Le grand pardon à l'Opéra de Lyon

Dans La Clémence de Titus, l'un de ses opéras les moins connus et pour autant massif, Mozart a sublimé la grandeur de l'empereur romain au moment où il accède à son trône, et où il pardonne à tous ceux qui ont tenté de le trahir. D'abord, il pardonne à Vitellia, celle à qui Titus a pris le trône et qu'il finira par épouser. Enragée à l'idée de ne pas régner, et de ne même pas se voir proposer le mariage par le nouveau gouvernant, la déshéritée séduit Sextus, l'un des amis les plus fidèles de Titus, et le convainc de donner la mort à l'empereur. Les différentes scènes qui mèneront le malheureux Sextus à la trahison sont autant de tableaux que Georges Lavaudant, le metteur en scène, a voulus grandioses et modernes. Les comédiens étalent leurs tourments dans un décor sobre mais dense, où tous les éléments factices, les vidéos, les cocktails bus sur une chaise longue et les costumes-cravates portés par les ministres, ajoutent à la dimension intemporelle du propos de la pièce. Georges Lavaudant a audacieusement choisi de faire chanter le rôle masculin de Sextus, le traître ultime, par la très applaudie Ann Hallenberg, tandis qu'Annius, autre personnage masculin permettant de faire la démonstration de la bonté de Titus, est pris en charge par la pétillante Renata Pokupic. Ces brillantes mezzos-sopranos donnent une cohérence unifiée à la traîtrise.
Mais pourquoi Titus pardonne-t-il ?
Il faut savoir que l'empereur nouvellement couronné doit dans un premier temps faire un mariage d'amour avec Bérénice, mais Rome refuse qu'une étrangère s'installe sur le trône. Cédant à la raison, Titus la renvoie et, faisons de la psychologie de comptoir, c'est peut-être le poids de la culpabilité doublé d'un chagrin contenu que le gouvernant tente d'expulser en pardonnant à tour de bras. Sans vouloir minimiser sa grandeur d'âme, c'est aussi le parti que semble avoir pris Georges Lavaudant, faisant de Titus un empereur déchiré, d'une part parce qu'il doit trancher entre ce que lui dictent la loi et son coeur et qui, d'autre part, frôle la folie douce. Serrant un ours en peluche couronné, Andrew Kennedy, le comédien qui campe la tête de Rome, chancelle, alors que ses cuisses nues sont à l'évidence très solides, habité par des doutes qui semblent bien plus anciens que le complot de Vitellia.
Dans ce spectacle, même les récitatifs (c'est-à-dire la partie la moins musicale où les dialogues des chanteurs sont juste accompagnés de quelques notes d'orgues) sont haletants. L'Opéra de Lyon ouvre ainsi magnifiquement sa saison lyrique, avec de grands sentiments, du feu, des larmes et de quoi méditer sur la justice des hommes.
La Clémence de Titus. Jusqu'au 25 octobre, à l'Opéra de Lyon, place de la Comédie, Lyon 1er. Réservations au 0 826 305 325.

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