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Global Cash : l’ombre d’un indic pèse pour les accusés

Enquête – Des indics de l’ancien commissaire balancés sur des PV pèsent dans l’esprit des auteurs du casse du bureau de change Global Cash.

Le procès Global Cash couve un non-dit. Un tabou. Sans le savoir, la justice est passée à côté d’un débat majeur. Un débat interdit par la loi du milieu, qui est aussi la loi du silence. Quatre auteurs du vol à main armée ont en effet évoqué la présence d’un cinquième homme qui aurait participé au braquage, selon leurs déclarations pendant les débats.

Ils ne souhaitent pas en dire plus. Par “peur des représailles”, rappelant au passage, à l’adresse du président de la cour d’assises, les deux derniers règlements de comptes dans le milieu lyonnais, survenus à Saint-Priest le 11 septembre dernier et à Meyzieu le 24 juillet. L’été 2014 marque en effet un brusque changement d’ambiance dans le monde des malfrats lyonnais, qui est en train de prendre un sale tournant. “C’est tout sauf un confort pour eux de ne pas donner son nom !” avait appuyé Me Metaxas.

L’instigateur

Cette déclaration innocenterait Samir Belghazi, l’un de leurs coaccusés, présent dans le box avec eux. Pour l’accusation, il est ce cinquième homme. Celui qui a pris un otage rue de la République. Celui qui est monté sur le toit de la Mercedes ayant servi à réaliser le vol à main armée, afin de dominer la rue et de tenir en respect les passants regroupés devant lui. Celui, enfin, qui a tiré plusieurs rafales de kalachnikov lors de la fuite des malfaiteurs, blessant grièvement un automobiliste qui risquait de contrarier leur course folle dans les rues de Lyon. En clair, le plus excité de tous.

Mais quatre accusés écartent Samir Belghazi et disent qu’il s’agit d’un tout autre individu, rencontré seulement quelques jours avant le 24 septembre 2010, jour de l’attaque du bureau de change de la rue de la République. C’est cet homme qui aurait fourni les armes et le plan pour faire le coup, selon les affirmations des accusés.

Une histoire à dormir debout ?

Pour l’accusation, ce cinquième homme est une fable. “Une trouvaille formidable rien que pour vous, mesdames et messieurs les jurés”,a protesté Fabienne Goget, l’avocate générale : “On n’en a jamais parlé pendant l’enquête. Ce cinquième homme va permettre de minimiser leur responsabilité. Cet homme, qui leur a apporté Global Cash sur un plateau, disculpe Samir Belghazi parce qu’il vient prendre sa place. C’est une histoire à dormir debout ! Pour qui prenez-vous la cour ? Pour qui prenez-vous les jurés ?” a-t-elle fini par lancer. Une histoire à dormir debout qu’ils ruminent pourtant depuis longtemps.

Surtout depuis qu’ils ont vu le nom de celui qui est à l’origine du coup du bureau de change Global Cash inscrit sur des procès-verbaux en libre circulation dans les prisons lyonnaises. Ces PV, ce sont ceux de l’affaire Neyret, distribués depuis deux ans dans le milieu des voyous de la région, où ils circulent comme un produit de contrebande d’une extrême dangerosité. Car le contenu de ces pièces est comme un lent poison distillé sournoisement. Les noms de quatre indics de Michel Neyret y sont inscrits noir sur blanc. Libération avait déjà fait état de ces indics balancés sur PV en septembre 2012.

Indics jetés à la pègre

Les PV en question, que nous nous sommes nous aussi procurés, sont des retranscriptions d’écoutes téléphoniques et quelques pages d’un interrogatoire de l’ancien numéro 2 de la PJ de Lyon par l’un des deux juges en charge de l’enquête qui l’a fait chuter. Des indics balancés à la pègre grâce à des documents issus d’une enquête judiciaire normalement couverte par le secret de l’instruction.

