Barbe Neige (Laura Scozzi)
Barbe Neige et les 7 petits cochons… de Laura Scozzi © Dan Aucante

Maison de la danse : une saison 14-15 savamment dosée

Tout en s’appuyant sur des valeurs sûres et de qualité, la Maison de la danse nous réserve pour la saison 2014-2015 de belles découvertes, invitant des spectacles pleins d’humour, de finesse et de puissance. Et pique même notre curiosité du côté de la danse classique, c’est tout dire !

 

Barbe Neige et les 7 petits cochons... de Laura Scozzi © Dan Aucante

Barbe Neige et les 7 petits cochons... de Laura Scozzi © Dan Aucante

La Maison de la danse vient de lancer sa nouvelle saison, qui inclut au mois de septembre les spectacles de la Biennale (on y reviendra). Dans ce cadre, on note surtout et enfin le retour à Lyon de DV8 Physical, compagnie anglaise qui aborde sans concession des sujets sociétaux tels le handicap, l’intolérance et la stigmatisation des races. John, sa dernière création, traitera de l’homophobie.

Jan Fabre sera là avec une pièce culte de 8 heures, C’est du théâtre comme c’était à espérer et prévoir, et l’on pourra découvrir la chorégraphe grecque Patricia Apergi qui, travaillant sur la circularité du mouvement, évoquera des mouvements migratoires… plus politiques.

Beaucoup d’artistes ont déjà été programmés à plusieurs reprises, représentant des valeurs sûres en termes de qualité mais aussi d’équilibre budgétaire pour la Maison. Ce qui ne nous empêche pas de nous questionner sur l’émergence d’une nouvelle génération de chorégraphes que l’on a ainsi du mal à percevoir et que l’on attend…

Tandis que certains nous mènent vers l’overdose, tels les circassiens des Sept Doigts de la Main ou l’inconsistant Dave St-Pierre jusqu’au (trop) prolifique Sidi Larbi Cherkaoui et la décidemment très branchée Blanca Li, d’autres nous amènent à eux avec délectation. C’est le cas de Laura Scozzi qui développe – et c’est plutôt rare en danse – le registre satirique. Barbe Neige et les sept petits cochons au bois dormant détourne les codes du conte et assassine les mythes de la rencontre amoureuse. D’ailleurs, la princesse ne se réveille jamais et il y a bien trois petites cochonnes qui jouent avec le loup…

Dans la veine humoristique, on retrouve Denis Plassard qui dans Chalet 1 met en scène un texte écrit par André Baillon relatant son séjour dans le service des “petits mentaux” d’un hôpital psy. Humour toujours avec deux artistes qu’on adore : Antoine Defoort, qui fera de manière aussi brillante que déjantée un état des lieux du droit d’auteur, et son complice vidéaste Halory Goeger, parti dans un doux délire sur les publicités comparatives.

La subtilité de la danse…

What the Body doest not Remember, de Wim Vandekeybus © Danny Willems

What the Body doest not Remember, de Wim Vandekeybus © Danny Willems

On ira aussi chercher notre intérêt dans des thématiques développées par Dominique Hervieu (la directrice de la Maison de la danse) qui démontrent des recherches chorégraphiques subtiles. La pièce à ne pas rater est assurément What the Body does not Remember de Wim Wandekeybus, figure emblématique de l’explosion de la danse belge des années 1980. Un travail qui met littéralement les corps dans un état second, confrontés dans des sauts, des chutes et des roulements au sol à un véritable danger physique.

Il y a aussi l’intelligence de Christian Rizzo, qui délaisse le travail plastique pour une pièce où le mouvement se fait plus présent, sur une musique mêlant folklore méditerranéen et rock tribal. Et tandis qu’Aurélien Bory crée Plexus, un solo pour Kaori Ito qui danse sur un plateau composé de milliers de fils, la discrète et profonde Michèle Noiret poursuit avec Hors-Champs sa recherche danse/cinéma et mélange réel/irréel.

… avec un fil rouge féminin

Cendrillon, de Thierry Malandain © Olivier Houeix

Cendrillon, de Thierry Malandain © Olivier Houeix

La véritable nouveauté de cette saison, c’est le fil rouge féminin qui la sous-tend, nous permettant – entre autres – de découvrir des œuvres du répertoire. Une manière pertinente de redonner sa place à la danse classique, plutôt délaissée sur nos scènes nationales.

Ainsi, l’Eifman Ballet de Saint-Pétersbourg nous rappelle la folle histoire vécue par Rodin et Camille Claudel, Thierry Malandain et le Ballet de Biarritz revisitent Cendrillon de manière plus épurée et le Ballet du Capitole de Toulouse, dirigé par le grand Kader Belarbi, reprend La Fille mal gardée, un ballet pantomime créé en 1789.

Ce fil rouge propose aussi un focus sur certaines artistes femmes. La Sud-Africaine et très subversive Dada Masilo crée pour la Biennale un Carmen très “hot” qui dénonce le pouvoir du sexe masculin dans son pays. Une belle rencontre est née entre l’actrice Sandrine Bonnaire, qui rêvait d’être danseuse, et la chorégraphe Raja Shakarna qui rêvait d’être comédienne. Leur spectacle (Le Miroir de jade) est inspiré du récit d’une femme sortie du coma qui doit se réapproprier le monde autour d’elle par le corps et le langage…

Présentation de la nouvelle saison, avec la présence d’artistes sur scène – Mardi 13 mai à 20h30, merc. 14 à 15h et 19h30, jeudi 15 à 20h30 et vend. 16 mai à 20h30, à la Maison de la danse, 8 av. Jean-Mermoz, Lyon 8e. Entrée libre.
Cette présentation sera diffusée sur le site Numeridanse.tv dès le 15 mai.
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