© Marc Domage

Culture à Lyon : danse en débandade aux Subsistances

Entre comédie musicale, micro-trottoir et stand-up, Débandade d’Olivia Grandville se penche sur la condition des hommes. C'est aux Subs les 10 et 11 février.

Après l’apparition des mouvements #MeToo et Balance Ton Porc qu’elle juge nécessaires et salvateurs mais face à un féminisme qu’elle ressent trop offensif, Olivia Grandville a eu envie de demander aux hommes comment ils allaient !

Elle a créé ainsi une pièce avec sept hommes qui interroge les assignations dont ils sont l’objet mais aussi les représentations du pouvoir, responsable selon elle du déséquilibre entre hommes et femmes, d’une société violente qui ne cesse d’engendrer des monstres.

“Depuis 2018, nous dit-elle, j’ai réalisé beaucoup de projets avec des étudiants, de jeunes danseurs, constituant des rencontres qui m’ont permis de choisir des interprètes que je voulais interroger sur ce qu’est la masculinité pour eux et comment ils relayaient les combats féministes d’aujourd’hui. Ils ont entre 20 et 25 ans et sont issus de cultures diverses (Argentine, France, Burkina Faso, Italie…) avec une représentation de l’homme, une manière de vivre leur sexualité qui leur est propre. Leur rapport au corps aussi est différent puisqu’ils ont eu des formations diverses – jazz, hip-hop, cirque, danses de salon, contemporain… Il s’agissait également pour moi d’interroger le corps masculin dans la danse. Le sujet est grave mais je n’ai pas voulu faire un spectacle qui ressemble à une thèse, juste ouvrir sur des visions et, comme dans toutes mes pièces, l’humour et la légèreté sont bien présents.”


"Je ne veux pas être clivante mais je pense qu’il y a eu un ratage"


Pour constituer la matière du spectacle, Olivia Grandville a travaillé avec les danseurs autour d’improvisations et de questions/échanges sur le patriarcat, le mariage, leurs relations à la mère et au père, sur des choses plus intimes ou rigolotes, sur la fidélité, la place des femmes ou encore sur ce que c’est qu’être un homme aujourd’hui.

© Marc Domage

Elle a instauré un jeu à partir de stéréotypes masculins pour les faire réfléchir, agir/réagir par la pensée et le corps. “À l’arrivée de ce travail, l’identité même de genre et de culture parlait d’elle-même, elle s’impose ainsi dans la pièce. Il y a bien sûr des textes et des prises de parole mais qui deviennent finalement un fil conducteur anecdotique. Le spectacle est construit sous forme de tableaux et pour la musique je me suis appuyée sur une série de podcasts réalisés par France Culture traitant de  l’évolution de la musique et la représentation des hommes qu’elle véhicule, cela va d’Elvis Presley, David Bowie à Prince, Booba, Serge Gainsbourg… Il y a le surjeu masculin, les poètes maudits ou le gangsta rap, avec aussi des musiques qui montrent comment les femmes s’emparent de leurs stéréotypes pour les détourner. Beaucoup de genres musicaux accompagnent cette pièce – pop, rock, disco, électro, hip-hop, R’n’B, blues… – comme aussi du Vivaldi ou Ennio Morricone dont je m’empare par pur plaisir.”

Insultée

Avec ce parti pris, Olivia Grandville n’a pas échappé aux insultes des féministes “Je me suis fait traiter de vieille ‘conne’ qui n’avait rien compris mais le féminisme depuis Simone de Beauvoir a revendiqué le pouvoir à l’identique de celui de l’homme et c’est une erreur à mon sens. Je ne veux pas être clivante mais je pense qu’il y a eu un ratage dès cette époque-là. N’est-ce pas aujourd’hui plutôt aux hommes, en tout cas dans l’injonction de virilité qui leur est faite depuis la nuit des temps, que manque l’accès à certains droits féminins, à commencer par celui de pleurer ? Mais par-dessus tout, je crois que c’est la notion de pouvoir qui doit être interrogée et la manière dont autant les femmes que les hommes s’en sont emparés et si l’on reste toujours dans un seul discours on ne pourra pas dialoguer. J’étais très heureuse des réactions dans la salle lors des représentations. Les jeunes étaient à fond et avaient envie d’entendre tout cela, de discuter de ce qu’ils ressentaient. J’ai aussi compris que certains ne sont plus dans le schéma binaire homme/femme et que forcément poser la question de la masculinité interroge aussi le genre, la liberté d’être différent.”

Concernant le titre de la pièce Débandade qui porte une touche d’humour évidente, Olivia Grandville l’a d’abord pris au sens premier car il s’agit d’un terme militaire signifiant “sortir du rang”. Arrivera-t-elle à faire sortir les hommes du rang où ils sont assignés ? Vont-ils démilitariser leur masculinité ? C’est à découvrir aux Subsistances !


Débandade – Olivia Grandville - Les 10 et 11 février aux Subsistances - www.les-subs.com


 

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