Thérapie Taxi © Romain Rigal
Thérapie Taxi © Romain Rigal

Therapie Taxi, la catharsis pop, de retour à Lyon

Avec sa pop crue comme un carpaccio existentiel, le trio Therapie Taxi s’est fait quasiment tout seul phénomène pop français. Car porte-parole cathartique d’une génération qui grâce à lui ne mâche pas ses maux. Après son concert à guichet fermé au Transbordeur en décembre, c’est le Radiant qui le reçoit ce samedi, et c’est de nouveau complet.

À une époque où, paraît-il, on ne peut plus rien dire, Therapie Taxi prouve qu’on peut au moins tout chanter. Rarement – rap hardcore mis à part – aura-t-on tapé du pied sur des paroles aussi explicites. Au rayon chanson, puisque c’est de cela qu’il s’agit, même les ritournelles les plus salaces de Gainsbourg paraissent bien sages. Or, quand le groupe clame à tue-tête, sur Salop(e), “Va te faire enculer, va bien te faire enculer, salope (…) Va te faire enculer, va bien te faire enculer, connard”, c’est bien un romantisme à fleur de peau et à éruption immédiate qu’il faut voir. Car, en préambule, l’on entend : “Mais mon rêve ma chérie / c’est d’me perdre dans tes yeux bleus / D’être en vie, d’être amoureux / De s’en aller un peu”. Ici, on ne s’aime jamais autant que dans les ruptures ou la jalousie masochiste et on se jette des cendriers à la tête faute de pouvoir s’offrir des fleurs (Salop(e), PVP, J’en ai marre), on ne se déclare qu’à la hussarde (Hit Sale), on fait l’amour comme on se bat et on se bat comme on fait l’amour (Cadence), on se construit à coups de démolition (Coma idyllique, Crystal Memphis), on se cherche beaucoup, on se perd pas mal (Marlboro Bled, Anti Hit Sale).

Slogans en rut

Loin des clichés “sex, drugs & rock’n’roll” de papy et mamie, c’est avec une gravité presque alarmante que Therapie Taxi dresse le portrait de sa génération comme on dresse le poing, en donnant au tableau des airs de bacchanale désespérée mais aussi thérapeutique : “De mon monde à l’envers je sais plus quoi en faire”, chante-t-on sur Zarba. Comme on lâche tout chez son psy, comme on se lâche dans une soirée, le trio ne retient rien, libère un terrible ça pour péter la gueule à ce surmoi trop encombrant, et au fond à tout ce qui dérange, en une catharsis pop : “J’te fous un chassé, j’te casse le nez (…) / Et même si tu flanches, j’te pète les hanches / J’explose mes phalanges sur ta gueule d’ange” (Cri des loups).

Nourri au lait du streaming et donc peu au fait des frontières musicales jadis en vigueur – ici électro, hip-hop (le morceau-titre en duo avec le rappeur belge Roméo Elvis), pop, rock, variété FM, influences 80s (Elli & Jacno ne sont pas loin) et même folk à l’occasion partouzent allègrement –, Therapie Taxi, qui abolit aussi à coups de tête la notion de genre, transforme toute cette matière noire en hit sales d’une diabolique efficacité. Car c’est bien en faisant danser sa génération façon On achève bien les chevaux, à coups de slogans en rut, que Therapie Taxi parvient à lui délivrer directement à l’oreille la parole cathartique qui met en forme et en mots le flou artistique existentiel qui caractérise cette interminable post-adolescence.

Therapie Taxi – Concert samedi 13 avril au Radiant-Bellevue – COMPLET


[Article extrait de Lyon Capitale n°783 – Décembre 2018]

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