Mécanique de la générale Poème Harmonique
© Balthazar Auxietre

Baroque à la Keaton : la Mécanique du Poème Harmonique

Le fantastique ensemble baroque Le Poème Harmonique est de retour avec son nouveau spectacle, La Mécanique de la générale, un exercice parodique où humour et musique ressuscitent avec brio le fantôme de Buster Keaton.

En temps normal, on ne se rend pas à un concert classique pour se marrer. Aujourd’hui, on ne plaisante pas avec la “grande” musique, on s’habille “correctement” et l’on reste immobile, sage et distingué jusqu’au tonnerre d’applaudissements final, sans quoi votre voisine de derrière agacée vous fera vite apprendre la discrétion. C’est pourtant phénomène moderne et, il y a encore quelques siècles, on riait dans les balcons. Du temps de la commedia dell’arte ou des comédies-ballets de Molière-Lully, on s’esclaffait à chaque gag ou tour de mime osé, jusqu’à couvrir la musique mais voilà qui était toléré.

Résolument comique

L’ensemble de musique ancienne Le Poème Harmonique, s’il brille depuis de nombreuses années par l’excellence de ses interprétations ou l’originalité et la pertinence dans le choix de ses programmes, s’était déjà aventuré en terres humoristiques, notamment avec Il Fasolo ou sa reconstitution “historique” du Bourgeois gentilhomme, mais jamais à ce point... Avec La Mécanique de la générale, c’est à un spectacle résolument comique que nous invite l’ensemble emmené par Vincent Dumestre, qui s’est adjoint pour l’occasion les services d’un metteur en scène (Nicolas Vial) et d’un comédien (Stefano Amori).

Tout commence “bien” a priori : “un concert parfaitement respectable, des instrumentistes triés sur le volet, des œuvres splendides et exigeantes du premier baroque italien”. Mais voilà que tout bascule sous l’impulsion du technicien responsable de la régie du théâtre, qui se découvre soudain, malgré lui, un talent étrange pour la musique... Comme dans Fantasia, ce personnage va alors “prendre le pouvoir” et devenir un drôle de chef d’orchestre, persuadé que c’est lui-même qui joue et imposant à l’orchestre d’interpréter le fruit de ses élucubrations.

Hommage à Buster Keaton

C’est ainsi que Stefano Amori, à la fois comédien, mime, danseur et acrobate, fait revivre sous les sonorités des instruments baroques (violons, luth, viole de gambe, clavecin) des chefs-d’œuvre insoupçonnés de leur répertoire tels que la 5e symphonie de Beethoven, Ravel, les Rolling Stones ou Billy Jean de Michael Jackson... Un loufoque virtuose qui évoque le souvenir de Chaplin ou Buster Keaton (à qui le spectacle rend une forme d’hommage) autant que les grandes heures de la commedia dell’arte italienne.

Un spectacle comique où exigence musicale et éminence des interprètes participent de cette parodie tendre et désopilante traitant aussi bien de la musique en général que des aléas du métier de musicien.

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La Mécanique de la générale. Dimanche 9 février à 17h, à la chapelle de la Trinité, 29-31 rue de la Bourse, Lyon 2e. Réservation en ligne ici.

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Cet article est extrait du cahier Culture de Lyon Capitale 730 (février 2014), en vente en kiosques jusqu’au 27 février, et dans notre boutique en ligne.

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