"Joueuse", de Caroline Bottaro

Mariée à un ouvrier et mère d'une adolescente de 15 ans, elle vit un quotidien terne et sans ambition, partagé entre son travail et sa famille. Mais un jour, alors qu'elle nettoie une chambre à l'hôtel où elle travaille, elle surprend deux clients en pleine partie d'échecs. Fascinée par ce spectacle, elle se met alors en tête d'apprendre à jouer à ce qui va devenir pour elle beaucoup plus qu'un jeu. Dans cet effort obstiné, elle va solliciter l'aide de Monsieur Kröger, un intellectuel du village et fin joueur d'échecs.

En adaptant le roman de Bertina Heinrichs à l'écran, la réalisatrice Caroline Bottaro décrit avec pudeur le parcours d'une femme modeste qui trouve dans les échecs une voie vers l'émancipation. Si 'Joueuse' a le mérite d'évoquer la condition prolétaire sans misérabilisme, il ne fait malheureusement que l'évoquer. Et encore, avec si peu de réalisme que le film tire parfois vers le ridicule tant certaines situations paraissent improbables. On manque tout juste de s'étouffer quand Hélène propose à Kröger de faire le ménage gratuitement alors que, dans une scène précédente, son mari évoque leurs difficultés financières. A force de vouloir éviter les clichés sur les classes populaires, le film a tendance à poser des personnages qui manquent parfois d'épaisseur, sages épures au service d'une parabole désincarnée sur l'ascension sociale. Avec ses tenues et ses manières de parfaite bourgeoise, Sandrine Bonnaire est à peu près aussi crédible en femme de ménage que Paris Hilton dans le rôle de Marie Curie.

On pardonnerait sans doute ces maladresses si l'émancipation féminine et les relations entre classes n'étaient pas le propos central du film. Or, les tentatives de sublimer poétiquement des rapports de force sociaux par la métaphore du jeu d'échecs manquent cruellement d'habileté. 'Joueuse' cumule les travers de la démonstration académique au manque de réalisme de la fiction. Avec une subtilité narrative digne d'un manuel d'introduction à la sociologie, le film devient carrément irritant à force d'expliciter trois fois la même métaphore (au cas où le spectateur ne l'aurait pas compris : 'La Dame est la pièce la plus puissante' *clin d'oeil* CECI EST UNE METAPHORE FEMINISTE, JE REPETE...). Le plus énervant dans ce film reste cette impression de gâchis face à une histoire au potentiel très riche, qui affleure au détour de rares instants de grâce. Comme cette danse entre mère et fille, où surgit des vestiges de passions passées totalement absents du reste du film.

Loan Nguyen

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