rhône. Elle ne prend pas en compte l'impact personnel des candidats.
En cas de vague de "force 6", comme en 1981 et 2002 :
14 députés UMP
En cas de vague de "force 1", comme en 1988
10 députés UMP, 4 députés PS.

2 Le Modem sera-t-il la troisième force ?
François Bayrou n'a peut-être pas réussi son pari d'atteindre le second tour de la présidentielle, mais il a réussi à devancer le FN. S'il parvient à imposer son Modem comme 3e parti de France, ce sera un événement. La tâche s'annonce rude, car Bayrou a depuis été trahi par la quasi-totalité de ses députés, qui ont fondé "le Nouveau Centre", sous la houlette d'Hervé Morin. Ce parti ancré à droite et fidèle à Sarkozy a pour objectif de réussir là où l'UMP avait échoué en 2002 : éradiquer l'UDF. Bayrou résistera-t-il ? Les 70 000 nouveaux adhérents à son Modem constituent son principal atout.

3 Les Verts vont-ils rebondir ?
Jamais on a autant parlé d'écologie dans une campagne. Et jamais les Verts ne se sont pris une telle claque... L'existence même du parti écologiste est menacée. Certains cadres, lassés de l'immaturité politique du parti ont déjà rejoint le Modem. D'autres sont tentés par le PS ou espèrent la création d'un parti altermondialiste... Pour ne rien arranger, Sarkozy vient d'accorder à Juppé le grand ministère de l'Environnement que la gauche a toujours refusé aux Verts. Dans le même temps, le PS s'est montré tellement chiche que les Verts ont préféré ne pas passer d'accord sur les législatives. Avec cette stratégie d'autonomie, ils espèrent obtenir au moins 4 % aux législatives. En dessous, le parti aura du mal à survivre.
4 Le premier député de gauche à Lyon ?
Pasqua mériterait une palme de la science électorale : le découpage des 4 circonscriptions lyonnaises est tel que, depuis 1988, la gauche n'a jamais réussi à y faire élire un député. Cela s'annonce une nouvelle fois compliqué, même si, sur le papier, Braillard, Touraine et surtout Muet peuvent encore l'emporter. Il faut dire que Gérard Collomb (PS) n'a pas tout fait pour avoir un député de gauche. Par peur de la concurrence ? Lui et ses équipes se sont en tout cas investis prioritairement derrière la seule candidate PS à Lyon qui n'a aucune chance d'être élue : Najat Belkacem.

5 Le FN va-t-il disparaître ?
Le FN s'est imposé depuis 20 ans comme un perturbateur de la vie politique française. Rarement en capacité d'avoir un député, il se complaisait dans un rôle d'arbitre, en provoquant des triangulaires. Cette parenthèse va-t-elle se refermer ? Il suffit pour cela que le FN passe sous la barre des 12,5 % des inscrits. A moins d'un sursaut, le parti de Le Pen devrait être éliminé dès le premier tour dans les 14 circonscriptions du Rhône.

6 L'Est-Lyonnais va-t-il s'ancrer à droite ?
Les banlieues rouges virent à droite. Peut-être parce qu'on y construit de plus en plus de lotissements, et de moins en moins d'HLM. En terme de mixité sociale et de vivacité démocratique, c'est sans doute une bonne nouvelle. Mais pour les maires de gauche de Rillieux, Bron ou Saint-Priest, c'est très inquiétant. Si la droite transforme l'essai de la présidentielle, ils auront du souci à se faire aux municipales.

7 La gauche va-t-elle s'implanter à l'Ouest ?
Les banlieues chics se "boboïsent", avec l'arrivée de jeunes ménages. Après la victoire de Sarkozy, la gauche ne se fait aucune illusion dans l'Ouest lyonnais. Mais elle profitera de ces élections pour essayer de placer des pions pour l'avenir, ancrer des candidats sérieux, comme Sheila Mac Carron (PS) à l'Arbresle, Jérôme Saddier (PS) à Villefranche, Florence Perrin à Thurins, ou même Jean-Charles Khoohlaas (Verts) à Chaponost.

8 Des éléphants à la trappe ?
Les élections législatives ont aussi des enjeux très personnels. Plusieurs "éléphants" de la politique locale sont en danger dans leur circonscription : une défaite de Jean-Jack Queyranne (PS) à Bron l'affaiblirait forcément dans sa région. Emmanuel Hamelin (UMP) rêve en secret de supplanter Perben à la tête de l'UMP... mais il doit déjà se battre pour sa réélection. Anne-Marie Comparini (UDF) enfin est sans doute la plus menacée, même si Collomb fera tout pour l'aider en sous-main, afin d'affaiblir Perben.

9 Villeurbanne va-t-elle basculer ?
La 6e circonscription est la seule, dans le Rhône, à épouser parfaitement les frontières d'une seule commune : Villeurbanne. Bastion historique de la gauche, la ville pourrait élire un député de droite. Ce serait un tremblement de terre.

10 La fin des femmes ?
En 2002, le Rhône a envoyé trois femmes à l'Assemblée : Martine David (PS), Anne-Marie-Comparini (UDF) et Nathalie Gautier (PS), deux socialistes et une centriste. En 2007, il pourrait bien n'y en avoir aucune : et pour cause, l'UMP, qui pourrait réaliser le grand chelem, n'a investi aucune femme sur 14 circonscriptions. L'UMP n'a investi personne non plus "issu de la diversité". A l'heure où Sarkozy a imposé la parité à son gouvernement et placé Rachida Dati à la justice, cet aréopage de mâles blancs fera tâche.

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