Procès Global Cash
Tim Douet

Global Cash : la défense peine à mettre en difficulté la PJ

Le procès du braquage du bureau de change Global Cash s’est ouvert ce matin devant les assises du Rhône. Au premier jour des débats, les avocats de la défense ont peiné à déstabiliser les hommes qui étaient sous les ordres du commissaire Neyret au moment des faits. Récit.

C’est une des attractions du procès. Quand Michel Neyret viendra-t-il témoigner ? Personne ne le sait, mais tout le monde suppute. Officiellement, l’ancien divisionnaire de la PJ de Lyon n’a pas reçu de citation à témoigner. L’avis de réception de l’accusé de réception envoyé à son domicile près de Vienne n’a été reçu ni par le ministère public ni par Me David Metaxas. L’avocat avait pourtant souhaité, avec force publicité dans les médias, que Michel Neyret vienne témoigner pour expliquer les méthodes de l’antigang lyonnais.

Or, de ces méthodes, il a été peu question. Elles sont pourtant au cœur des enjeux de ce procès, qui doit permettre de juger six accusés du vol à main armée du bureau de change Global Cash en plein après-midi du vendredi 24 septembre 2010. Pourquoi la brigade de recherches et d’intervention (BRI) de la PJ de Lyon a-t-elle laissé se commettre un braquage alors qu’elle filochait depuis près d’un mois les malfaiteurs, avec le risque de mettre en danger des civils ? Ce qui a d’ailleurs eu lieu puisqu’un automobiliste a été blessé par balle par les braqueurs, qui cherchaient à faciliter leur fuite.

“Vous croyez que ça va passer ?”

Les avocats de la défense se contentent d’effleurer le problème, conscients de jouer les funambules dans une affaire dans laquelle plusieurs accusés ont reconnu leur participation au vol à main armée et où la PJ a accumulé suffisamment de preuves pour impliquer les autres accusés. À la barre, le commandant Gilles Maisonnette, directeur de l’enquête, n’a pas eu à parer les coups. Il n’y en a pas eu. Ou si peu, en tout cas jamais de front.

"Vous n’avez vraiment jamais vu cette équipe faire des repérages autour du Global Cash ?" a commencé à interroger Me Metaxas, sous-entendant que la PJ de Lyon connaissait parfaitement l’objectif final des malfaiteurs. "Non, aucun repérage n’a été constaté", a rétorqué le commandant Maisonnette, placide.

Jean-Félix Luciani, l’avocat de l’un des accusés, prend alors la main : "Mon client était recherché pour d’autres faits lorsque vous réalisiez vos surveillances et pourquoi vous ne l’interpellez pas ?" "La brigade de répression du banditisme était saisie du vol avec arme sur la bijouterie Loubet, commis plusieurs mois avant, mais il n’y avait pas de mandat d’arrêt", a répondu M. Maisonnette. "Vous croyez vraiment que ça va passer dans une cour d’assises, cette histoire de mandat d’arrêt ?" tonne Me Luciani.

Me Guyenard demande "pour quelles raisons vous ne les interpellez pas pour les vols de voiture ?" "Vous pouviez les interpeller pour association de malfaiteurs avec ces vols et c’était dix ans", relève Me Luciani.

Le président rappelle aux avocats que "c’est au magistrat d’apprécier les incriminations et pas à la police". Ironique, Philippe Renzi, l’avocat général, parvient à ridiculiser les salves plutôt molles de la défense : "Et bientôt, c’est les voyous qui vont décider du moment de leur interpellation aussi !"

Aveux

L'attaque la plus pertinente est venue de Me Alexandre Plantevin, ancien procureur au parquet antiterroriste devenu avocat. Il faut dire que son client est le seul qui récuse encore sa participation au braquage et pour lequel il subsiste d'ailleurs une petite chance d'acquittement : "À partir du 20 septembre, il y a un dispositif de surveillance tous les jours. Le 24 septembre, vous êtes 21 sur le dispositif. Vous n’avez jamais été 21. Et, ce jour-là, vous êtes sur tous les sites les plus importants ! Alors, ne me dites pas que vous ne vous doutiez pas qu’il n’allait pas se passer quelque chose de grave !" Le commandant rétorque simplement qu’il sentait que "ça montait en tension". Un peu court.

Mais le directeur d’enquête a pu dérouler et expliquer le travail d'enquête de la police tout l’après-midi. C’en était même lénifiant. Mais bien loin de la mise sous pression attendue de la PJ.

En fin d'après-midi, l’un des accusés, qui n’avait pas encore avoué les faits, a même fini par le faire dans une déclaration spontanée. "Cinq des six braqueurs reconnaissent les faits désormais. On n'en attendait pas tant !" s’est réjoui l’avocat général.

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