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Barcelone, toujours un modèle ?

Édito – Du temps où il avait encore un voilier, Gérard Collomb aimait à raconter qu’il voguait en direction de Barcelone, qui a longtemps inspiré les projets qu’il imaginait pour sa ville. Sitôt élu maire de Lyon, il a emmené en octobre 2001 tout un aréopage d’élus et de patrons lyonnais, Olivier Ginon en tête, assister au Camp Nou à la défaite de la bande à Sonny Anderson contre celle de Rivaldo et Kluivert (2-0). C’était l’époque où Juninho ne marquait pas encore des coups francs improbables et où la ville de Lyon aurait trouvé ridicule de se comparer à la deuxième ville d’Espagne, dont la dynamique économique et le développement urbain étaient érigés en modèle partout en Europe.

Près de vingt ans plus tard, malgré le “grand stade” de Décines qui devait permettre à l’OL de gagner une coupe d’Europe, le fossé footballistique est loin d’être comblé et les
Lyonnais ne sont clairement pas favoris face à l’ogre barcelonais qu’ils accueilleront le 19 février en 8e de finale de la Ligue des champions. Dans tous les autres domaines, en
revanche, Lyon ne fait plus de complexes et pour tout dire ferait presque de Barcelone l’exemple des excès qu’elle ne veut pas connaître. Attirant 30 millions de touristes par an, la capitale catalane a fini par excéder sa population, qui essaie difficilement de se réapproprier son centre-ville. Fracturée par des crises politiques majeures, plus précoces et plus profondes encore que celle des Gilets jaunes en France, Barcelone a perdu de son éclat. “Lyon s’est écarté du modèle barcelonais au moment où il faudrait le regarder plus attentivement”, estime pourtant le géographe Guillaume Faburel, auteur d’un essai critique sur Les Métropoles barbares*, convaincu que les tensions actuelles des démocraties libérales se jouent autour de l’articulation entre l’autorité et l’autonomie. Car, sous le chaos apparent, c’est bien une nouvelle fois peut-être à Barcelone que s’expérimentent de nouvelles citoyennetés locales, sous le slogan “rendre la ville aux habitants” et sur des problématiques assez incontournables aussi dans la deuxième métropole de France : gentrification, spéculation, pollution… Les expérimentations barcelonaises, comme celles menées plus près de nous à Grenoble, connaissent leur lot d’échecs et parfois de ridicule. Mais la crise des Gilets jaunes et les premiers “grands débats” qui se sont tenus dans l’agglomération rappellent qu’ici aussi notre démocratie représentative est profondément fragilisée. Même au centre de Lyon, quelle est la part d’habitants qui se sentent représentés par leur député et acceptent les arbitrages de l’Assemblée nationale comme étant pris en leur nom ? Ce n’est pas une dose de proportionnelle qui changera la donne, sauf à croire que tout va pour le mieux en Espagne, en Italie, en Allemagne ou en Israël…

La démocratie représentative est sans doute impossible à dépasser, mais elle ne saurait suffire car, comme le note Paul Ariès, elle exclut forcément les plus modestes. Il est temps d’inventer des systèmes où tout le monde ne décide pas de tout, tout le temps, mais où chacun peut, à sa mesure, se sentir respecté pour ses compétences et arbitrer du bien commun. Difficile de reprocher aux Gilets jaunes d’avoir peu de goût pour la réunionite, où l’on discute beaucoup pour ne décider de rien, et de plébisciter les jurés d’assises, dont les verdicts sont rarement contestés. Lionel Jospin avait en son temps eu l’intelligence de s’en inspirer pour élaborer la doctrine de la France en matière d’OGM. Désormais, même la jeune garde des élus de droite, comme Renaud Pfeffer à Mornant ou Alexandre Vincendet à Rillieux, semble avoir compris qu’il y avait une aspiration à inventer des formes de démocratie plus directes, plus concrètes, et que le terrain local était sans doute le meilleur pour le faire. Attention cependant à ne pas en faire à nouveau de simples opérations de communication. La défiance est trop grande. L’exigence citoyenne aussi. À Lyon comme à Barcelone.

Les Métropoles barbares – Démondialiser la ville, désurbaniser la terre, éditions Le Passager Clandestin, mai 2018.

[Éditorial de Lyon Capitale n°785 – Février 2019 – en kiosques le 25 janvier]

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2 commentaires
  1. ines perret - 29 janvier 2019

    Manuel Valls va nous gérer tout ça.... Quand même !!!

  2. JANUS - 16 février 2019

    Ne surtout pas copier et vériofier les bons et mauvais résultats !

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