Source Code : 8 minutes pour vivre

Après le surprenant Moon, inédit en France, Duncan Jones continue de s'imposer comme un réalisateur d'avenir. Avec Source Code, le fils de David Bowie livre une palpitante science-fiction quantique au croisement d'un Jour sans fin et de Code Quantum.

C'est à se demander si l'inspiration primale du réalisateur Duncan Jones ne vient pas de son père, David Bowie, et de cette phrase mythique de Space Oddity qui lança sa carrière : "Ground control to Major Tom". Duncan semble en effet répéter de film en film l'angoisse et l'aspiration à la liberté du Major Tom, aventurier de l'impossible. Et partager la fascination paternelle pour la notion d'avatar et d'identités multiples. Détail intéressant : enfant Duncan Jones était appelé Zowie par son père, puis, ado, demanda qu'on l'appelle Joe avant de recourir à son véritable état civil. Dans son premier film Moon (scandaleusement jamais sorti en France, vive le DVD), qui réussissait le tour de force d'être à la fois minimaliste et Kubrickien, un homme en poste avancé sur la Lune se voyait chargé de gérer le système d'extraction d'un minerai pour le compte d'une grande compagnie énergétique.

Jusqu'à découvrir qu'il était encore moins qu'un pion du système, mais un pion de lui-même, un clone sacrifiable à merci car reproductible à l'infini. Un ouvrier quoi, délocalisé jusqu'à la désincarnation. Dans Source Code, suspense ferroviaire qui donnera envie de réécouter le Station to Station du paternel, le soldat Colter Stevens (Jake Gyllenhaal, toujours impeccable de sobriété et de finesse) est lui aussi l'un de ces soutiers d'un monde qui pour rester lisse impose que certains se tapent le (très) sale boulot.

Un jour sans fin

Coincé dans une étrange capsule, Stevens se retrouve ainsi projeté mentalement (on vous passe les détails techniques) dans les 8 dernières minutes de la vie d'un passager d'un train qui vient d'exploser dans un attentat à la bombe. Ces 8 minutes du passé, Colter doit les mettre à profit pour identifier l'auteur de l'attentat afin d'en éviter un second, plus grave, en passe de ravager Chicago. Tant qu'il n'y sera pas parvenu, il sera condamné à revivre ces 8 minutes pour peaufiner son enquête. En cela, pour donner une idée, Source Code serait un peu un savant mélange du Déjà Vu de Tony Scott, d'Un Jour sans fin et de Code Quantum (parallèle assumé via un caméo vocal du culte Scott Bakula).

Les plus cinéphiles y verront sans doute un clin d'oeil à La Jetée de Chris Marker, référence ultime en matière de métaphysique de la boucle temporelle. Car pour ce Sisyphe de science-fiction, baladé entre sa capsule et ce train d'enfer, la chasse au terroriste se mue bien vite en quête identitaire. A savoir : qui est Colter Stevens et ce qui l'a amené à se prêter à ce mystérieux et expérimental projet antiterroriste baptisé "Code Source". Compliqué, d'autant que Colter commence à tomber un tantinet amoureux de la jeune collègue de son avatar et va tout faire pour la sauver, malgré la prétendue inéluctabilité de l'attentat. Y parviendra-t-il ?

Chat de Schrödinger

C'est ici que se pose la question de la coexistence de différents niveaux de réalité, comme une illustration rapide de l'expérience dite du "chat de Schrödinger" : ou comment deux réalités antagonistes peuvent cohabiter à un instant T. Colter Stevens est en quelque sorte ce chat enfermé dans une boîte et théoriquement mort ET vivant. On pourrait craindre le fatras métaphysique et oublier qu'il s'agit là d'un film de commande. Mais c'est en virtuose de la mise en scène que Duncan Jones, ancien étudiant en philosophie mêle le spectacle, jamais too much, aux thématiques qui lui sont chères.

A commencer par cette réflexion sur la valeur (relative) de l'individu à l'égard du collectif, du soldat à l'égard de la raison d'État, de la chair à l'égard de l'idée, du corps à l'égard de l'esprit, du masque social à l'égard de la personne qui se trouve derrière. Quelque part entre une analyse sociétale à la Erving Goffman (est-il possible d'être autre chose que ce que notre fonction nous impose d'être) et le clin d'œil à un paternel qui, de Ziggy Stardust au Thin White Duke, est longtemps parti travailler avec un masque sur le visage.

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