Au départ, c’est un détenu de la maison d’arrêt de Corbas qui était en possession de ces PV, obtenus après avoir dénoncé à un juge d’instruction lyonnais les méthodes de l’ancien commissaire divisionnaire. Désormais, n’importe qui dans le milieu voulant vérifier le nom d’une “pouc” (balance) peut se les procurer en un coup de fil, tant ces PV ont été photocopiés.

Hypothèse

En voyant le nom de celui qui est présenté comme l’instigateur du braquage de Global Cash figurer dans ces documents, les accusés sont pris d’un doute. Ils soupçonnent d’avoir été balancés à la police et sont persuadés que la PJ savait pertinemment qu’ils allaient attaquer le bureau de change Global Cash.

Mais ils s’interrogent en silence. Car, ni eux ni leurs avocats n’ont évoqué explicitement cette hypothèse lors des quinze jours d’audience. La défense a cependant posé maintes fois la question de savoir si la police détenait l’information selon laquelle c’était le bureau de change Global Cash qui était visé. Négatif, répondirent les enquêteurs qui ont défilé devant la cour d’assises.

La BRI (brigade de recherches et d’intervention) – autrement dit, l’antigang – surveillait cette équipe depuis près de vingt-cinq jours avant le braquage. Aucune trace dans la procédure de la PJ ne laisse entrevoir l’existence d’un tuyau fourni par un indic. Il n’y a que des filatures consignées dans des PV de surveillance détaillés. Mieux, la BRI a commencé ses surveillances sur le groupe de Global Cash à l’occasion d’une commission rogatoire d’un juge d’instruction, dans le cadre d’un dossier de braquage distinct de celui de Global Cash. Quant à Michel Neyret, s'il était à l'époque le numéro 2 de la PJ, son nom n'apparaît pas dans le dossier.

Le trouble ou l’embarras

Pourtant, à certains moments des débats, les avocats ont touché du doigt des épisodes qui ont potentiellement la force d’un trouble, d’un embarras pour la police.

Interrogeant l’une des employées de Global Cash, David Metaxas lui fait dire que la première personne qu’elle voit après le vol, “c’est Michel Neyret”, présent sur place avant la police. L’ancien numéro deux de la PJ s’expliquera à la barre, affirmant s’être rendu sur place parce que Police Secours relayait des appels de témoins qui alertaient le 17.

Il y a eu enfin la plaidoirie de Me Alexandre Plantevin, l’avocat de Samir Belghazi. Il a rappelé que son client n’existe pas dans les surveillances qui précèdent l’attaque. Il a souligné qu’aucune vérification n’avait été faite à son sujet alors même qu’il est le seul à avoir fourni son agenda pour le 24 septembre 2010. Aucune perquisition n’a été réalisée à son domicile.

Des témoins de la scène iront affirmer que le fameux cinquième braqueur avait les yeux bleus et mesurait 1,80 m. Samir Belghazi a les yeux sombres et il est bien moins grand.

Ils se sont forgés une conviction

Enfin, Me Plantevin a rappelé que ce cinquième homme a été photographié le jour des faits. Manque de chance, il était masqué par un poteau. Et puis, il y a cet ADN retrouvé sur de fausses plaques d’immatriculation utilisées sur un véhicule. ADN qui n’appartient à aucun des accusés présents dans le box. “Le cinquième homme ? Est-ce si incongru, si atterrant d’évoquer cette réalité ?” a interrogé Me Plantevin.

À la lecture des PV de l’affaire Neyret balancés en prison, les auteurs du vol à main armée s’interrogent et se sont forgés silencieusement une conviction. L’un d’eux dit être innocent. L’accusation a requis 22 ans de réclusion criminelle contre lui, en balayant d’un revers de main l’existence de ce cinquième homme.

L’affaire Neyret a été un séisme judiciaire avec de multiples secousses venues bousculer plusieurs procédures. L’affaire Global Cash n’échappe pas à cette règle.

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