Évadés de Moulins : le procès de la prison

Le système pénitentiaire dans son ensemble, notamment la souffrance en prison, était au banc des accusés lundi devant les assises du Rhône, avec, planant au-dessus du tribunal, le spectre de l’affaire Redoine Faïd.

C’est un bien étrange procès que celui des évadés de Moulins. Des faits graves, et des victimes sans haine. Car, du côté des parties civiles, à quelques exceptions près, personne ne semble avoir d’envies de revanche. Les victimes paraissent presque comprendre les accusés.

Pourtant, toutes sont traumatisées par ce qu’elles ont vécu. Que ce soit les surveillants pénitentiaires pris en otage ou menacés d’une arme, les automobilistes qui se sont vu “réquisitionner” leur véhicule et qui ont parfois été séquestrés pendant plusieurs heures. Ils ont, pour la grande majorité, opté pour une défense pondérée.

Le spectre de Redoine Faïd

Maître Cormier, l’avocat du directeur du centre pénitentiaire de Moulins, est plus habitué à défendre les droits des détenus. Il a donc été surpris d’être choisi par Bruno Fenayon. Mais ce dernier tenait à l’avoir pour conseil. Bruno Fenayon est celui qui a été contraint d’ouvrir les portes à Christophe K. et Omar T., alors qu’ils menaçaient d’une arme deux surveillants.

L’avocat ne chargera aucun des accusés. Il sonnera en revanche une charge contre la prison. Servi par une riche actualité, Me Cormier commence sa plaidoirie en parlant de l’évasion spectaculaire de Redoine Faïd. Il s’appuie sur l’interview d’Anne Dulioust, médecin de la prison de Fresnes, parue dans Le Monde. Le docteur Dulioust y exprime sa colère face aux conditions dans lesquelles sont soignés les détenus. “Ce procès sera aussi celui de la souffrance en prison”, affirme l’avocat.

Il expliquera également que ce qui l’a le plus frappé pendant la reconstitution de l’évasion, outre sa longueur (2 jours), c’est l’“étrange proximité entre Christophe K. et les surveillants”. De son client, il dira que “le fait d’avoir dû céder [face aux menaces de Christophe K. et d’Omar T.] l’a ébranlé”. Même s’il est aujourd’hui directeur d’un autre centre pénitentiaire, Bruno Fenayon “n’a plus le cœur à son travail”.

“Des choses doivent changer”

Maître Winter, l’avocat, entre autres, des deux gardiens pris en otage au parloir au tout début de l’évasion, parlera au nom de la “communauté de surveillants”, déclarant : “Il y a des choses qui doivent changer.” “Celui qui entre en prison doit avoir l’espoir d’en sortir !” ajoutera-t-il avec force.

Il dira toutefois, à l’intention des accusés : “Il ne faut pas se tromper de cible, les surveillants ne sont pas responsables de votre condamnation !”

Pour améliorer les conditions des détenus, l’avocat de cette “communauté de surveillants” évoquera quelques pistes : “Nous souhaitons qu’il y ait plus de surveillants en prison”, non pas pour plus surveiller les détenus mais “pour mieux les entourer”.

S’adressant à Christophe K., qui a expliqué à plusieurs reprises que la seule solution pour lui était l’évasion, il répondra : “Nous pensons qu’un autre chemin est possible”, ajoutant que, selon lui, “la place de Nadia K. et de Sylvie P. n’[était] plus en prison.”

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