©Mike Mozart

Monsanto bientôt devant les tribunaux à Lyon

Le géant de l’agrochimie Monsanto, récemment racheté par le groupe européen Bayer, a été condamné à verser 289 millions de dollars à un jardinier américain atteint d’un cancer. À Lyon et à Vienne, des plaignants réclament justice face à la firme américaine.

Vendredi 10 août, David a décapité Goliath. L’entreprise agrochimique Monsanto, en voie d’intégration dans le groupe chimique et pharmaceutique Bayer, a été condamnée à verser 289 millions de dollars, soit 248 millions d’euros, à Dewayne Johnson. Ce jardinier américain accusait les produits Monsanto, notamment le fameux Roundup, d’être à l’origine de son cancer. Les jurés californiens ont considéré que les produits incriminés, des herbicides contenant du glyphosate, avaient joué sur la maladie de la victime et que Monsanto avait failli à informer les utilisateurs des risques, connus et démontrés scientifiquement. Monsanto a décidé de faire appel du jugement mais symboliquement le mal est déjà fait : ce lundi 13 août, l’action de Bayer, propriétaire de Monsanto, a perdu 10 % à la bourse de Francfort.

Le glyphosate classé probablement cancérigène par le CIRC

C’est à Lyon qu’a été porté un coup décisif contre Monsanto. En 2015, le Centre international de recherche contre le cancer (CIRC), agence de l’Organisation mondiale pour la santé, déclare le glyphosate probablement cancérigène, mettant à mal le discours de Monsanto sur le caractère inoffensif de ses produits. Puissant herbicide, le glyphosate est le principe actif du produit best-seller de l’entreprise américaine, le Roundup. Non loin du CIRC, le discours sur le glyphosate est différent. La capitale des Gaules abrite le siège français du nouveau propriétaire de Monsanto, le groupe Bayer. En réponse à la condamnation américaine de vendredi, Bayer a repris l’argumentation de défense du glyphosate propre à Monsanto. "Nous restons convaincu que le glyphosate ne présente pas de danger pour la santé humaine lorsqu’il est utilisé conformément aux recommandations d’usage, en suivant les bonnes pratiques agricoles, comme c’est notamment le cas des millions d’agriculteurs en France qui reconnaissent sa très grande utilité pour la protection des cultures", affirme le groupe.

Deux procès en Auvergne-Rhône-Alpes

Ce qui n’est pas l’avis de Paul François, agriculteur charentais et président de l’association Phyto-victimes, violent pourfendeur du glyphosate. Paul François se bat personnellement contre Monsanto depuis plusieurs années devant les tribunaux lyonnais. Il a été intoxiqué en 2004 au Lasso, un herbicide qu’il utilisait dans ses plantations de maïs. En 2015, l’agriculteur fait condamner la firme américaine par la cour d’appel de Lyon, mais la sentence est annulée par la cour de cassation en 2017. Le charentais estime que la décision américaine, jugée "historique", apporte un espoir aux agriculteurs qui se battent contre Monsanto dans le monde. Le dossier de Paul François est redébattu par la cour d’appel de Lyon en février 2019. À Vienne, à seulement quelques kilomètres de Lyon, un autre volet judiciaire a récemment été ouvert. En mai 2018, Monsanto a été assigné devant le tribunal de grande instance par la famille Grataloup. Les parents de Théo, 11 ans, accusent le glyphosate d’être la cause des malformations rares dont souffre leur fils. En début de grossesse, Sabine Grataloup a aspergé le terrain d’équitation familial avec du désherbant Glyper, inconsciente du risque. Pour les plaignants, Monsanto n’a pas fourni les précautions d’utilisation nécessaires pour un usage sans danger du produit.

En France, l’interdiction du glyphosate promise pour 2021

Malgré l’expertise du CIRC, l’utilisation du glyphosate a été réautorisée pour cinq ans par l’Union européenne fin 2017. La France a voté contre cette reconduction, contrairement à l’Allemagne. Emmanuel Macron a promis d’interdire le glyphosate d’ici 2021 sur le territoire français, "dès que des alternatives auront été trouvées".  Une promesse qui laisse sceptiques certains élus et associations écologistes. En mai dernier, l’Assemblée a rejeté les amendements visant à intégrer l’interdiction du glyphosate dans le texte du projet de loi Agriculture et Alimentation.

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