Oxmo Puccino : " Je ne me suis jamais éloigné du rap"

Concert - Douze ans après son premier opus, Oxmo Puccino a été récompensé d'une Victoire de la Musique urbaine pour son dernier album L'Arme de Paix, en mars dernier. Actuellement en pleine tournée, celui que l'on surnomme "Black Jacques Brel" sera de passage au Transbordeur le 7 mai prochain.

Lyon Capitale : Après cinq albums, cette Victoire de la Musique est une consécration pour vous ?
Oxmo Puccino : C'est une reconnaissance qui tombe à point nommé. Elle récompense tout le travail effectué et toutes ces heures passées en studio. C'est important pour tous les gens avec qui j'ai travaillé, qui m'ont soutenu et qui ont toujours cru en moi. C'est d'autant plus valorisant qu'elle récompense cet album, j'ai beaucoup travaillé pour arriver jusque là. C'est une reconnaissance professionnelle pour quelque chose qu'il est difficile de définir comme un métier. Le rap est univers très vaste, en termes de densité musicale, de personnes et d'histoires. Les rappeurs peinent à êtres reconnus en tant qu'artiste.

LC : Ces dernières années vous avez travaillé avec Alizée, Florent Pagny ou plus récemment Olivia Ruiz. Qu'est ce que ces collaborations vous ont apporté ?
OP : À mon arrivée dans le rap industriel, on m'a comparé à un artiste de blues. Mais je ne connaissais pas ce genre, je ne comprenais pas vraiment pourquoi. Jai continué dans le rap, j'ai travaillé et évolué. Puis, un jour j'ai écouté un disque de Robert Johnson, qui est un des fondateurs du blues, et je me suis dit que finalement, ces gens n'avaient pas tort. Je me suis retrouvé dans sa musique et c'est là que je me suis rendu compte que je me faisais une fausse idée de moi-même. Ensuite, j'ai eu la chance de collaborer avec différents artistes. Curieux, j'ai commencé à explorer leurs univers et j'y ai pris le plus de choses que je pouvais, pour les accorder à ma musique. Je m'inspire vraiment de chaque rencontre, de chaque expérience pour mes propres morceaux. Par la suite, je les ai à mon tour invité à visiter mon univers.

LC : En 2006 avec votre album jazz Lipopette Bar vous avez surpris, en 2009 avec L'Arme de Paix vous retrouvez le rap ...
OP : Je fais beaucoup de choses, on me le reproche sur le coup, mais les gens pourraient être déçus si je ne les surprenais plus. Aujourd'hui, on aime faire répéter les performances aux artistes, mais le changement est ce qu'il y a de meilleur pour eux. Moi j'essaye d'innover, sans pour autant m'éloigner de quoi que ce soit.

LC : Quel regard portez-vous sur la nouvelle génération de rappeurs ?
OP : Pour moi dans le rap il y a trois choses importantes : le travail, la sincérité et la passion. Par sincérité, j'entends exprimer ce que l'on ressent au fond de son coeur, et pas ce qui correspond à une tendance. Aujourd'hui, beaucoup de rappeurs se retrouvent avec des clients et non un public. Ca devient trop commercial et je crois que ce n'est pas compatible avec une vision artistique. Ceux qui créent pour faire plaisir à des clients qui vont acheter un single ou deux, sont dans l'erreur. Je pense qu'un artiste doit avant tout faire son disque pour lui, pour s'exprimer et si il y prend du plaisir, cela sera forcément communicatif. Il y a une phrase d'un célèbre rappeur (Booba NDLR.) que j'aime beaucoup, qui dit : " si t'aimes pas, t'écoutes pas et puis c'est tout".

LC : Vous baignez dans la musique depuis votre adolescence, vous n'avez pas envie de faire autre chose ?
OP : J'ai toujours fait d'autres choses. J'ai eu la chance de participer à des courts-métrages et je travaille sur de plus gros projets. Mais il y en a un qui m'obsède depuis un moment, c'est celui d'écrire mon premier roman. C'est vraiment quelque chose qui me tient à cœur, je suis impatient. Ce serait comme un témoignage dans lequel je pourrai m'exprimer aussi librement que dans la musique. Mais tout est à faire et pour l'instant c'est délicat, j'ai encore ma tournée à terminer et quelques arrangements à faire sur mon disque. J'espère tout de même pouvoir le concrétiser en 2010, j'ai hâte de m'y mettre.

Oxmo Puccino. Le 7 mai au Transbordeur. www.oxmo.net

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